‹ Les sols forestiersChapitre 37 sur 180 · FEUILLES · texte numérisé non relu

FEUILLES

de chêne MOUSSE

Moyenne du matin . 13°24 14951 15°25 15° 14°66 destempératures { du soir. . {911 18 16 18 62 18 24271732

D’après ces chiffres, les aiguilles d’épicéa formeraient la couverture la plus chaude et la mousse, la plus froide.

28. Action de la couverture sur la porosité du sol forestier. — Pour que le sol puisse fournir aux racines des arbres l'air, l’eau, les principes minéraux et azotés qui leur sont nécessaires, il faut que ces éléments y circulent aisément ; il faut, en d’autres termes, qu'il soit meuble, perméable. En agriculture, cet ameublissement, cette perméabilité indispensables sont obtenus par des travaux incessants (labours, binages, hersages, etc.) qui occupent une si grande

1. C'est la moyenne des moyennes mensuelles de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre.

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part dans la vie agricole. En sylviculture, il ne saurait être question de telles opérations et pourtant l’état meuble du sol, qui y est aussi nécessaire qu'en agriculture, existe souvent à un plus haut degré que dans les champs cultivés. Il se crée et se maintient sans nulle imter-vention de l’homme.

C’est uniquement à la couverture que la forêt est redevable de l’ameublissement, de la porosité, de l’élasticité de son sol. Sans elle, dans les forêts argileuses, pendant les sécheresses, le sol serait aussi dur, aussi compact que l’aire d'une grange.

Nous n’hésitons pas à considérer ce rôle de la couverture comme un bienfait inappréciable pour la forêt, comme le plus grand service qu'elle nous rend, au moins dans les forêts de plaine.

Elle crée d’abord et ensuite maintient la perméabilité du sol, grâce surtout aux trois propriétés suivantes :

1° Elle oppose un obstacle mécanique au battement du sol par les pluies, à la production de cette croûte imperméable et dure qui se forme à la surface des sols argileux, à la suite des fortes ondées, et qui s’oppose à l’entrée des liquides et des gaz ainsi qu’à la pénétration des racines. En outre, les éléments fins sont mécaniquement entrainés par la pluie et les plus gros fragments s'accumulent à la surface. Ces inconvénients ne se présentent pas en forêt. Le choc de la pluie, déjà bien diminué par le feuillage des arbres, est tout à fait amorti par la couverture qui, dans les trouées, remplit seule cet office.

En comparant trois parcelles, l’une nue, l’autre couverte d’une couche de fumier de 2°",9 d’épaisseur, la dernière ensemencée en céréales, WoLLNY a trouvé que la perméabilité primitive n’augmente pas sous l’action de la végétation ou d’une litière quelconque, mais qu’elle se maintient bien mieux que sur les sols nus.

Ces conclusions sont exactes, dans les conditions où opérait WozLny; elles ne le sont plus en culture forestière, où les praticiens ont maintes fois l’occasion — surtout dans les reboisements — de constater non seulement le maintien, mais l’augmentation de la perméabilité ; le sol nu primitif (friche), de dur et tassé qu'il était, devient élastique sous le pied, indice de son état meuble, après qu’il a élé recouvert quelques années d’une plantation serrée de jeunes

arbres fournissant une abondante couverture. C’est qu’à côté de l’eftet purement mécanique mesuré par le professeur de Munich, il ya à tenir grandement compte des deux autres faits liés à la présence de la couverture. |

2° Les belles recherches de M. ScaLæsinG ont mis en lumière l’action prépondérante des sels minéraux ainsi que des acides humiques et des humates sur l’ameublissement du sol. Elles sont trop connues pour qu’il soit besoin de les rappeler ici. Or, la couverture fournit incessamment ces principes minéraux (chaux, potasse) qui, en coagulant l'argile colloïdale, ciment reliant les particules terreuses, maintiennent les petits agrégats de terre (texture grumeleuse) entre lesquels l’air et l’eau peuvent circuler ; elle fournit en plus grande quantité encore l'acide humique et les humates qui, en l’absence d'argile ou avec elle, jouent le rôle de ciment (*).

3" Le troisième lien entre la couverture et l’ameublissement du sol

est probablement le plus important. La couverture sert de retraite et

d’aliment à une foule d'animaux souterrains (vers de terre, insectes, larves, myriopodes) qui creusent le sol d'innombrables galeries pour venir à la pâture. En même temps qu'ils le perforent, ils l’aèrent, le soulèvent, le mettent en grumeaux et mélangent intimement (voir chap. VIT) la matière organique, l’humus, à la terre minérale.

C’est ainsi que la texture du sol friche, primitivement compacte et serrée, se modifie, devient lâche, grumeleuse, et que la porosité s’'augmente peu à peu. Ge sont les vers de terre — et surtout le grand ver de terre, Lumbricus lerresiris — si nombreux sous la couver-

1. Consulter pour cette question les publications de M. Scazæsine et notamment le tome X de l'Encyclopédie chimique de M. Frémy. — Contribution à l'étude de La chimie agricole, par Ta. Scazæsinc, Paris, Dunod, 1885. On y lit (p. 72) : « Qu'on prenne des terres de forèt et qu'on y cherche l'argile; on n'y trouvera souvent que des traces de cette substance. Et cependant ces terres présentent quelque cohésion. Il faut donc qu'elles renferment un autre ciment que l'argile. Si l'on émiette l’une d'elles dans une allonge et qu'on l’arrose avec de l'eau, elle conserve son état ; mais, si on remplace l’eau par l'ammoniaque étendue, toutes les particules s'éboulent et la liqueur qui a traversé la terre est fortement brunie. On est donc porté à penser que la matière brune dissoute par l'ammoniaque est le ciment cherché. Versons un sel calcaire dans la dissolution recueillie; nous obtiendrons un précipité qui présente toutes les propriétés d’un colloïde. C'est de l’'humate de chaux. » |

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