CHAPITRE XI
62. Analyse chimique. — Les qualités chimiques dépendent de la nature, de la proportion et de l’assimilabilité des principes minéraux et organiques qui influent sur la végétation. En agriculture, on tient grand compte de la composition chimique, parce qu’on cultive des végétaux très exigeants qui demandent beaucoup au sol et qu’on est obligé de rendre d’autant plus vite à ce sol, par des engrais, ce que les récoltes lui ont enlevé, qu’il est originairement plus pauvre. Mais en sylviculture les qualités chimiques jouent un rôle bien moins important (*), parce que l’on n’exporte, lors des coupes, qu’une très faible dose des principes rares (voir chap. XID) qui se reconstituent et souvent s’accroissent par le jeu des forces naturelles.
Le sol forestier, pour être indéfiniment fertile, pour voir même s’augmenter sa fertilité primitive, n’a pas besoin d’autre engrais que sa couverture naturelle.
On ne se sert d’engrais apporté du dehors que dans le cas où la culture forestière imite les procédés agricoles (pépinières) ou bien encore quand on reboise des sols extrêmement pauvres (sables purs, par exemple).
Il y a cependant lieu d'examiner les propriétés chimiques des sols forestiers, soit dans le cas d’essences à introduire dans un peuplement, soit dans le cas de forêts à créer de toutes pièces; ainsi le châtaignier, le chêne-liège, le pin maritime échouent sur les sols calcaires, surtout s’ils ont à supporter la concurrence des plantes spontanées calcicoles, et plusieurs fois on aurait évité des échecs certains
1. Sauf dans le cas très rare où le sol contient des éléments nuisibles à la végétation. tels que des excès d'humus acides, de gypse, de sel, ete,
et des dépenses inutiles si les essais d'introduction avaient été précédés d’une analyse chimique du sol.
Donc, toutes les fois qu’il s’agira de ce cas ou des engrais complémentaires à apporter à une pépinière permanente, il sera utile de faire faire une analyse. Le prélèvement du sol d’une pépinière se fait absolument comme celui d’un sol agricole ; il n’y a pas à insister.
Mais si, pour une raison quelconque, on veut analyser le sol
d'une forêt, on doit prélever les échantillons de la manière suivante (°).
Supposons qu’il s’agisse d’une parcelle dont le sol est partout identique. ;
Après avoir balayé la couverture morte sur une surface de 50 centimètres de côté, on pratique à la bêche un trou à parois verticales en rejetant au dehors la terre qu’on extrait de cette petite fosse ; puis on enlève par tranches verticales, à la bêche, des couches parallèles, en pratiquant un nombre suffisant de sections perpendiculaires pour
extraire environ 4 à 9 kilogr. de terre. Au sortir de la fosse, la terre
est déposée sur une petite bâche en toile dont s’est muni l’opérateur. On répète ce prélèvement d'échantillons sur autant de points qu’il est nécessaire pour obtenir une représentalion aussi exacte que possible de la composition moyenne de la parcelle ou de la forêt. On réunit ensuite tous les échantillons de terre; on les mélange intimement et l’on prélève sur la masse deux échantillons moyens du poids de 4 à 5 kilogr. environ. L'un est renfermé immédiatement dans un flacon bien bouché ; l’autre est desséché au soleil ou sur le sol d’un
1. Dans toutes sortes d'analyses, qu'il s'agisse de l'analyse physique ou de l'analyse chimique complète d'un sol forestier, la prise des échantillons a une importance capitale ; c'est d'elle que dépend la portée des résultats, Aussi est-ce toujours l'agent forestier lui-même qui devra y procéder, après avoir minutieusement examiné le terrain. Quand il s’agit de sols assez profonds, dont les éléments ne dépassent pas { centimêtre de diamètre (argile, sable, marne, calcaire friable), il est très commode, pour s'assurer de l'homogénéité du sol, de se servir d'une sonde qui permet d'extraire jusqu’à 1 mètre de profondeur des cylindres du sol en place, pris par exemple de 20 à 30 centimètres, de 60 à 80 centimètres au-dessous de la sur‘ace. La comparaison de ces échantillons permet d'apprécier de suite si le sol est homogène ou non. La sonde employée à l'Ecole forestière donne des cylindres de 13 millimètres de diamètre.
à PR.
four et, lorsque la dessiccation est suffisante, il est mis aussi en flacon (‘). En faisant le mélange sur la bâche, on écarte les pierres qui dépassent le volume d’une noix, en notant leur nombre et leur nature ; on enlève aussi, autant qu’on le peut, les racines qui forment toujours une part notable des sols forestiers.
Comme les arbres s’alimentent pour une bonne partie dans la zone inférieure à ces 30 premiers centimètres, il est nécessaire de prendre de la même façon un second échantillon dans le sous-sol, entre 40 et 70 centimètres (ou entre 50 et 80).
Dans les forêts à sols profonds, sablonneux ou argileux, on procède comme il vient d’être dit; mais, dans les forêts calcaires à sol superficiel, on ne peut prendre que le sol et encore souvent sur une épaisseur qui ne dépasse pas 15 ou 20 centimètres. Il est bon, dans ce cas, d'examiner la roche en place et d’en analyser un échantillon pour se rendre compte de sa composition, de son aptitude à la désagrégation, à la dissolution.
L'analyse chimique complète du sol est une opération compliquée, longue, délicate, qui re peut être faite que dans un laboratoire par des chimistes exercés auxquels le forestier envoie immédiatement les échantillons récoltés en spécifiant les éléments sur lesquels il désire être renseigné (*). Mais il peut procéder lui-même à l'analyse physicochimique par la méthode de Th. ScaLæsiNG. Cette analyse, décrite dans l’ouvrage déjà cité de M. L. GRANDEAU (t. I, p. 136-142 et959), ne nécessite que l'emploi d’une balance et de produits qui se trouvent chez tous les pharmaciens (eau distillée, ammoniaque, acide
.chlorhydrique, acide nitrique) et donne des indications très impor-
1. Ce prélèvement d'un double échantillon a pour objet de livrer au chimiste le sol tel qu'il est au moment de la prise d'essai en forêt, c’est-à-dire avec sa teneur en eau. et de lui fournir en même temps dans l'échantillon desséché une terre dépourvue des moisissures et autres plantes qui pourraient se développer dans l'échantillon humide s’il était trop longtemps abandonné à lui-même, On prélève dans le flacon de terre non desséchée un échantillon de 100 à 150 grammes qui servira à déterminer le taux pour cent d'humidité du sol naturel, par dessiccation dans l’étuve chauffée à 1500.
2, On trouvera l'exposé complet de la marche à suivre et des méthodes les plus récentes et les plus précises, y compris celles qui ont été proposées par le comité consultatif des stations agronomiques, dans le Traité d'analyse des matières agricoles, par L. GRANDEAU. Paris, Berger-Levrault et Gi, 1897. Deux volumes in-8.
tantes qui suffisent dans la plupart des cas. Elle a pour but de doser directement et par pesées : 1° le sable, 2° l'argile, 8° la matière noire (humus), 4° le calcaire.
Qu'il s'agisse de l’une ou l’autre de ces analyses, il faut toujours opérer sur la {erre fine, c’est-à-dire sur celle qui passe au tamis dont les mailles ont 1 millimètre d’écartement. C’est avec elle surtout que les racines entrent en contact et c’est elle qui leur fournit le plus de principes nutritifs. La détermination du taux de terre fine donne déjà des indications précieuses. On peut se servir de deux tamis, l’un
à mailles écartées de à millimètres sur lequel restent les cailloux
(M. Scncæsinc). Ce qui passe au travers est placé sur le tamis à mailles de 1 millimètre. Après avoir frotté avec la paume de la main pour briser les particules de terre, il reste sur le tamis ce que M. Scuæ- SiNG appelle les graviers; on les pèse ainsi que la ferre fine tamisée et on rapporte à 1 000 (').
Un sol de Ia forêt domaniale de Chinon (canton de Maupas, route de Chinon) a donné, par exemple :