Voir Jahresbericht der Chemie, 1873, p
3. D'après F. Horre-SeyLER, c'est ce bacille, appelé aussi B. buéyricus, qui est — l'agent principal de la fermentation forménique. On né connaît pas d'aérobie qui dégage du formène. Les bâtonnets désignés sous le nom de Bacterium lermo sont aussi considérés comme des ferments de la putréfaction ; mais ce nom doit être laissé de côté
mycètes, appartenant soit aux Mucorinées, soit au type des Cladosporium, interviennent aussi dans la décomposition forménique, dès que les matières organiques ont une réaction acide. Les vers de terre, qui jouent un si grand rôle dans la décomposition par eremacausis (n* 44 et 52), manquent complètement dans la tourbe. L’acide carbonique qu’on rencontre sans exception dans les produits de la putréfaction — même quand l'air est absolument privé
d'oxygène — se dégage d’une façon incomparablement plus lente
que dans l’eremacausis, faute d’une quantité suffisante d’oxygène. Celui-ci provient d’abord des matières organiques elles-mêmes et aussi des éléments réductibles qu’elles contiennent (nitrates, nitrites, sels de fer au maximum). Au lieu d'acide carbonique, il se forme des acides beaucoup moins oxygénés — acide tannique, humique — qui sont des antiseptiques, empêchent la multiplication des microbes et rendent la masse des détritus très rebelle à la décomposition. Une autre conséquence de cette oxydation extrêmement lente est que le dégagement de chaleur dans la décomposition forménique est très faible.
Eremacausis et putréfaction (décomposition forménique) sont donc deux modes absolument différents. Dans le premier, la matière organique se volatilise presque complètement ; dans le second, la formation de produits gazeux est limitée et 1l reste un abondant résidu.
Il est bien évident qu’eremacausis et putréfaction peuvent se présenter simultanément dans la même masse ou dans des points voisins, suivant que l’accès de l’air est plus ou moins entravé. Le cas se présente souvent en forêt, où l’on voit des taches tourbeuses alterner avec des emplacements où se forme le terreau neutre.
69. Extension des taches tourbeuses en forêt. — Il est nportant de prévenir la formation d’humus tourbeux en forêt à cause de son effet nuisible sur la végétation des arbres, et, si l’on n’a pu
parce que la description s'adapte à une grande quantité de bactéries déjà connues. En tout cas, il est certain que les bactéries sont infiniment moins nombreuses et moins “actives dans la tourbe que dans le terreau neutre où pullulent de nombreuses formes aérobies. |
empêcher la production de ces taches tourbeuses que l’on rencontre de ci de là dans les forêts montagneuses des Vosges ou du Jura, par exemple, 1l faut s’opposer à leur extension.
Sur les points envahis par l’humus tourbeux, la végétation devient languissante. Les arbres se couvrent de lichens et finissent par périr. L’aune, le bouleau, quelques saules, le pin de montagne, l’épicéa, le
sapin, le sorbier des oiseleurs, l’érable-sycomore, sont les essences
qu'on rencontre le plus souvent dans les feignes des Vosges, sous forme d’arbres disséminés et rabougris (°).
On explique la tendance envahissante bien connue des grandes
tourbières aussi bien que des taches tourbeuses de la façon suivante :
Les tourbières installées sur des terrains horizontaux ont une surface bombée (*). Le centre est souvent de 2 à 3 mètres, quelquefois de 6 à 10 mètres, plus élevé que les bords. Elles ont leur maximum d’élévation au point où elles ont commencé à se former, c’est-à-dire là où les couches de tourbes sont les plus anciennes, les plus puissantes, donc d'ordinaire en leur milieu.
Ce bombement est la cause principale de leur agrandissement. Quand la couche tourbeuse a acquis une certaine épaisseur, elle presse par son propre poids sur ses bords (*), si bien que les limites primitives s’élargissent et qu’il se forme à la périphérie une nouvelle auréole de sphaignes. Celles-ci provoquent la formation de tourbe, qui reste cependant toujours à un niveau plus bas que l’ancienne, parce que celle-ci continue à s’accroître en épaisseur.
61. Effets nuisibles de l'humus tourbeux et des tourbières. — L'humus tourbeux est nuisible à la végétation forestière. Même quand il n’a que 1 décimètre d’épaisseur et que les racines s’enfoncent en majeure partie dans le sol minéral, la végétation des arbres
. Dès que ces feignes ne sont plus fauchées, le bouleau s'y jette (Gornimont). . C'est à cette propriété qu'elles doivent leur nom allemand (Hochmoor). 3. « Quelquefois même, après les grandes pluies, le poids du liquide enfermé devient
- trop considérable pour le grossier tissu de plantes qui le retient ; l'enveloppe se dé-
chire et la masse pâteuse, pareille à la lave d'un cratère, s’épanche sur les plaines » (EL. Recus).
est sérieusement entravée et la situation s'aggrave à mesure que la tourbe augmente, jusqu’à ce qu’enfin la forêt disparaisse (').
Ce fâcheux résultat tient à diverses causes, mais surtout à la réachon acide des couches de tourbe (*) : on sait que les plantes ne végétent convenablement que dans les sols neutres.
L'absence d’oxygène est aussi un sérieux obstacle. La tourbe est une masse compacte, retenant avidement l’eau et empêchant tout accès d'oxygène ; les racines n’y peuvent respirer. En outre, les sols tourbeux sont très pauvres. La moyenne de nombreuses analyses a
donné (FLEISCHER) : 0,95 °}, de chaux ; 0,03 de potasse ; 0,05 d’acide
phosphorique.
Ce sont là des doses très faibles, même pour des sols forestiers, et encore ces éléments fertilisants ne peuvent être que très difficilement absorbés par ies racines, enrobés qu’ils sont dans de la matière organique indécomposable. |
Il y a bien une forte proportion d’azote : 0,8 °}, dans les couches supérieures et bien plus encore dans les zones profondes ; mais cette matière azotée est à peu près inerte, comme l’indiquent les bons résultats produits par les fumures azotées sur les sols tourbeux (°).
La régénération s’y fait très mal; le plus souvent, les graines ne germent pas, la surface étant ou trop sèche ou trop humide, et, quand la germination a réussi, fréquemment les jeunes plants sont déchaussés par les gelées si communes sur ces sols.
Enfin, la vie animale est nulle dans la tourbe ; les vers de terre,
1. Voir, dans le beau livre déjà cité du D° P. E. Muzer, directeur des forêts du Danemark, les caractères si différents de la végétation du hêtre sur le terreau et sur la tourbe. « Dans ce dernier milieu, dit MurLer, tout dénote un état maladif; pourtant, par places, sur de la tourbe moins épaisse on voit des peuplements visiblement souffrants dont la forme indique qu'ils ont été très vigoureux autrefois ; on en conclut que la tourbe est relativement récente... Il n'y a jamais de taupes ni de vers de terre dans la tourbe, qui est extrêmement pauvre en organismes animaux... Quand la forêt de hêtre sur la tourbe disparaît — en Danemark — elle ne se reconstitue pas ; elle est remplacée, soit par l'Aëa flexuosa, soit par la Calluna vulgaris, c'est-à-dire Ja bruyère, laquelle s'étend parfois de 2 mêtres par an sur le bord des forêts jutlandaises. »
2. Gette acidité est assez accusée pour être constatée souvent au papier de tournesol.
3. Les causes d’infécondité des sols tourbeux, dit M. Dumont (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. CXXXIIL, p. 1243), tiennent surtout à ce que l'humus y revêt une forme passive, réfractaire à la nitrification.
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insectes, larves, taupes, etc., qui, dansles sols à terreau neutre, jouent un rôle si utile en décomposant la matière organique, -en la mélangeant à la terre minérale et en rendant le sol poreux et perméable, font totalement défaut dans les sols tourbeux.
Pour tous ces motifs, 1l y a obligation étroite pour le forestier à s'opposer à la production de l’humus tourbeux au sein des forêts et à poursuivre sa destruction par les moyens qui seront indiqués plus loin (chap. X VIN). |
Les grandes lourbières influent aussi défavorablement, on le sait, sur la climatologie, sur l'hygiène, sur le régime des eaux.
Elles entretiennent une humidité persistante, des brouillards malsains ; elles amènent des gelées fréquentes (*). Dans les pays à tourbières, dans les fanges de l’Ardenne, par exemple, il y a peu de sources et les rivières ont un régime très irrégulier, avec des crues subites, violentes à la suite d’un orage ou d’une fonte brusque des neiges, suivies de tarissements rapides et fréquents (?).
En outre, ce sont des régions infertiles, malsaines, où la population
1. « Les tourbières et les marais qui couvrent 20 °/, de la superficie de la Finlande provoquent, même au fort de l'été, des gelées nocturnes qui, s'élevant vers les champs cultivés, peuvent en une seule nuit occasionner de sérieux ravages » (L. GRANDEAU, L'Agricullure au commencement du vingtième siècle, imprimerie Nationale, t, I, p. 175).
2. « On ne trouve dans les fanges que des ruisseaux dont les eaux sont influencées promptement par les agents extérieurs : évaporation, pluies, fonte des neiges.
« Qu'arrive-t-il après un orage ou une fonte subite des neiges? L'eau, atteignant rapidement un sous-sol imperméable (phyllades cambriens ou dévoniens}, est arrêtée, ne pénètre pas et, aussitôt que la faible couche végétale est imprégnée, elle descend et se précipite vers les dépressions, causant des crues violentes et subites.
« L'aspect et les allures des cours d’eau sortant des fanges sont connus. Un garde passant la Soor à pied le matin ne peut la traverser une heure après, au retour, s'il survient un orage.
« Mais une fois l’eau superficielle évacuée, il ne reste plus rien pour l'écoulement et, presque subitement, la fange ne donne plus; elle conserve son eau d'imbibition, reste humide ; mais les ruisseaux qui en sortent tarissent. Pendant l'hiver, une autre circonstance aggrave ces effets désastreux au point de vue du régime des eaux. La surface étant gorgée d'eau, celle-ci se congèle par les grands froids, puis bientôt se recouvre de neige.
« Ici — sur les fanges nues, avant le boisement — rien ne s'interpose entre les pluies et le soleil d'une part et la grande surface de neige d'autre part. Aussi le dégel, la fonte des neiges se font-ils sentir brusquement, subitement. L'eau, arrêtée par la glace reposant sur la fangc, s'écoule avec une extrême rapidité, ce qui fait à juste
est rare et chétive, rongée par les fièvres paludéennes (‘). Aussi les Belges et les Allemands font-ils tous leurs efforts pour transformer leurs vastes plaines tourbeuses soit en prairies, soit en forêts productives, soit en champs cultivés (?). Il y réussissent fort bien; les procédés de culture ou de boisement sont fixés.
Actuellement, sous l'impulsion de quelques hommes convaincus de l’utilité de leurs efforts, il se dessine en Angleterre un mouve-
ment de l’opinion publique en faveur du boisement des immenses
tourbières de l'Irlande (°).
Le climat très pluvieux de cette île (il y tombe en moyenne
916 millimètres d’eau par an) est des plus favorables à la végétation forestière, qui la couvrait du reste presque entièrement autrefois, ainsi que le prouvent les nombreux arbres (chênes, hêtres, aunes) enfouis dans les tourbières, et les noms géographiques.
En employant des procédés analogues à ceux qui réussissent si bien aux forestiers belges pour le boisement des fanges de l’Ardenne, on est sûr d'arriver aisément au but. L’Angleterre trouverait là de quoi réduire dans une mesure appréciable le formidable chiffre de ses importations de bois.
titre redouter la fonte des neiges par les riverains des cours d'eau qui prennent leur source dans les tourbières de l'Ardenne. » (Lettre de M. CranAy, inspecteur des eaux et forêts de l'État belge.)
1. « Les tourbières entremélées de nappes d'eau dormante dégagent un air impur qui répand sur les pays environnants la fièvre et la mort. À moins que les maréeages ne soient entourés de forêts épaisses qui arrêtent les gaz, ceux-ci exercent une influence des plus fâcheuses sur la salubrité générale du pays... Dans toutes les contrées marécageuses, la vie moyenne est beaucoup plus courte que dans les districts limitrophes
vivifiés par les eaux courantes... Un des grands travaux de la civilisation est d'appro-
prier au séjour de l’homme et à la culture ces étendues malsaines encore indivises entre la terre et les eaux » (Elisée Recuvs.)
2. Voir E. Wozzny, loc. cit., p. 489-537.— Voir aussi la méthode essayée par Rimrav à Cunrau (Monographie du domaine de Cunrau, par P. De MaizLaRD, dans les Annales de la Science agronomique française et étrangère, 1891, t. XXII, p. 417-472).
3. Leur étendue est de 11 450 kilomètres carrés environ, soit à peu près le septième de la surface totale de l'Irlande (82 000 kilomètres carrés) ; quelques-unes ont 13 mètres de profondeur ; la moyenne a 8 mètres. La plupart des montagnes irlandaises ne sont que tourbières de la base au sommet. La vaste plaine qui s'étend de la baie de Dublin à celle de Galway est couverte de lacs et de tourbières improductives.
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