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CHAPITRE II

Couverture morte

6. Formation de la couverture morte. — La couverture morte est l’ensemble des débris organiques plus ou moins décomposés qui recouvrent le sol de la forêt. Elle est presque entièrement formée de feuilles auxquelles viennent s’ajouter des plaques d’écorce morte (rhytidome), des brindilles et des branches, des fleurs et des fruits, et les cadavres des animaux qui vivent en forêt.

Dans nos climats tous les arbres forestiers feuillus et, parmi les résineux, le mélèze, perdent leurs feuiiles à l’automne. Cette chute est due à l’abaissement de la température et de la lumière à partir du mois d'octobre. Car si l’on sème un gland de chêne et qu’on soumette le jeune plant à la plus grande somme de lumière de nos régions et à une température qui ne descende pas au-dessous de 10°, on le voit pousser des feuilles nouvelles avant d’avoir perdu les anciennes restées vertes (*). On sait qu’à Madère, sous un climat où la chaleur et l’intensité lumineuse ne diminuent pas sensiblement en automne, nos arbres fruitiers gardent leurs feuilles l'hiver. Elles finissent bien par tomber, mais à des époques irrégulières, indéterminées.

7. Colorations automnales des feuilles. — La coloration que prennent les feuilles à l’automne est toujours un signe de diminution de leur vitalité. Avec la destruction de la couleur verte (chlorophylle) cesse complètement l'assimilation dans les feuilles. La

1. L'expérience a été faite à la station de climatologie agricole de Juvisy, par M. G. FLammarion. (Voir les Annales de la science agronomique française et étrangère, t. I, 1899, p. 27.)

production de nouveaux principes immédiats s'arrête : au lieu de . décomposer l’acide carbonique et de dégager de l’oxygène pendant le jour, les feuilles colorées par l’automne absorbent au contraire de l’oxygène et exhalent de l’acide carbonique. Dans cette respiration automnale, le glucose, l’amidon, la chlorophylle sont détruits par l'oxydation et il y a production d’acide carbonique.

A nos latitudes c’est d'ordinaire à la fin de septembre, après la maluration des graines, que les feuilles commencent à prendre leurs teintes d'automne, jaunes, rouges ou brunes,

D’après Kraus, qui a beaucoup étudié cette question, encore incomplètement élucidée, des colorations automnales des feuilles, trois matières colorantes unies en proportions variables donnent aux feuilles leurs diverses teintes. La coloration jaune (xanthophylle) résulte certainement de l’altération de la chlorophylle. « Quand, à l’automne, dit Kraus, disparaît l’activité du protoplasma, l’oxygène qui se trouve diffusé dans les cellules n’est plus employé par l’assimilation ; 1l oxyde alors les éléments organiques des feuilles et détruit la chlorophylle. » La coloration rouge (érythrophylle) résulterait d’une oxydation plus avancée de la matière jaune. Les plantes acides et celles à fruits bleus ou rouges se colorent en rouge à l'automne. Les aunes, érables, platanes, robiniers, peupliers prennent toujours la teinte jaune.

Quant à la coloration brune ou rouge-brun due à une matière particulière, elle est toujours un signe de mort complète de la feuille. C’est à cette teinte qu’aboutissent finalement les feuilles rouges ou jaunes ; leurs hydrocarbures se décomposent ; il se produit des acides humiques, ulmiques; elles deviennent d’un brun sale.

Tous nos résineux, à l’exception du mélèze, conservent leurs feuilles plusieurs années, généralement de trois à quatre ans, quelquefois plus longtemps. Les plus anciennes tombent peu à peu et en toute saison. Ces feuilles persistantes modifient aussi leur couleur aux approches de l’hiver pour la reprendre au printemps suivant.

« Souvent c’est un simple changement de nuance dans le vert provoqué par le déplacement des grains de chlorophylle qui se ramassent en pelotes au centre des cellules du parenchyme ; à ce premier phénomène il est fréquent de voir s’ajouter la production dans

le suc cellulaire d’un principe colorant rouge soluble dans l’eau. » (Van TIEGHEM.) Ailleurs, les grains de chlorophylle se déforment et se modifient, deviennent brunâtres pour reprendre leur couleur normale sous l’action de la lumière et de la chaleur du printemps. Quand, soit après quelques mois, soit après quelques années, la feuille meurt, elle se dessèche parfois sur place et se détruit petit à petit sur l’arbre même (feuilles marcescentes : chêne, charme, etc.).

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