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Flore forestière, 4° édition, p

192 ÉTUDES FORESTIÈRES reux ; dans la case à 5 °/, de chaux il n’en reste que deux et qu’un

seul dans la case IV à 10 °/, de chaux ; mais, par contre, c’est le plus florissant de tous (°). |

Dans ce cas encore nous voyons triompher la doctrine de l’influence chimique et se confirmer les opinions de nos maîtres MM. MarTHiEu, FLICHE et GRANDEAU (*), puisqu'on ne peut soutenir que, pour la case IE tout au moins, il y ait une modification sensible dans les propriétés physiques.

En jugeant d’après les faits observés dans les cases, on constate

que le taux de 1 °/, de calcaire assimilable ne gêne pas et ne provoque pas la chlorose du châtaignier. Si ce taux s’élève à 5 ou 6 °/,, les deux tiers des plants périssent et la chlorose apparaît nettement sur ceux qui persistent.

Avec 18 °/, de calcaire assimilable (case IV) tous les arbres meu-

1. Les châtaigniers plantés dans le sol calcaire du jardin ont tous repris ; à la fin de la première année (août 1897) ils sont chétifs (0®,25), moins beaux que ceux des cases et beaucoup ont des feuilles jaunes ; ceux en terre de bruyère sont bien plus hauts (0%,50-0%,60), à feuilles plus vertes et plus grandes ; ils sont plus beaux que les plus beaux des cases. En avril 1901 les châtaigniers dans le sol du jardin vivent,

mais n'ont que 0,50 ; en terre de bruyère ils sont bien plus vigoureux ; ils mesurent

1®,50. En 1905 les deux seuls châtaigniers laissés dans le sol du jardin sont superbes ; ils mesurent 3 mètres ; ils sont très vigoureux et ont de grandes feuilles. lis se sont accommodés, eux aussi, comme le seul survivant de la case IV, au milieu défavorable. Les deux châtaigniers laissés en terre de bruyère sont aussi très beaux et ont également 3 mètres de hauteur, tandis que tous ceux des cases ne forment que des buissons ayant à peine 1 mètre de hauteur.

2. « C'est un arbre essentiellement silicicole, dit Marureu (Flore forestière, 4° édition, p. 328), qui redoute les sols calcaires et refuse de croître sur une terre dès que la proportion de chaux s'y élève à 4 04. » (M. Cnarin.)

MM. Fiche et GRANDEAU, dans leur mémoire : « De l'influence de la composition chimique du sol sur la végétation du châtaignier » (Annales de chimie et de physique, 5° série, t. Il, 1874), ont montré que le châtaignier est une espèce calcifuge, mais qui absorbe néanmoins une quantité considérable de chaux même sur des sols très pauvres en cette substance, que la présence d’un excès de chaux dans le sol a

pour conséquence une augmentation dans le taux de ses cendres, augmentation portant

surtout sur la chaux et amenant une diminution des autres éléments, notamment de la potasse, d'où réduction dans la production de l'amidon et dans le développement des feuilles. M. Fuicue a constaté en effet que les feuilles des châtaigniers malvenants de Champagne, en sol de craie, sont beaucoup plus petites que celles des arbres voisins bienvenants en sol siliceux : les plus grandes ont 8 centimètres de longueur tandis qu'elles acquièrent le triple de cette longueur sur le sol non crayeux.

rent rapidement; tous ceux de la case IV, sauf un, sont morts au

bout de deux ans, après avoir végété plus vite que les autres dans la

première année.

Ges faits confirment de la façon la plus nette l'opinion de M. CHariN. D’après les observations de cet éminent botaniste, la limite extrême de la teneur en chaux du sol pour que le châtaignier puisse s’y maintenir est de 3 °/,, soit 5,35 ‘|, de calcaire (').

Il importe de faire remarquer que parmi les individus plantés ou semés dans les cases, quelques-uns ont échappé à la loi commune (?). Ceux-là, par un processus d’adaptation encore fort mal connu, se sont accommodés, au moins pour un certain temps, à ce milieu défavorable du sol et présentent tous les signes d’une végétation normale ; les pousses sont vigoureuses, les feuilles sont grandes, épaisses, nullement chlorotiques. L’unique châtaignier survivant de la case à 10 °/, de chaux est plus développé, plus ramifié, avec des feuilles plus grandes, plus lourdes et aussi vertes que celles des châtaigniers des cases I et IT. Pourquoi celui-là seul a-t-il résisté ?

Ses racines, comparées à celles d’un châtaignier de la case 1, pré: sentaiont au 1° juin 1906 des différences très nettes quant à la disposition et au développement des mycorhizes.

Il était intéressant de rechercher si les feuilles de ce châtaignier réfractaire, prises au même stade (15 octobre) que celles qui ont été analysées par MM. FLicne et GRANDEAU et provenant d’un sol aussi riche en craïe fine assimilable (*), si ces feuilles aussi vertes et mieux développées que celles de la case I (*) avaient absorbé les principes minéraux du sol dans la même proportion que les feuilles chloroti-

ques et rabougries des châtaigniers malvenants de la Champagne.

1. Le Châlaignier : Étude sur les terrains qui conviennent à sa cullure, par Ad. CnariN (Bullelin de la Société bolanique, p. 194, 8 avril 1870).

2. Ainsi un genêt à balai a résisté dans la case IL; deux châtaigniers sont devenus très beaux dans le sol calcaire du jardin ; un plant de pin maritime (sur six) persiste depuis dix ans dans la case IV à 10°, de chaux.

3. La craie qui a servi à remplir les cases provient de la localité où croissent les

… châtaigniers malvenants analysés par MM. Fuicue et GRANDEAU,

4. Elles pesaient le double et mesuraïent presque loutes 17-19 centimètres, tandis que la plus grande de la case F n'avait qué 14 centimètres de longueur, ÉTUDES FORESTIÈRES 13

Le tableau ci-dessous renferme ces analyses rapprochées de celles de MM. Ficne et GRANDEAU. Les chiffres, rapportés, non comme on le fait d'habitude, à 100 de cendres pures, mais à 1 000 de matière organique desséchée à 100°, ce qui semble beaucoup plus logique, s'accordent pleinement avec les résultats et les conclusions (voir ad. nolam) de ces deux savants.

1000 GRAMMKS DE FEUILLES DESSÉCHÉES à 1000 renferment :

CHATAIGNIERS © mm, de Champagne des cases (Champfétu) de végétation EE TT — oo bienvenant RATARRnE I nd ù ST sol crayeux en sol crayeux sol siliceux ha 4 ae sol siliceux te USE gr. gr. gr Lendres pures 02.40 STE 48,0 78,0 49,8 Bilice 0 A ren 1,1 2,8 é 4,6 11,9 Sesquioxyde de fer 0,5 0,6 : ; Acide phosphorique ue 5,9 9,7 3,3 5,6 DRAUX Sue DRE ee UviE 21,6 58,1 24,0 27,0 Magnésie .. 3,2 2,9 0,5 0,7 bolasse à di ie Rent 4,5 40,1 10,9

NoTA. — On n’a tenu compte dans ce tableau que des principes les plus importants.

Dans les cases comme dans le sol naturel de Champagne le taux de cendres, presque égal dans les deux sols siliceux, est beaucoup plus élevé dans le sol crayeux.

Nous constatons en outre, comme MM. FLicHe et GRANDEAU, que, même dans le sable pur, les feuilles de châtaignier absorbent des doses considérables de chaux (?) formant, dans les feuilles normales, non chlorotiques, presque la moitié du poids des cendres pures.

1. Cette chaux provient dans la case I presque exclusivement de l'eau de Moselle qui a servi pendant la première saison de végétation à arroser abondamment les cases. Cette eau contient 30 milligrammes de calcaire par litre. Les racines de certaines plantes ont une énergie extractive vraiment extraordinaire. « Les grès cristallins de

Le taux de la chaux est aussi plus fort dans la case IV que dans la case J; mais l’augmentation est insignifiante à côté du dépôt énorme qui se fait dans les feuilles chlorotiques et qui atteint les trois quarts du poids des cendres (').

En corrélation avec cette absorption normale de chaux, on observe dans le sol crayeux des cases une absorption normale de potasse. Ces deux faits semblent liés et il apparaît de plus en plus comme certain qu’une accumulation exagérée de chaux entrave l'assimilation de la potasse, puisque, dans un sol très riche en calcaire assimilable où ont péri en deux ans les autres châtaigniers, celui qui a su s’adap-

. ter au milieu et développer des feuilles non chlorotiques absorbe

autant de potasse et guère plus de chaux que les arbres des sols siliceux, tandis que le châtaignier chlorotique de Champfétu contient deux fois plus de chaux, mais deux fois moins de potasse (*). En quoi consiste cette adaptation (*) ? Est-elle due à une modification dans la structure des racines normales ; est-elle due aux mycorhizes? C’est ce qu’on ignore actuellement.

Comme pour le pin maritime, de nombreux auteurs ont signalé des exceptions à ce fait généralement reconnu que le châtaignier ne vient spontanément et ne prospère que sur les sols non calcaires.

la Norvège ne contiennent même pas de chaux à l'analyse avec nos procédés et cependant le Saxifraga Aizoon en trouve. puisque ses feuilles en sont gorgées.. Il n'est pas jusqu'aux poussières transportées par les vents qui ne puissent apporter du calcaire en dose suffisante pour certaines plantes. » (Trailé des rapports des plantes avec le sol et de la chlorose végétale, par CI. Roux. Paris, Masson, 1900, p. 127.)

1. On sait que dans les feuilles chlorotiques « la réaction du suc cellulaire devient beaucoup moins acide, souvent neutre et parfois même légèrement alcaline, surtout dans les périodes de forte chaleur qui, en évaporant trop activement l’eau de la feuille, concentre les solutions » (M. Roux). Avec une telle quantité de chaux dans les cendres on s'explique aisément que le suc primitivement acide devienne neutre et même basique. « Dans les tissus chlorosés de la vigne, dit d'autre part M. Vraza, il y a surabondance de sels de chaux, oxalate, tartrate, etc. ; les raphides sont très nombreux, ainsi que les mâcles, etc. et souvent de petits cristaux prismatiques sont en si grand nombre qu'ils obscurcissent les coupes sous le microscope. »

2. ScnuzzE a trouvé aussi que les feuilles chlorosées de la vigne contiennent deux fois moins de potasse, mais sont au contraire beaucoup plus riches en chaux que les feuilles vertes et saines.

3. Il ne s'agit pas, au cas présent, de l'adaptation progressive dont parle M. Roux

en divers points de son ouvrage ; l'adaptation s'est faite ici brusquement.

Outre les soi-disant exceptions classiques des châtaigniers des environs de Montpellier (cités par DE CANDOLLE), d'Annecy et autres localités (‘), citons l'opinion de quelques forestiers italiens et espagnols. Le professeur SoLLa (?) dit que « le châtaignier croît à Val-

lombrosa sur des sols calcaires et que de tels faits ne sont pas

isolés (*), quoique contraires à l’opinion répétée sans critique qu’il fuit la chaux. Je crois que la qualité du terrain adapté à la culture du châtaignier dépend, en seconde ligne, de la quantité des principes indispensables à sa végétation, mais, en première ligne, de la forme,

de l'élat chimique et du mode de diffusion suivant lequel les com-

posés sont distribués dans le sol. » C’est en effet la forme du calcaire qui importe : nous allons voir que le châtaignier peut prospérer sur des sols dont la base minéralogique, souvent affleurante, est du calcaire dur, compact, très peu soluble, à condition que la terre fine ne renferme pas plus de 5 à 6°/, de calcaire terreux assimilable.

Dans les Pyrénées françaises et espagnoles, on voit le châtaignier prospérer sur des sols réputés calcaires. On lit dans la Flore foreshère espagnole par D. LaGuna (p. 206) : « C’est une opinion courante parmi les arboriculteurs, surtout français, que le châtaignier s’écarte des sols calcaires. À ceux qui soutiennent une telle opinion il suffira de visiter les provinces de la Biscaye pour qu’ils reviennent de leur erreur (*). »

Les analyses suivantes du sous-sol et du sol de la forêt d’Izarraits (province de Saint-Sébastien) où croissent des châtaigniers, montreront ce qu’il faut penser de ces sols calcaires et comment se conei-

{. Voir pour plus de détails CI. Roux (loc. cif.), J. Vazzor (Recherches physicochimiques sur la terre végétale el ses rapports avec la distribution géographique des plantes, Paris, 1883).

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