AVERTISSEMENT
Indocile, mais sensible, Milton ne récusa pas ce qu’il appelle lui-même « la douce autorité du sonnet ». Au cours de sa méditative jeunesse, il s’y plia sept fois, et dix-sept fois pendant sa combative maturité.
Les trois cents et quelques vers ainsi composés en une trentaine d’années mériteront longtemps d’être lus, parce qu’ils jaillirent à 1 appel d’événements privés ou publics, et par conséquent évoquent, avec l’intensité particulière au sonnet, une période et un homme. Or, la période embrasse le règne de Charles Ier et le protectorat de Cromwell, et l’homme, quand il n’eût jamais écrit son épopée, ne serait guère moins grand.
Ce n est pas surtout l'art de Milton, mais son « esprit pénétrant » et sa « hauteur d’âme », qui imposaient à Chateaubriand C’est sa fortitude d’étemel solitaire, et précisément ses sonnets, qu inspirèrent Wordsworth, sonnettiste et solitaire. « Certainement, * déclaré Taine, peu d’hommes ont fait autant d’honneur à l’homme » Et il fait cette remarque, éminemment applicable aux poèmes présentés ici : « Quelque chose de grand et de fier respire encore dant tous ses portraits ».
Les vingt-quatre sonnets de Milton sont, en effet, comme autant de miniatures, qui toutes remettent sous nos yeux l’artiste el le puritain également célèbres, et par là se ressemblent, mais donl la succession nous les montre évoluant : l’artiste y va se fortifiant, 1< puritain s’humanisant. En outre, elles nous dépeignent tour à toui l’étudiant qui rêve d’aimer et b érudit qui ne pourra plus lire, ur Milton tantôt mystique, tantôt politique, solennel ou bouffon, dilet tante et gourmet, pédant, injurieux, amical, exultant, angoissé, enfii un être mouvant et émouvant, dont la grandeur apparaît plus certain« à mesure que lui-même se dessine plus réel.
Kervyn de Lettenhove en 1839, M. Fernand Henry en 1909, M. Denis Saurat en 1920, ont rendu en prose ou en vers les sonnets qui les intéressaient davantage, mais la série complète n a jamais été publiée en français.
Il m’a semblé que cette lacune devait être comblée, malgré des difficultés dont je dirai seulement que, même avec le secours du vers, elles n’étaient pas toutes surmontables.
Le texte est celui de toutes les éditions modernes, sauf au sonnet XV, où j’adopte le « earthy » du manuscrit de Milton, au lieu de « earthly ». Par contre, pour que cette suite autobiographique eût tout son sens, il fallait essayer de suivre l’ordre dans lequel les sonnets furent composés, et non pas l’ordre traditionnel, qui est celui où ils furent publiés.
Us parurent, en effet, en trois groupes : dix en 1643, dix en 1673, et quatre en 1694. Or, en 1673, le poète était aveugle et son secrétaire ne suivit pas toujours l’ordre chronologique ; quant aux sonnets de 1694, des raisons politiques avaient seules retardé leui publication, et ils étaient antérieurs au dernier en date du groupe
de 1673.
Le commentaire qui accompagne ces sonnets est redevable surtout à la monumentale biographie de David Masson et aux oeuvres de Milton. A qui voudra contrôler ou compléter mes trop brèves indications, je recommande trois excellents ouvrages : John Smart, The Sonnets of John Milton (Glasgow, 1921) ; Havens, Influence of Milton on English poetry (Harvard, 1922) ; Denis Saurat, Milton, Man and Thinker (New York, 1925).
En 1645, c’est-à-dire à trente-six ans, Milton est pour l’Angleterre objet de scandale, de risée ou de pitié.
En 1643, après sa sixième diatribe contre les anglicans, il avait épousé sans crier gare une jolie anglicane qui s’était enfuie presque aussitôt ; sur quoi, il avait clamé son droit au divorce, en quatre pamphlets. Mais, après deux ans de désertion, sa femme vient de se jeter à ses pieds, et il l’a reprise. Le plus certain, résultat de cette aventure sera que la secte équivoque des « divorceurs » pourra s’intituler « miltoniste »• Voilà où en est l’homme, le puritain. Ajoutons qu’il est pédagogue, et a exposé sa méthode dans un onzième traité.
Où peut en être le poète ? Son Lyciàas dort dans un recueil universitaire. Son Cornus a été publié par un ami, mais Milton n’a pas signé : il réserve sa signature pour une épopée dont il cherche encore le sujet. En attendant, le publie ne connaît que ses libelles;
En cette année 1645 où Mary Powell lui est revenue, il veut rentrer dans son caractère, mériter le pardon des Muses et poser sa candidature à la gloire, en publiant ses vers de jeunesse. Dans un vieux cahier, il retrouve un candide placet au rossignol. Et il admire. Est-ce bien lui qui soupirait ainsi ? Lui dont les rugissements font encore trembler l’air natal ! Il sourit : <c J'ai jeté trop d’in-folio à la tête de nos évêques ; mes doigts ne sauraient plus manier oette flûte de roseau. Raison de plus pour la faire entendre. » La fierté, la fermeté des deux derniers vers lui plaît. Et les douze autres, ne montrent-ils pas que Mary avait méconnu un cœur fait pour aimer ?
Il prend son parti et redevient grave. En tête d’un feuillet blanc, sa plume de polémiste commence à transcrire pour l’imprimeur :
Sonnet I. O Nightingale...
O Nightingale, that on yon bloomy spray
Warbl’st at eve, when all the woods are still, Thou with fresh hope the lover s heart dost fill. While the jolly hours lead on propitious May.
Thy liquid notes that close the eye of day.
First heard before the shallow cuckoo s bill. Portend success in love. O, if Jove s will Have linked that amorous power to thy soft lay. Now timely sing, ere the rude bird of hate
Foretell my hopeless doom, in some grove nigh ; Aa thou from year to year hast sung too late For my relief, yet hadst no reason why.
Whether the Muse or Love call thee his mate, Both them 1 serve, and of their train am 1.
Sans preuves, l’opinion la plus répandue ne voit dans ce sonnet qu’un exercice littéraire. Mais tout adolescent a connu les émois de Chérubin, et tout Anglais peut, sans le secours des livres, opposer le cri du coucou au chant du rossignol. C’est directement qu’ils inspirèrent Keats et Wordsworth. Seule ment Milton, étant Milton, ne pouvait manquer d’orner son vers de réminiscences, et le dialogue des deux oiseaux était un thème du moyen âge.
Ceci posé, notons trois points.
D’abord, cette transformation d’un dialogue en monologue : toute l’œuvre de Milton est un soliloque.
Ensuite, la sensibilité de ce puritain. Il écrivait, en 1637, à son ami Diodati : « Dieu m’a doué autant que personne d’un véhément amour du beau... Je m’efforce nuit et jour à trouver cette idée du beau (l),en tant qu’imagé de la beauté suprême, sous toutes les formes et toutes les faces du réel (car nombreuses sont les formes des choses divines [1].) Noble entreprise, mais
(i) En free, dans la lettre de Hilton.
ROSSIGNOL, qui, dans cet arbre épanoui.
Viens gazouiller le soir, quand les bois font silence, A ta voix les amants retrouvent l’espérance,
Dès que mai nous revient, par les Grâces conduit. Ton trille qui du jour éteint l'œil et le bruit,
Promet à qui l’entend plus tôt que la cadence Du stupide coucou, l’amour sans décevance.
Ab ! si vraiment l’Amour à ton charme obéit,
Chante bien vite, avant que la grossière haine
M’ait présagé malheur dans la forêt prochaine.
Car jusqu’ici ton chant m’a toujours oublié,
Année après année ; or, tu n ais pas d’excuse :
Que la Muse ou l’Amour te tienne en amitié, J’accompagne et je sers et h Amour et la Muse.
jeu dangereux et significatif. Celui que ses camarades de Cambridge surnommèrent « la demoiselle » aurait été moins farouche s’il eût été moins sensible. « Il n’a jamais existé, constatait Chateaubriand, un génie plus sérieux et en même temps plus tendre que celui de cet homme. »
Enfin, le rossignol est ici présage autant que symbole. C’est la nuit que Milton était visité par l’apparition qu’il appelait « sa Muse ». Le symbole devient personnel dans ces vers du Penserosc \
« Tendre chanteur qui fuis les bruits de la folie,
« Merveille de musique et de mélancolie. »
Dès 1652, le présage sera vérifié, et Milton, racontant dans I.e Paradis perdu qu’il compose la nuit et qu’il est aveugle, écrira tristement :
« Je me nourris alors de pensers qui, d’eux-mêmes,
« Atteignent l’harmonie ; ainsi l’oiseau qui veille « Chante obscur, et module au plus épais couvert « Sa nocturne chanson. »
DONNA leggiadra, il cui bel nome onora L’erbosa val di Reno, e il nobil varco, Bene è colui d’ogni valore scarco Quai tuo spirto gentil non innamora,
Che dolcemente mostra si di fuora.
De’ sui atti soavi giammai parco,
E i don’, che son d’amor saette ed arco, La onde l’alta tua virtù s infiora.
Quando tu vaga parli, o lieta canti,
Che mover possa duro alpestre legno, Guardi ciascun a gli occhi ed a gli orecchi L’entrata chi di te si truova indegno ;
Grazia sola di sù gli vaglia, innanti Che’l disio amoroso al cuor s invecchi.
Si nous prenons à La lettre ce sonnet et les cinq poèmes qui le suivent, le rossignol aurait eu pitié, et le jeune ]>oète brûlerait enfin délicieusement pour une beauté qui ne le décourage pas, et qui doit être italienne, puisqu’elle Lui insinua que ses hommages auraient meilleure grâce dans la langue de Pétrarque. Lui, qui apprit l’italien dès son enfance, aurait alors rouvert ses dictionnaires et repris le chemin de la Fontaine de Vaucluse, pour composer cette suite, unique dans son oeuvre.
Le début en est malheureusement fort obscur. Comme le Reno passe près de Bologne, et que Milton visita cotte ville en 1639, on avait supposé jusqu’à une date récente que la suite italienne datait du voyage d’Italie. Cette conclu sion, en apparence inévitable, embarrassait d’ailleurs commentateurs et biographes. Quel était, par exemple, ce « nobil varco » ? Ou comment Milton pouvait il, en 1639, dédier un sonnet à Diodati, mort à la fin de 1638 ? Toutes difficultés sont résolues si l’on adopte l’hypothèse proposée par J. Smart en
RAGEUSE Donna, dont le nom tait l’honneur Et du Reno fertile et du gué bien connu,
Celui-là de mérite est certes dépourvu.
Qui pour ton noble esprit ne ressent point d ’ardeur ; Cet esprit découvert avec tant de douceur Par les suavités de ton geste ingénu,
Et les dons fleurissant ton altière vertu,
Sagettes que l’Amour décoche droit au coeur.
Quand tu parles, si belle, ou chantes de plaisir,
Capable d’arracher aux forêts un soupir,
Quiconque n’est pas sûr d’être digne de toi Doit défendre sa vue et craindre de t’ouïr,
Car, à moins du secours céleste, il faut qu’il soit Envahi sans retour par l’ amoureux désir.
1921 . 11 s’agirait non d’une Bolonaise, mais d’une Emilia. Dans la province d’Emilie, en effet, se trouvent et le Reno et le gué du Rubicon. La « guirlande à Emilie » peut alors être bien antérieure au voyage italien, et figurerait à son rang chronologique dans le recueil de 1645, où elle précède le Sonnet VII, qui date de 1632 au plus tæd, et de Cambridge.
Mais si les poèmes italiens datent de Cambridge ne faut-il pas rappeler certaine légende trop jolie pour mériter l’oubli ? Milton était beau. La légende rapporte qu’il dormait un jour sur le perron de son collège quand une jeune I/talienne s’arrêta éblouie, et lui glissa entre les doigts un billet où elle avait crayonné oe quatrain de Guarini :
« Occhi, stelle mortali,
« Ministri de miei mali,
(( Si chiusi m’uccidite,
« Aperti, che farete ? »
QUAL in colle aspro, al imbrunir di sera, L’avvezza giovinetta pastorella Va bagnando l’erbetta strana e bella Che mal si spande a disusata spera Fuor di sua natia alma primavera,
Cosi Amor meco insù la lingua snella Desta il fior novo di strania favella.
Mentre io di te, vezzosamente altera.
Canto, dal mio buon popol non inteso,
E’l bel Tamigi cangio col bell Arno.
Amor lo volse, ed io a 1 altrui peso Seppi ch’Amor cosa mai volse indarno.
Deh ! foss il mio cuor lento e 1 duro seno A chi pianta dal ciel si buon terreno.
Ce sonnet se comprend mieux si on le suppose écrit en .Angleterre. L’âpre montagne où dépérit la plante fille du printemps, symbolise la barbarie d’une cervelle anglaise, mais surtout l’inclémence du climat d’Albion. Milton a dit combien il craignait que son Pamdis perdu ne se ressentît die la froideur du ciel britannique.
C’est à peu près tout ce qu’il faut dire de ces quatorze lignes. Lus séparément, les sonnets à Emilie requièrent peu de commentaires.
Mais lus d’un trait et dans l’ordre où Milton les présenta, ils semblent prendre une signification qui doit être soulignée. Malgré leurs emprunts à l’Italie et contre l’avis de certains critiques anglais et américains, plus royalistes que le roi, il est difficile de ne voir en eux que des fictions. Milton pouvait être amoureux et l’a prouvé. Son puritanisme n’était pas frigidité, mais une passion parmi d’autres. Et ces sonnets furent écrits pour une femme.
Ge qui, entre autres indices, nous le fait croire, c’est précisément la
TELLE, en l’âpre montagne, au tomber de la nuit.
Une enfant du vallon, jeunette pastourelle,
Rafraîchit une tendre plante, étrange et belle.
Qui sous des cieux nouveaux à grand peine fleurit, Loin du printemps natal qui longtemps la nourrit.
Tel aujourd’hui l’Amour sur mes lèvTes appelle D’un langage étranger la floraison nouvelle ;
Il faut qu’en ton honneur, fierte qui m as séduit.
Le bel Arno succède à la belle Tamise,
Et me prête une voix de mon peuple incomprise. L'Amour le veut! Et iqoi, par les maux du prochain. Je sais qu’il faut céder lorsque l’Amour ordonne.
Hélas, que n’offres-tu, mon cœur stérile et vain,
A qui plante d’en-haut, une terre aussi bonne!
vibration puritaine dans chacun d’eux. Au premier (II), l’amoureux compte sur le ciel pour le préserver du désir. .Au suivant, ni se blame d être moms docile à Jéhova qu’à Eros. Au troisième (IV), il persiste à juger 1 amou une défaillance. Le quatrième raille le jargon des amants- Au «J
sitrnifie à sa belle un respectueux ultimatum, en lui vantant comme dt Tuïs Laforgue, « son noble cœur transi », ce qui nous vaut le plus beau portrait que Milton ait tracé de lui-même. Pas une fois, il ne se conten e de s’abandonner.
Ces réserves répétées jusqu’à la monotonie seraient-elles de mise dans un exercice littéraire ? Aucun poète plus que Milton n’a été conscient des lois de son art, et il avait trente-six ans quand il publiait ces vers. S il * cru pouvoir mêler ainsi les retours du puritanisme anglais aux concetti pas «annés de l’Italie, c’est que les uns et les autres reflétaient des sentiments réellement
éprouvés.
CANZONE
RIDONSI donne e giovani amorosi
M’ accostandosi attorno, e « Perché scrivi. Perché tu scrivi in lingua ignota e strana Verseggiando d amor, e come t osi?
Dinne, se la tua speme sia mai vana,
E de pensieri lo miglior t arrivi ! »
Cost mi van burlando : « altri rivi,
Altri lidi t’aspettan, ed altre onde,
Nelle cui verdi sponde
Spuntati ad or ad or a la tua chioma
L’immortal guiderdon^jd^, eterne frondi.
Perché aile sq&aüé tue soverchia soma? »
Canzon, dirotti, e tu per me rispondi :
« Dice mia Donna, e’1 suo dir è il mio cuore,
« Questa è lingua di cui si vanta Amore ».
La canzone classique est un poème en plusieurs strophes, qui va fréquemment à plus de cent vers, et on jKiurrait se demander si ce petit poème ne serait pas un sonnet mal venu : les six dernières lignes en sont disposées exactement comme la conclusion d’un sonnet shakespearien. Toutefois, le critique italien E. Camerini et le poète Carducci (cités par J. Smart' ont déclaré que cette canzone en miniature était, » sinon tout à fait impeccable, du moins fort belle »• ( Carducci estimait, en outre, que certains vers italiens de Milton ne sembleraient pas déplacés chez Dante ou chez Pétrarque).
L’invocation finale du poète à son poème est de tradition dans la canzone, En outre, la canzone dialogue très souvent, et le monologue miltonien fait ici une concession! : le débat est entre l’anglais et le toscan, c’est-à dire entre la gloire et l’amour.
CANZONE
X ES Dames, les amants, de leur troupe rieuse
entourent : « Pourquoi donc, en langage inconnu. En langage étranger, t’efforces-tu d’écrire Des vers d’amour? Ta muse est bien audacieuse.
Si ton espoir n est pas chimère, il faut le dire :
Nous te souhaiterons qu’il ne soit pas déçu ».
Puis, toujours me raillant : « N’es-tu pas attendu
Sous d’autres cieux, près d’autres flots, sur d’autres plages.
Par cet arbuste aux étemels feuillages
Qui, peut-être demain, de l’immortel rameau
Couronnerait ton front ? Que veux-tu davantage
Charger sur ton épaule un stérile fardeau ? »
Canzone, écoute donc, et réponds : « Ce langage, Ma Donna me l’a dit, et son dire est mon coeur,
C'est celui dont Amour se fait le plus d’honneur ».
Pour cette fois, l ’amour a l ’avantage, maïs la gloire avait sur le cœur de Milton des droits antérieurs et plus puissants. Il a rapporté qu’il écrivait dès son enfance, « que le sujet lui fût imposé ou qu’il l’eût choisi, en anglais ou dans une autre langue, en vers ou en prose mais en vers surtout, d’un style qui paraissait capable de vivre ». L'ambition littéraire dirigea donc ses premières lectures, puis lui dicta une morale : « Bientôt je m’aperçus que celui qui ne veut pas être frustré de l’espoir de bien écrire un jour sur des sujets louables, doit être lui-même un vrai poème, c’est-à dire un modèle et un composé de tout ce qu’il y a de meilleur et de plus honorable ».
Ce qui étonne le plus dans cet aveu d’ambition (longuement développé dans l’original), c’est que Milton. le publiait en 1641, quand il était encore inconnu comme poète. Il annonce l’audacieux Sonnet VIII.
T^VIODATI (e te ’1 dirô con maraviglia),
'Quel ritroso io, ch’ amor spreggiar solea,
E de’ suoi lacci spesso mi ridea,
Gia caddi, ov’ uom dabben talor s impiglia. Nè treccie d’oro ne guancia vermiglia
M’ abbaglian si, ma sotto nova idea Pellegrina bellezza che’l cuor bea,
Portamenti alti onesti, e nelle ciglia Quel sereno fulgor d’ amabil nero,
Parole adorne di lingua più d’una,
E ’1 cantar che di mezzo l’emispero Traviar ben pub la faticosa Luna ;
E degli occhi suoi avventa si gran fuoco Che 1’ incerar gli orecchi mi fia poco.
Charles Diodati avait été le camarade favori de Milton à Saint Paul’s School, mais avait de là passé à Oxford, d’où pour les jeunes gens la nécessité de s’écrire et pour nous de précieux documents- Diodati mourut pendant le séjour de Milton en Italie. IPEpitaphium Damonis, que île poète composa en sa mémoire, est aussi beau et plus émouvant que le célèbre Lycidas.
Les vers latins de Milton, les plus élégants qu’on ait écrits en Angleterre, sont très souvent des effusions. C’est par exemple, dans son admirable Ad Patrem que Milton remercia son père de lui avoir ouvert la carrière des lettres. Or, deux élégies latines semblent annoncer ou répercuter ces poèmes italiens à la voix jeune et grave.
La Première , datée de 1626, est précisément adressée à Diodati Quelque faute d’orgueil avait fail exclure Milton de Cambridge pour un temps. Il déclare sa pénitence fort supportable, car il lit autant qu’il veut chez son père et passe ses soirées au théâtre. Ici, description humoristique