LE CARNAGE
Le village riait, calme, dans la lumière, Ceinturé de lilas, au bord d'un fleuve lent ; Chaque maison avait un verger opulent, Le bonheur habitait la plus humble chaumière.
Or, aux premiers rayons de l'aurore première. Tels des loups dont la rage aiguillonne le flanc, Les reitres sont venus ici, d'un seul élan. Puis ils ont accompli leur œuvre coutumière.
Une immense fumée a pollué l'azur :
Trente otages, poignets liés, devant un mur
Sont tombés, sous les yeux épouvantés des femmes.
Le village n'est plus qu'un brasier rouge et noir.
Et le fleuve, parmi la détresse du soir,
Ne roule que du sang, des soupirs et des âmes.