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PRÉFACE

Il ^ a quelques mois, l'idée était lancée en France de créer au profit des Mutilés de la guerre une série d'écoles professionnelles, comme la chère et vaillante Belgique en avait organisé depuis longtemps déjà (à Charleroi, par exemple) au profit des ouvriers victimes d'accidents du travail.

L'idée naissait à la fois à Nancy et à Lyon. M. Maurice Barres la recueillait et, avec ce talent qui, depuis tant de semaines, travaille à vivifier et à soutenir nos énergies, d présentait au public français, en une série d'études remarquables, les premières tentatives, les premières espérances.

Comme tous les programmes généreux, celui-ci a obtenu sans retard l'adhésion du public français. Les souscriptions ont afflué. Le ministère de

la Guerre a chargé son service de santé de suivre l entreprise et de la guider. Le ministère de l'Intérieur a fait connaître son intention de s'associer à l'œuvre en installant à S'-Maurice, près de Paris, des ateliers spéciaux pour nos glorieux amputés.

Une initiative de cette importance ne rencontre d'autres limites que celles de la générosité publique ou privée. Pour ma part, j'ai tenté de fournir l'exemple à côté du précepte. A Lyon, dans un ancien petit hôtel ou se réfugia jadis la méditation d'un magistrat de province, au milieu d'un jardin que le printemps a refleuri, j'ai installé notre première Ecole professionnelle de blessés, proscrivant, au reste, ce mot de mutilés, auquel il faudra renoncer, pour ce qu'il a d'un peu humiliant.

Déjà, l'Ecole fonctionne; déjà, plus de cent soldats revenus du champ de bataille ont trouvé là l'indépendance, le calme et la sécurité. Un cours d'illettrés pour ceux que l'instruction n'a pas encore touchés, un cours de comptables commerciaux, trois ateliers de cordonnerie, de menuiserie, de tailleurs sont en plein fonctionnement. Déjà, nous avons ouvert une deuxième école avec une section d'horticulture. Une fabrique de jouets, — bien français ceux-là, — commence

a fonctionner. Nous sommes émerveillés de voir avec quelle adresse ces êtres jeunes, pleins de bon vouloir, se sont plies aux obligations de leur situation nouvelle. Nulle plainte, bien que certains d'entre eux, qui nous arrivent du Nord, soient privés de toute relation avec leur famille ; nulle inquiétude. La paix du travail est descendue sur tous ces braves que secouaient, hier, les hurlements du canon. Et j'ai connu la plus grande joie que j'aie ressentie depuis la guerre — la seule peut-être — lorsque l'autre jour, au seuil d'un de leurs ateliers, j'ai entendu retentir la double chanson des outils et des voix.

Il manquait à cette œuvre la consécration de la poésie. Une femme de talent et de cœur. Madame Michaud-Lapeyre, a eu la touchante idée de solliciter pour nos héroïques blessés l'affectueuse collaboration des poètes. Tous — ou presque tous — ont répondu à cet appel. De leurs sonnets s'est composé ce volume qui représente à la fois une œuvre d'art et une bonne action. Qu'ils soient remerciés par ceux qui, jour par jour, soignent et instruisent les invalides d'aujourd'hui, rendus demain à la vie complète. C'est une œuvre de vie, en effet, que nous avons voulu opposer aux

œuvres de mort de la guerre ; il appartenait aux poètes de la célébrer.

Ce recueil sera donc vendu au profit de toutes /e5 œuvres qui se proposent le même but. C'est dire que chaque bon Français voudra l'acquérir. En nous aidant à développer une institution aussi essentielle, nos compatriotes nous permettront de prouver qu'au sein même du drame héroïque dont le monde est ensanglanté, la France, forte et sereine, reste fidèle à son idéal de bonté tendre et persiste à vouloir représenter, en face de la culture orgueilleuse des disciples de Nietzsche, contre la morale de la force, une civilisation qui se porte avec prédilection vers les faibles, surtout quand ces faibles sont des héros.

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