‹ Les Sonnets de la guerreChapitre 38 sur 74 · JEUX DE HÉROS · texte numérisé non relu

JEUX DE HÉROS

Maintenant, revenus de la grande Aventure, Endommagés d'un coup trop rude ou trop fatal Pour garder place au mur de chair et de métal D'où l'on voit se lever la Victoire future ;

Dans la cour verdoyante et la bonne clôture Du paisible couvent qui leur sert d'hôpital, Ils passent leurs loisirs, n'ayant presque plus mal, A quelque jeu naïf, où leur force s'augure.

Oui, ces héros qu'on vit, sous le fer et le feu, Perdre leur beau sang rouge à la face de Dieu, Puis pâlir de douleur muette, au fond des chambres ;

Comme si rien — après ce coup — ne leur manquait. Du charme de la vie et de l'aide des membres, S'amusent à pousser des boules de croquet !

L'un, tour à tour, se raille, et boude, et se querelle, Parce que, du bras gauche, il n'est pas fort adroit : La France, un jour d'alerte, eut besoin du bras droit... Mon Dieu, c'était encor très peu donner pour Elle !

Un autre, — la capote ondule à son flanc grêle, — De sa béquille, met la boule au bon endroit. Et, content des bravos auxquels il a bien droit, A cloche-pied, paraît jouer à la marelle.

Voici glisser le voile aérien des sœurs... Le joli ciel de mai repose ses douceurs Sur la cour lumineuse, et fraîche, et reverdie,

Où, gais et courageux — tels qu'aux lignes du front Les jeunes mutilés disputent leur partie. Comme de grands enfants héroïques, qu'ils sont !

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