NOS MORTS
Vous qui dormez, sans bière et sans linceul, au creux Du sillon que vos mains façonnaient en tranchée, Morts sans nombre, héros sans nom, moisson couchée Au sol sacré, conquête et cendre des aïeux :
Race déjà mêlée à ce qui reste d'eux.
Pères de la Patrie à l'abîme arrachée, De l'ombrage du chêne immortelle jonchée. Et des printemps futurs garants impérieux :
O morts ! la France en vous plonge et vit tout entière \ La glèbe de ses champs n'est que votre poussière, Et les vents de son ciel le souffle de vos voix ;
De vos yeux grands ouverts notre nuit se parsème, Et nos serments d'amour sont votre appel suprême Dans le calme des soirs, et l'épaisseur des bois.