PREMIER AOUT
Oui, nous avons vieilli sous la loi de l'affront ;
Une flamme veillait en notre cœur rebelle
Et nous disions, sachant que l'heure eût été belle :
« S'il est trop tard pour nous, nos enfants la verront. »
Mais le brusque défi nous a dressés d'un bond ; Aux combats désirés le clairon nous appelle. Ah ! que puissent nos morts en avoir la nouvelle ! J'en sais dans leur tombeau qui se réveilleront.
J'en sais qui l'attendaient, sombres, rongés de fièvres, N'ayant qu'un nom, le nom de la patrie, aux lèvres, Ayant pour cet amour dédaigné tout amour,
Et de qui l'agonie eût été de joie ivre D'entrevoir seulement qu'elle viendrait un jour. L'heure qui va sonner — et que nous allons vivre.