‹ Les Sonnets de la guerreChapitre 52 sur 74 · LE DERNIER VOYAGE DE LA REINE DE SABA · texte numérisé non relu

LE DERNIER VOYAGE DE LA REINE DE SABA

La reine chère aux légendes du moyen âge, Qui gouvernait Saba par grâce et par raison. Entreprit, sur la fin de sa jeune saison, De l'Orient à Reims un merveilleux Voyage.

Salomon, le docteur éternellement sage.

L'accueillit au portail de la haute maison Où la Vierge et son Fils, en fervente oraison. Appelaient leurs dévots d'un souriant visage.

Et, pendant six cents ans, les anges et les saints. Penchés autour des nefs en paisibles essaims, Ouïrent l'entretien céleste de la reine,

Jusqu'au jour où l'éclat d'un obus allemand,

Frappant avec fureur la frêle souverame,

Trancha comme un grand lis son col tendre et charmant.

ANNO DOMINI MCMXV

Nouvelle année au geste incertain, qui t'éveilles Non parmi le doux rire et les saluts joyeux, Mais au plus lourd fracas de canons furieux Qui puisse retentir à d'humaines oreilles !

Ton sort te fera grande auprès de tes pareilles ; Dieu t'a gardée, en ses desseins mystérieux. Pour une œuvre de gloire unique sous les cieux. Mil neuf cent quinze, année abondante en merveilles !

Terrible et triomphale ! écarte de notre œil Ce long voile noirci par le sang et le deuil, Et fais surgir enfin la Victoire française,

Messagère du droit, héroïne au front pur, Elevant, au-dessus de la rouge fournaise, Un rameau d'olivier qui frémit dans l'azur!

(I" janvier 1915.)

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