‹ Les Sonnets de la guerreChapitre 66 sur 74 · LA VISITE DU ZEPPELIN · texte numérisé non relu

LA VISITE DU ZEPPELIN

Le monstre a fui, très fier des vitres qu'il brisa. Voyage débonnaire, et victoire plaisante. C'est ainsi que l'on dut à la gent malfaisante Des gaîtés dont la terre entière devisa.

Pour se garer du choc, risquant le coryza, Des gens chics, à la cave, ont fait une descente. Protocole imprévu, le concierge présente Monsieur le comte B,.., Monsieur le marquis A.

Etages confondus, mondaine et douairière, Grand seigneur et valet, maîtresse et chambrière, Echangent des propos amis, sans lendemain.

Et tandis que, mettant le nez à la fenêtre, Paris-Gavroche montre un courage gamin.

Dans le sous-sol, un peu d'égalité pénètre.

GLOIRES IGNOREES

Le combattant, poussière au milieu d'une armée, Ne voit rien du duel qui gronde autour de lui. Nous de même, ignorants du drame d'aujourd'hui, Nous vivons dans la nuit d'une immense fumée.

Forfaits dont par milliers la terre fut semée. Et gestes d'épopée où, splendide, aura lui Une âme qui surpasse encor sa renommée, Le spectacle géant trop souvent nous a fui.

Tout l'héroïsme obscur, tout l'horrible du crime, Nous le verrons plus tard, en atteignant la cime. Et nous découvrirons, d'un soin tendre et pieux,

Ce qui sera l'orgueil des futures mémoires. Quelques lueurs à peine illumment nos yeux. Nous sommes les témoins aveugles de nos gloires.

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