L'AVEUGLE
« Guidez-moi, sans me plaindre, enfants ! — Calme et soumis, « J'attends chaque matin ce que mon cœur présage : « Car mes yeux, pour le monde à jamais endormis, « De regarder en moi m'ont enseigné l'usage.
« J'y vois de fiers assauts, des fuites d'ennemis, « La Victoire qui plane avec un bon visage, « Et là-bas, sur le fond d'un vaste paysage, « Le lever du Soleil à nos espoirs promis
« Enfants, pour mieux m'aider à bénir cette épreuve,
« Quand se taira la voix du canon souverain,
« Menez-moi vers l'Aurore aux rives du grand fleuve :
« Que j'écoute avec vous, guéri de tout chagrin,
« D'une musique — douce infiniment et neuve —
« Le long des bords français chanter l'onde du Rhin ! »