XXVI INTRODUCTION
recherches et aux consciencieux travaux de l'abbé de Sade, à quelle famille elle appartenait. Elle n'était pas la fille de Henri Chiabau, seigneur de Cabrières ; elle n'était pas née non plus dans le village de ce nom, comme le prétendait Velutello en i520. Les archives de la maison de Sade renferment des documents qui prouvent qu'elle s'appelait Laure de Noves, qu'elle épousa, en 1 325, Hugues de Sade, fils de Paul, et qu'elle dicta son testament en 1348, trois jours avant de mourir. Si des textes aussi précis laissaient encore prise au doute, ils seraient confirmés par la tradition locale et par la découverte qu'on fit, dès 1 533 , du tombeau de Laure, dans une chapelle de l'église des Cordeliers d'Avignon, construite par les de Sade et consacrée a la sépulture de cette famille. Quant au lieu de sa naissance, Pétrarque l'indique lui-même, lorsqu'il dit qu'elle naquit là où « la Sorgue et la Durance réunissent leurs eaux limpides et bourbeuses dans un plus grand vase, » c'est-à-dire a Avignon même ou dans les environs immédiats de la ville. Un sonnet écrit sur parchemin, trouvé près des restes de Laure, est plus explicite encore, puisqu'il la fait naître et mourir à Avignon. Quoique le curé actuel de Vaucluse ait composé, à l'usage des voyageurs, un petit écrit absolument dépourvu de critique, où il s'amuse à soutenir, contre toute vraisemblance, non-seulement que Laure était née dans un village voisin de Vaucluse, mais qu'elle ne se maria jamais, aucun esprit sérieux ne met plus en
Lombez, reprise par Boccace dans sa notice sur Pétrarque, et par son traducteur. M. le marquis de Valori, est aujourd'hui entièrement abandonnée. D'autres sens allégoriques furent imaginés par les pédants italiens du quinzième siècle : « C'est la Religion chrétien. le, disoient les uns ; d'autres vouloient que ce fût la Pénitence, la Science, la Vertu, l'Ame, la Poésie, la Philosophie, etc. Enfin, il y en eut quelques-uns qui pensèrent que c'étoit la sainte Vierge. » (Mcm. de l'abbé de Sade, I, p. xxii.) Deux cependant, Paul Verger et Bernard de Sienne, soutinrent, au quinzième siècle, que Laure était une femme en chair et en os. — Ph. L. D.
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doute son mariage. Pétrarque ici encore tranche luimême la question en la désignant toujours dans ses oeuvres latines par les mots mulier et fœmina, jamais par celui de virgo; et dans ses poésies italiennes par les mots donna et madonna, jamais par celui de don- \el\a. Il intitule le Triomphe qu'il lui consacre non pas Triomphe de la virginité, comme il l'eût fait sans aucun doute si elle était restée fille, mais Triomphe de la chasteté. Enfin dans ses dialogues de Contemptu mundi, le poète fait dire à saint Augustin que le corps de Laure a été épuisé par des couches fréquentes...
« Mais il ne suffit pas d'établir que le Can^oniere s'adresse à une personne réelle, en indiquant l'origine, le nom, la date et le lieu de la naissance de la femme qui y est célébrée. Il se présente à la pensée du lecteur qui parcourt une première fois, même superficiellement, ce recueil de vers, une objection que la critique ne peut laisser sans réponse. On se demande tout de suite si Pétrarque a véritablement aimé, si son, amour est un sentiment sérieux, s'il a réellement connu les tourments et les douleurs de la passion. Ce qui rend cette question possible et ce qui oblige à y répondre, c'est qu'on sejU^^rjjiorneiUs^^^ffectation, de la recherche, plus d'une préoccupation de rhéteur dans le langage amoureux du poète...
« L'affectation de Petrarque vient bien en partie de lui-même, de son penchant prononcé pour la subtilité; mais elle vient aussi du désir d'être admiré par ses contemporains, de montrer qu'il savait parler cette langue raffinée et maniérée dont la mode remontait à l'origine même de la poésie amoureuse. Ce qu'il y a chez lui de trop orné et de__purement artificiel n'est donc qu'une question de langage .. Les vers de Pétrarquë,Toin d'être un jeu d'esprit, expriment au contraire une passion profonde et vraie; ils n'auraient pas duré, ils ne vivraient pas encore aujourd'hui, s'il ne s'en exhalait par moments un parfum pénétrant de