LA VISION DE LA BICHE
Una candida cerva sopra l'erba.
Au lever du soleil, dans un pré verdissant,
Sous un laurier baigné par deux cours d'eau limpide,
Je vis passer en songe une biche rapide
Portant des cornes d'or sur son front innocent.
Son air était si doux, si fier, si ravissant, Que j'abandonnai tout pour la suivre, intrépide, Comme après un trésor court l'avare cupide, Que l'espoir paye asseç des fatigues qu'il sent.
Ecrite en diamants brillait cette défense
Sur son beau col: « Que nul ne me touche et m'offense!
« Sinon mon maître est là qui veille et qui punit! »
L'astre atteignait le haut de son cercle céleste, J'étais heureux encor de la voir blanche et leste Quand je glissai dans l'onde... Et mon rêve finit.
Les partisans du célibat de Laure en trouvent un indice dans cette biche blanche candida cerva. Leurs adversaires pourraient aussi voir un mari dans' ce maître du premier tercet.
« Voilà sans contredit le sonnet le plus obscur de Pétrarque, dit l'abbé de Sade. Ses interprètes n'y ont rien compris : est-ce un songe, une vision, une allégorie? Ils n'en savent rien. Qu'est-ce que c'est que cette biche ? Que signifient ces cornes d'or, ce collier de diamants, cette inscription ? On n'a rien dit sur cela qui satisfasse un esprit raisonnable; et sur une énigme que personne ne peut expliquer, on veut établir un fait bien clair... Cela ressemble aux prophéties de Nostradamus, qu'on explique comme on veut, parce qu'on n'y entend rien. Si on veut qu'il soit question d'un N fait, le fra due rivière prouve qu'il s'est passé à Avignon, et cela renverse tout le système de Velutello [une Laure de Cabrières non mariée]. On ne trouve pas deux rivières ni à l'Isle, ni à Vaucluse, ni à Cabrières. ■ (Mém., t. I, p. 5y des Notes.)