‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 154 sur 155 · IL SE COMPARE A UNE BARQUE AGITEE QUI NE PEUT ENTRER AU PORT · texte numérisé non relu

IL SE COMPARE A UNE BARQUE AGITEE QUI NE PEUT ENTRER AU PORT

Passa la nave mia colma d'oblio.

Par une nuit d'hiver sur la mer en furie, De Charybde à Scylla ma barque se heurtant, Vogue avec le fardeau de mon cœur mécontent . Au gouvernail se tient le Seigneur que je prie1.

A chaque rame, avec un air de raillerie, Un farouche penser voit le sort qui m'attend. Et la voile se rompt sous l'effort de V autan, Tout chargé des soupirs de mon âme meurtrie.

Un déluge de pleurs et de rêves brisés Humecte et rend plus lourds les cordages usés Que l'erreur façonna d'une main inexperte.

La raison, le savoir, mes phares précieux, Ne peuvent plus percer l'obscurité des deux ; Je cherche en vain le port, et je cours à ma perte.

i L'Amour.

Peut-on critiquer l'expression, parfois allégorique et souvent ingénieuse, des sentiments de Pétrarque? Devait-il s'abstenir de puiser dans les trésors de son imagination, pour faire paraître son cœur plus sincère? Mais, s'il eût pleuré à chaudes larmes dans chaque sonnet, s'il eût écrit sans ornements de style ce qu'il souffrait, ce qu'il désirait, qui l'aurait lu? Qu'on n'oublie pas d'ailleurs en quel temps il vivait, et qu'on lui sache gré d'avoir exclu de ses poésies le pathos métaphysique de Dante ! (V. un extrait de la Vie nouvelle au bas des sonnets LXXXVII et LXXXVIII.)

« L'engouement de ce siècle, dit Lamartine, a élevé Dante au-dessus de ses œuvres, sublimes par moment, mais souvent barbares; l'oubli de ce même siècle a négligé Pétrarque, le type de toute beauté de langage et de sentiment depuis Virgile. Cet engouement et ce dédain dureront ce que durent les caprices de la postérité (car elle en a), puis viendra une troisième et dernière postérité qui remettra chacun à sa place : Dante au sommet des génies sublimes, mais disproportionnés ; Pétrarque au sommet des génies parfaits de sensibilité, de style, d'harmonie et d'équilibre, caractère de la souveraine beauté de l'esprit. » {Cours familier de littér., i858, p. n5.)

GLVIÏ

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