‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 31 sur 155 · PREMIÈRE SÉRIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉRIE

;es sonnets de cette série, sauf le premier, se rapportent aux années 1327 à 1 333 . Dans cet intervalle, Pétrarque quitta deux fois Avignon : la première, en i33o^ pour suivre son ami Jacques Colonna dans son évêché de Lombez, au pied des Pyrénées, où il passa, dit-il, un été délicieux, presque céleste, et la seconde, en 1 3 33, pour visiter Paris et l'Allemagne.

Le premier sonnet était anciennement placé, comme préface et sans numéro, en tête du Can^oniere. C'est, en effet, l'humble préface d'un amant poëte devenu grave avec l'âge. Mais tout en demandant pardon au public de lui offrir les folies de sa jeunesse, Pétrarque les recueillait et les retouchait avec un soin paternel (Voir la note du sonnet VI); il paraît même avoir élagué de son recueil un certain nombre de sonnets qu'il jugeait indignes d'en faire partie. Quelques-uns ont été insérés dans plusieurs éditions; d'autres ont été retrouvés à Munich et publiés en 1859 Par ^e professeur Thomas.

Il ne faut pas trop se fier à la modestie des préfaces. Une preuve certaine que Pétrarque vieillissant tenait encore à ses poésies italiennes, c'est qu;il souffrait en les voyant dénaturées par le peuple.

« Voilà, écrivait-il à Boccace en i3 59, à l'âge de cinquante-cinq ans, voilà une des raisons qui m'ont fait renoncer au langage vulgaire qui a occupé ma jeunesse. J'ai craint ce que je voyois arriver aux au-

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très, et surtout à celui-ci (Dante), dont j'entendois déchirer les vers dans les carrefours et sur les théâtres; n'osant pas me flatter de rendre les langues plus flexibles et la prononciation de mes vers plus douce. L'événement m'a prouvé que je n'avois pas tort. Les vers échappés à ma jeunesse sont livrés au peuple qui les estropie : ce que j'aimois autrefois me déplaît beaucoup à présent, d'être dans la bouche de tout le monde. Il est fâcheux d'entendre partout déchirer mes productions. » (Mém. pour la vie de Pétrarque, p. 5 1 1 du tome III.)

L'abbé de Sade croit que Pétrarque n'écrivit ses premiers sonnets qu'à son retour de Lombez. Il serait donc resté trois ans depuis sa rencontre de Laure sans la célébrer dans ses vers et n'aurait commencé qu'à vingt-six ans à cultiver la poésie. Cette conjecture n'est pas d'accord avec le goût prononcé pour les lettres qu'il manifesta dès sa- première jeunesse. Dans ses dialogues avec saint Augustin {De contemptu mundi), Pétrarque dit positivement qu'il s'est appliqué à la poésie avant d'être amoureux. {Mém., II, p. 122.)

PROEME

Voi clï ascoltate in rime sparse il suono

Vous qui prêter l'oreille aux accents de ma lyre, Aux soupirs dont mon cœur s'est nourri si longtemps, Avant d'avoir compris V erreur de mon printemps Et ce que Dieu commande à ceux qu'il veut élire j

Si vous ave^ aimé, vous tous qui daigne^ lire Ces rimes, où je pleure et les vœux inconstants Et les vaines douleurs que dissipe le temps, Ne me pardonne^ pas, mais plaigne^ mon délire.

Quand maintenant je songe au facile succès Qu'auprès du peuple ont eu mes frivoles essais, J'ai honte de lauriers que la sagesse émonde.

Car de quoi m'a servi ce nom dont je suis las. Si ce n'est d'en rougir et de savoir, hélas l Que tout rêve de gloire est le jouet du monde'.

Il NDANT LA VIE DE EAU RE.

L'abbé de Sade pose cette question (Mém., I, p. 1 1 5) : « Convient-il de reprocher à un honnête homme les égarements de sa jeunesse, surtout quand il les a expics par un grand repentir et une vie très-régulière? » Non, sans doute; et cependant c'est ce qu'a fait M. Louis Veuillot dans une méchante satire.

Ce sonnet nous apprend que le Can^oniere est une œuvre de jeunesse. Pétrarque craignait qu'on ne lui appliquât le mot d'Ovide : Turpe senex miles, turpe senilis amor.

L'abbé Scoppa cite le deuxième vers comme exemple de correction minutieuse. Le poè'te ne s'est arrêté au texte : Di quei sospiri ond' io nudriva il core, qu'après avoir écrit successivement : Di quei sospir de' quai... — Di quei sospir di ch' io... — Di quei sospir ond' io. (Les Vrais Principes de la versification, I, 542.) Voir le commentaire du sonnet VI.

Le dixième vers rappelle le fabula quanta fui d'Horace, et le dernier, Yomnia vanitas de Salomon.

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