‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 33 sur 155 · LE JOUR DE LA MORT DE N. S. FUT SON PREMIER JOUR D'AMOUR · texte numérisé non relu

LE JOUR DE LA MORT DE N. S. FUT SON PREMIER JOUR D'AMOUR

Era 7 giorno ch' al Sol si scoloraro.

C'était le jour où Dieu dune sombre couleur Voulut que le soleil enveloppât sa face, Quand d'un lien trop doux pour que je m'en défasse, M'enchaînèrent vos yeux trop beaux pour mon malheur

Ce n'était pas le jour de m armer de valeur ; Mais Amour est perfide ainsi que la surface D'un abîme, et ce mal, qu'en mon cœur rien n'efface, Commença dans ce jour de chrétienne douleur.

Amour me trouva faible et n'ayant nulles armes, Et pour aller des y eux au cœur, source des larmes, Il n'eut pas à frayer un pénible chemin.

Mais — sans gloire — il perça de ses flèches mon âme. A vous, prête au combat, à vous, très-belle dame. Il n'a pas même osé montrer l'arc inhumain !

PENDANT LA VIE DE LAliRK. I 1

D'une part, on lit dans le sonnet CLXXVI que Pétrarque s'éprit de Laure le 6 avril i 3-27 : Mille trecento ventisette appunto — Su V or a prima il di sesto d'aprile. Et il est contesté par un calcul plusieurs fois vérifié que le 6 avril 1327 tombait le lundi de la semaine sainte. — D'autre part, les périphrases de ce sonnet désignent clairement le vendredi saint, le jour de la mort de N. S.; lequel jour est encore plus formellement indiqué dans le vers suivant du sonnet XLV1II : Rameuta lor, com' hoggi fosti in croce. Voici, d'après l'abbé de Sade, ce qu'on a dit de plus raisonnable pour concilier ces textes :

« Pétrarque n'a pas prétendu désigner le jour où l'Eglise célèbre la passion du Sauveur, mais celui où il fut réellement crucifié, en suivant le calcul des Juifs et comptant comme eux par la lune. En effet, le 1 5 de la* lune de mars, jour où J.-C. fut mis en croix (puisque selon les évangélistes ce fut le lendemain de la Pàque), concouroit avec le lundi-saint de l'année 1327. » (Mém., I, p. 137.)

Cette ingénieuse trouvaille laisse encore à désirer. Pétrarque, dans une église catholique, dut-il penser au calcul des Juifs pour attribuer au lundi saint la qualification de jour de deuil et de commune douleur qui ne convient qu'au vendredi saint?

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