‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 5 sur 155 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

céron, Virgile et quelques autres auteurs anciens, dont il s'était fait une petite bibliothèque, le charmaient plus que les Décrétâtes; Petracco l'apprend, part pour Montpellier, découvre l'endroit où son fils les avait cachés dès qu'il avait appris son arrivée, les prend et les jette au feu ; mais le désespoir et les cris affreux de son fils le touchent : il retire du feu et lui rend à demi brûlés Cicéron et Virgile. Pétrarque ne les en aima que mieux et n'en conçut que plus d'horreur pour le jargon barbare et le fatras des canonistes.

« De Montpellier, son père le fit passer à Bologne1, école beaucoup plus fameuse, mais qui ne lui profita pas davantage, malgré les leçons de Jean d'Andréa, célèbre professeur en droit. Le poè'te Cino da Pistoia était aussi alors jurisconsulte à Bologne • ce fut le goût de la poésie et non celui des lois qui lia Pétrarque avec lui. Ce goût se développait en lui de plus en plus ; il n'en avait pas moins pour la philosophie et pour l'éloquence. Il avait vingt ans, et aucune autre passion ne le dominait encore. Ce fut alors qu'ayant appris la mort de son père, il revint de Bologne à Avignon, où peu de temps après il perdit aussi sa mère, morte à trente-huit ans. Son frère Gérard et lui restèrent avec un médiocre patrimoine, que l'infidélité de leurs tuteurs diminua encore : ils spolièrent la succession et laissèrent les deux pupilles sans fortune, sans appui, sans autre ressource que l'état ecclésiastique 2.

« Jean XXII occupait alors à Avignon la chaire pontificale. Sa cour était horriblement corrompue ; et la ville, comme il arrive toujours, s'était réglée sur ce modèle. Dans cette dépravation des mœurs publiques, Pétrarque à vingt-deux ans, livré à lui-même, sans parents et sans guide, avec un cœur sensible et un tempérament plein de feu, sut conserver les siennes; mais il ne put échapper aux dissipations qui étaient

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