‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 6 sur 155 · PETRARQUE. XVII · texte numérisé non relu

PETRARQUE. XVII

l'occupation générale de la cour et de la ville. Il fut distingué dans les sociétés les plus brillantes, par sa figure, par le soin qu'il prenait de plaire, par les grâces de son esprit, et par son talent poétique, dont les premiers essais lui avaient déjà fait une réputation dans le monde. Ils étaient pourtant en langue latine ; mais bientôt, à l'exemple du Dante, de Cino et des autres poe'tes qui l'avaient précédé, il préféra la langue vulgaire, plus connue des gens du monde, et seule entendue des femmes. Des études plus graves remplissaient une partie de son temps. Il le partageait entre les mathématiques, qu'il ne poussa cependant pas très-loin, les antiquités, l'histoire, l'analyse des systèmes de toutes les sectes de philosophie et surtout de philosophie morale. La poésie, et la société, où il jouissait de ses succès, occupaient tout le reste.

« Jacques Colonne, l'un des fils du fameux Etienne Colonne qui était encore à Rome le chef de cette famille et de ce parti, vint s'établir à Avignon peu de temps après Pétrarque. Ils avaient déjà été compagnons d'études à l'Université de Bologne. C'était un jeune homme accompli, qui réunissait au plus haut degré les agréments de la personne, les qualités de l'esprit et celles du cœur. Ils se retrouvèrent avec un plaisir égal dans le tumulte de la cour d'Avignon, et la conformité des caractères et des goûts forma entre eux une amitié aussi solide qu'honorable pour tous les deux. Mais l'amitié, l'étude et les plaisirs du monde ne suffisaient pas pour remplir une âme aussi ardente : il lui manquait un objet à qui il pût rapporter toutes ses pensées comme tous ses vœux, le fruit de ses études, et cet amour même pour la gloire, qui semble vide et presque sans but dans la jeunesse, quand il n'est pas soutenu par un autre amour. Il vit Laure, et il ne lui manqua plus rien1.

1 6 avril 1327.

Page 1