IL NE VEUT PAS SE DONNER LA MORT, MAIS IL LA DESIRE
S' io credessi per morte essere scarco.
Oui vraiment , par la mort si j'avais l'assurance Que des pensers d'amour j'obtiendrais délivrance , A la terre déjà mes mains auraient rendu Ce corps fait de limon et ce cœur éperdu .
Mais comme ce serait, selon toute apparence, Passer de pleurs en pleurs, de souffrance en souffrance, Je n'ose faire un pas dans ce passage ardu, Et je reste en deçà craintif et morfondu.
Il est temps toutefois que la corde fatale Lance le dernier trait dans la source vitale Pour qu'un dernier flot rouge en puisse ruisseler.
Ce dont je prie Amour, et la sourde camarde Qui m'a déjà marqué de sa couleur blafarde Et qui ne songe pas à venir m appeler .
« Dans certains accès de misanthropie, plus violents que les autres, il appeloit la mort a son secours, pour sortir plus tôt de l'état affreux où il étoit. Sa santé s'altéroit, il croyoit mourir. Quelquefois même il étoit tenté de hâter ce moment, qu'il regardoit comme le terme de ses maux ; mais la religion lui faisoit envisager un état après la mort, pire que celui où il se trouvoit. » (Mém. de l'abbé de Sade, I, p. 23-2.)
Les amants malheureux invoquent volontiers la mort *. Si elle les prenait au mot, plus d'un lui répondrait comme le bûcheron de la fable. La voici, cette réponse, d'après Marie de France, dont les vers sont moins connus que ceux de La Fontaine :