‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 53 sur 155 · IL RECOMMANDE UN JEUNE LAURIER AU DIEU APOLLON · texte numérisé non relu

IL RECOMMANDE UN JEUNE LAURIER AU DIEU APOLLON

Apollo, s' ancor vive il bel desio.

Si tu sens, Apollon, toujours Fardent désir

Qui t'enflammait le cœur aux champs de Thessalie,

Et si tu te souviens avec mélancolie

Des cheveux que ta main tressait avec plaisir ;

De cet inerte froid gui vient de nous saisir, Qui t'oblige à cacher ta figure pâlie, Défends ces rameaux verts qu'en couronne Von lie Sur ton front et sur ceux que tu daignes choisir.

Et par cette vertu, cette force amoureuse Qui te soutint aux jours de chute douloureuse , Purge l'air au plus tôt de cet âpre élément ;

Afin que nous voyions, véritable féerie,

Notre dame s'asseoir sur l'herbe refleurie

Et de ses beaux bras nus s'ombrager gentiment .

« L'amour avoit si bien lié dans l'âme de Pétrarque l'idée de Laure avec celle du laurier, qu'il ne pouvoit voir cet arbre sans éprouver a-peu-près les mêmes transports, que lui causoit la vue de Laure : aussi aimoit-il à le multiplier, et il en plantoit partout où il pouvoit.

« Il imagina un jour de planter un laurier sur le bord d'un ruisseau, dans un endroit où Laure alloit souvent se promener; comme cet arbre délicat craint beaucoup la gelée, il crut devoir appeler son rival à son secours, et il l'invoqua par le sonnet [ci-contre].

« Pétrarque alloit souvent s'asseoir au pied de ce laurier sur les bords de ce ruisseau; la situation étoit charmante ; Laure s'y rendoit quelquefois ; c'étoit sa promenade favorite. Quand elle n'y étoit pas, tout ce qui s'offroit aux regards de Pétrarque lui rappeloit son idée; sa verve s'allumoit; il faisoit des vers pour elle. » (Mém. de l'abbé de Sade, I, p. 180.)

Velutello a cru devoir commenter Yonorata e sacra fronde du septième vers : onorata, dit-il, perche i poeti ne sono coronati, e, al tempo de' Romani., in segno di trionfo, se ne coronavano i trionfanti, — sacra, per esser ad esso Apollo sacrata.

IL CHERCHE LA SOLITUDE, MAIS AMOUR lV POURSUIT.

Solo e pensoso i più dzserti campi.

Je vais seul et pensif , cherchant la solitude, Tramant par monts et vaux ma sombre inquiétude; Et, pour fuir sûrement les êtres animés, Je regarde leurs pas sur le sable imprimés.

C'est là mon seul moyen, c'est là ma seule étude Pour dérober ma vie à leur sollicitude-, Car on lit aisément sur mes traits déformés Les ennuis et les feux dans mon âme enfermés.

Aussi les prés, les champs, les coteaux, les rivages, Les arbres des forêts et les bêtes sauvages Savent bien quel je suis et quel nom me donner.

Mais je ne trouve pas de routes si secrètes, Ni parmi les rochers de si hautes retraites Qu'Amour n'y vienne encore avec moi raisonner.

« La fraîcheur de la fontaine de Vaucluse, l'ombrage des bois, dont le petit vallon qui y conduit étoit alors environné, lui parurent propres à tempérer l'ardeur qui le dévoroit; il y alloit quelquefois. Les déserts les plus affreux, les forêts les plus noires, les monts les plus inaccessibles étoient pour lui des séjours délicieux; mais ils ne le mettoient pas à l'abri de l'amour qui le poursuivoit partout. Il peint bien vivement cette situation dans le sonnet ci-contre.

« Vaucluse est un de ces lieux où il semble que la nature aime à se montrer sous une forme singulière. Dans cette belle plaine de lTsle qui ressemble h la vallée de Tempe, du côté du levant, on trouve un petit vallon terminé par un demi-cercle de rochers d'une élévation prodigieuse, qu'on diroit avoir été taillés perpendiculairement. Le vallon est renfermé de tout côté par ces rochers qui forment une espèce de fer à cheval, de façon qu'il n'est pas possible d'aller au delà; c'est ce qui lui a fait donner le nom de Vaucluse, en latin Vallis clausa. Il est partagé par une rivière entourée de prairies toujours vertes. » (Mém. de l'abbé de Sade, I, p. 23 1 et 341 .)

Ginguené admirait beaucoup ce sonnet et en a donné une traduction en vers.

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