‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 57 sur 155 · SUR CE QU IL AVAIT TARDE A VISITER LAURE · texte numérisé non relu

SUR CE QU IL AVAIT TARDE A VISITER LAURE

Io temo si de' begli occhi l'assalto.

Je crains si fort l'éclat de vos yeux applaudis Où l'Amour et ma perte ont élu domicile, Que je les fuis ainsi que l'enfant indocile Fuit la verge promise à ses jeux étourdis.

Désormais il n'est plus de ces lieux interdits, Gouffres, marais, ravins, monts d'accès difficile, Où volontiers mes pas ne cherchent un asile Pour ne pas rencontrer celle que je maudis.

Donc, si j'ai différé de vous rendre visite, C'est qu'à me rapprocher de la flamme j'hésite. Me par donner e\-vous mon incivilité ?

Oui, le retour tardif de votre humble victime, Ce cœur s affranchissant d'une peur légitime, Sont le gage certain de ma fidélité.

PENDANT LA VIE hl LAURE. J?>

« Pétrarque, ayant formé le projet de guérir de son amour, fuyoit Laure, et dans ce dessein alloit quelquefois se retirer dans les lieux les plus déserts et les plus sauvages. Lorsque par hasard, il la rencontroit dans les rues d'Avignon, il évitoit de l'aborder, et passoit bien vite d'un autre côté. Cette affectation déplut à Laure : soit que par un mouvement de vanité, si naturel aux femmes, elle fût bien aise de conserver un amant, qui avoit déjà acquis une certaine réputation ; soit qu'elle commençât à être moins insensible à l'amour de Pétrarque. L'ayant rencontré un jour, elle jeta sur lui un regard plus doux qu a l'ordinaire.

« Une si grande faveur et si inespérée fit évanouir tous les projets de Pétrarque : au lieu de fuir comme auparavant, il s'approcha de Laure; elle lui fit sans doute quelques reproches, quidonnèrent lieu au sonnet ci-contre. » (Mém. de l'abbé de Sade, I, p. 294.)

Gesualdo, dans son commentaire, cite avec raison le proverbe italien : Chi ama terne (qui aime craint). Tel est, en effet, le sentiment qui a inspiré ici Pétrarque.

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