‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 58 sur 155 · IL DEMANDE UN LIVRE A UN AMI · texte numérisé non relu

IL DEMANDE UN LIVRE A UN AMI

5' Amore o morte non dà qualche stroppio.

Si l'Amour et la mort n'arrêtent pas l'ouvrage Qu'à présent f élabore avec un vif attrait, Et si je ne suis pas de cette œuvre distrait Par quelque autre labeur plus digne de suffrage ,•

Je veux au flot public, sans crainte du naufrage, Lancer un livre neuf qui se lira d'un trait Et qui fera verdir autour de mon portrait La feuille de laurier redoublant mon courage.

Mais pour tisser, au gré de mes désirs ardents, Cette trame, il me faut les fis surabondants Qui sont dans les écrits de ce bien- aimé Père.

Rends-les-moi donc, ami, toi qu'on ne prie en vain^ Ces trésors d'éloquence et de savoir divin, Pourquemon nouveau-né te plaise et soit prospère .

Saint Augustin est sans doute le bien-aimé Père dont il est ici question.

<< C'étoit de tous les saints, dit l'abbé de Sade, celui que Pétrarque aimoit le plus. Les rapports qu'il avoit avec lui contribuoient sans doute à ce goût, et à la préférence qu'il lui donnoit sur tous les Pères de l'Eglise. Quand je lis /es Confessions de saint Augustin, disoit-il, 7e crois lire les miennes; j'y trouve l'histoire de ma vie. » (Me'm., II, p. 102.)

Pétrarque écrivit aussi ses confessions, son secret, sous le titre : De contemptu mundi. Ce sont trois dialogues dans lesquels il se met en scène avec saint Augustin qui reçoit ses confidences et lui donne des conseils.

« Je ne connois aucun auteur, dit encore l'abbé de Sade, qui écrivait avant la publication des Confessions de J.-J., — (je n'en excepte pas même Montaigne), — qui ait découvert son intérieur au public avec plus de franchise et de bonne foi. Je ne crois pas que dans le tribunal même de la pénitence, Pétrarque eût fait à son confesseurdes aveux plusforts et plus humiliants. » (Mém., II, p. 101.)

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