LE RETOUR
Avventuroso più d' altro terreno.
Salut, terre d'exil plus que toute autre aimée, Où mon cœur a senti son premier battement, OU j'offris à Madame un entier dévouement, Vaincu par les beaux yeux dont elle était armée !
Combien par son regard mon âme fut charmée! Le temps amollira le plus dur diamant Avant que je consente à trahir mon serment ^ Rien n'éteint une flamme aussi bien allumée !
Provence, cher pays, je ne te revois pas Sans chercher incliné la trace de ses pas, Sans penser à ces jours d'espérance et d'alarme.
Puisque Amour en mon sein ne s'est pas endormi, Ne m'abandonne pas, Sennuccio, mon ami ; Donne-moi, s'il te plaît, un soupir, une larme.
Scnnuccio dcl Bene, confident de Pétrarque et attache comme lui au cardinal Jean Colonna, était d'une famille illustre de Florence. L'abbé de Sade rapporte sur lui l'anecdote suivante :
« Scnnuccio prit le parti des Gibelins, ce qui donna lieu à un trait d'ingratitude de Charles de Valois a son égard, que les Florentins racontent avec indignation. Ce prince étant à Florence, envoyé par le pape Boniface VIII pour y rétablir la paix, se plaisoit beaucoup à la chasse au faucon. Sennuccio avoit une maison de campagne près de la ville, où Charles alloit souvent se rafraîchir quand il faisoit cette chasse. Sennuccio le traitoit le mieux qu'il pouvoit, et comme il convenoit à un gentilhomme . Ces bons traitements n'empêchèrent pas le prince de le faire mettre en prison, et condamner à quatre mille livres d'amende. Il sortit de la ville, et ses biens furent confisqués.
;< Sennuccio rendit de si grands services à l'Eglise et à l'Italie, que Jean XXII qui l'aimoit, écrivit à la république de Florence pour demander son rétablissement... et on lui rendit ses biens. » (A/era., II, p. 5j.)
Pétrarque était-il en Italie ou à Vaucluse lorsqu'il écrivit ce sonnet? Le texte italien se prête aux deux suppositions. J'ai adopté la seconde.
l86 LES SONNETS DE PETRARQUE