‹ Les sonnets de Pétrarque (volume 2)Chapitre 96 sur 155 · LES YEUX DE LAURE ENCORE PLUS PUISSANTS APRÈS QUINZE ANS D'AMOUR · texte numérisé non relu

LES YEUX DE LAURE ENCORE PLUS PUISSANTS APRÈS QUINZE ANS D'AMOUR

Non veggio ovc scampar mi possa ornai.

Où porter désormais mes pas aventureux ?

La guerre que me font les y eux de ma maîtresse

Est telle que toujours cette crainte m'oppresse

De voir mon cœur périr dans ses tourments affreux.

Je veux fuir, mais en vain : les rayons amoureux. Qui brûlent mon esprit de leur flamme traîtresse, Ont tant, après quinze ans, de flamme enchanteresse, Que j'en suis ébloui comme aux temps plus heureux.

Et dans moi leur image est si bien répandue

Que vouloir l'en ôter serait peine perdue,

Et mon regard ne s'ouvre à nulle autre clarté.

D'un seul laurier naît donc une épaisse verdure OU se cache la voix harmonieuse et dure Qui me charme et se joue avec ma liberté.

La quinzième année de l'amour de Pétrarque correspond à l'année 1342, qui suivit celle de son couronnement. Le dernier tercet fait allusion à ce triomphe littéraire; le poète dit galamment qu'il préfère l'amour à la gloire.

Dans le recueil italien ce sonnet suit de près une canzone bizarre (la XIe) que l'on a intitulée Badinages énigmatiques. C'est une suite d'adages et locutions proverbiales qui n'ont pas de lien apparent. Voici le premier couplet :

« Je ne veux plus chanter comme j'avais coutume : car les autres ne me comprenaient pas, ce dont j'étais honteux. On peut être gêné dans une belle demeure. En soupirant toujours, on ne répare rien. Déjà sur les, Alpes il neige de tout côté ; et déjà le jour est près de poindre : c'est pourquoi je m'éveille. Un maintien doux, honnête, est une charmante chose : et dans une dame amoureuse ce qui m'agrée encore, c'est une allure altière et dédaigneuse, mais non superbe et revêche. Amour régit son empire sans épée. Que celui qui a perdu son chemin retourne en arrière ! que celui qui est sans gîte se repose sur l'herbe ! que celui qui n'a pas d'or ou qui le perd, étanche sa soif avec un beau verre 1 »

Les quatre autres couplets sont aussi incohérents. Il semble que Pétrarque ait voulu simuler le langage de la folie pour peindre son amour.

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