‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 1 sur 113 · SIXIEME SÉRIE · texte numérisé non relu

SIXIEME SÉRIE

[a date de 1347 convient à cette série de ,4 sonnets; quelques-uns seulement sont des .% années 1342 à 1346. — Pétrarque habita tour à tour Avignon et Vaucluse jusqu'à l'automne.

C'est en cette année 1 347 que Rienzi souleva le peuple, s'empara du Capitule et réalisa pour un instant son rêve de rétablissement de la république romaine. Son succès fut d'autant plus complet que, tout en dépouillant le pape d'Avignon de sa souveraineté sur Rome, il sut obtenir son acquiescement aux faits accomplis, acquiescement, il est vrai, plus forcé que volontaire.

« Quelle joie pour Pétrarque ! dit l'abbé de Sade, quelle agréable surprise lorsqu'il apprit toutes ces merveilles ! On a vu dans ces Mémoires jusqu'où alloit son enthousiasme pour Rome, surtout depuis qu'il en étoit citoyen, et combien il désiroit le rétablissement de la république. Dans les transports de sa joie, il écrivit à Rienzi pour le féliciter de ses succès et l'exhorter à persévérer dans une si belle entreprise, dont je ne doute pas qu'il ne lui eût tracé le plan. Cette lettre est pleine de traits d'éloquence dignes de Cicéron et de Démosthène; il adresse la' parole tantôt au peuple romain, tantôt au tribun. » Son enthousiasme pour la liberté lui inspire les imprécations les plus violentes contre les princes romains, tyrans du peuple. Il conjure les citoyens de sacrifier leurs biens et leur vie pour la patrie, à l'exemple de Curtius, Coclès et Décius. Il compare Rienzi aux deux Brutus. Au milieu de cette explosion de sentiments patriotiques, il glisse cette curieuse recommandation chrétienne et littéraire :

« Homme illustre ! les Romains vous doivent le bonheur de vivre et de mourir libres : leur postérité vous devra de naître dans le sein de la liberté. Je voulois vous demander deux grâces : j'ai appris que pour la première vous aviez prévenu ma demande. On dit que vous n'entreprenez rien sans avoir fortifié votre âme en recevant le corps du Seigneur avec les dispositions requises ; je ne saurais trop louer une si sainte pratique, que je voulois vous proposer. Il ne me reste plus qu'un conseil à vous' donner; c'est d'imiter Auguste, qui employoit le peu de temps que ses grandes occupations lui laissoient de libre, à lire ou à se faire lire l'histoire de ces grands hommes, qui dévoient lui servir de modèle. » [Mém., tome II, p. 340.)

Pétrarque poussait jusqu'au fanatisme son zèle pour une restauration romaine. « Croyez-moi, écrivait-il à Rienzi, ne donnez rien à l'amitié ni au sang ; quiconque est ennemi de la liberté publique est le vôtre. » Et, lié par ce principe, il n'intervint nullement en faveur des Colonna, ses amis et ses protecteurs. Plusieurs furent tués par les soldats du tribun. Le vieil Etienne perdit son fils Etienne et son petit-fils Jean, l'espoir de la famille.

On a vu (note du sonnet G) comment le poëte traita le tribun aveuglé par son triomphe.

Le pape Clément VI, qui aimait toujours Pétrarque, malgré sa liaison avec Rienzi, lui avait offert plusieurs évêchés. Pétrarque les avait refusés, ne voulant ni dignités à charge d'âmes ni perdre sa liberté.

Il partit pour l'Italie au mois de novembre et apprit â Parme la chute de Rienzi.

Page 1