IL MET TOUTE SA FELICITE DANS LA CONTEMPLATION DE LAURE
Si corne eterna vita è veder Dio.
De même que voir Dieu dans son profond mystère, C'est le suprême bien pendant V éternité ; A insi vous voir, Madame, est ma félicité Dans cette vie ingrate où je suis solitaire.
Jamais votre front pur n'eut tant de charme austère Si mes y eux à mon cœur disent la vérité. Jamais par tant d'attraits vous riave\ invité Mon âme sans espoir, à souffrir et se taire.
Mais vous fuye% déjà: c'est un nouveau tourment. Certains êtres, dit-on, n'ont pas d'autre aliment Que les parfums, ou Peau de saveur dépourvue .
D'autres touchent le feu sans douleur ni danger. Moi, n'ai-je pas le don, aux sens tout étranger, De vivre uniquement de votre aimable vue'.
Au dire d'un historien grec, Mégasthènes, les Astomes, peuple établi près des sources du Gange, n'avaient pas de bouche, étaient entièrement velus, et ne vivaient que de l'odeur des fleurs. Est-ce à ces hommes que Pétrarque fait allusion dans le premier tercet ou au caméléon qui jouissait aussi de la réputation de ne vivre que d'air?
Pline a dit du caméléon : « Cet animal est le seul qui ne boive ni ne mange; seulement il hume l'air, se tenant debout, et ne vit d'autre chose. » La science moderne a ôté au caméléon ce privilège bizarre et ne lui a laissé que celui de changer de couleur. On croyait qu'il ne vivait que d'air parce qu'il l'aspire avec des poumons très-développés, et parce qu'il supporte longtemps la faim, comme la plupart des reptiles.
Le deuxième tercet désigne évidemment la salamandre qui passait pour incombustible. Il est aujourd'hui reconnu qu'elle ne peut ni éteindre le feu ni l'affronter impunément, mais que l'humeur laiteuse et nauséabonde, dont elle s'entoure pour écarter ses ennemis, retarde sa combustion.