INSUFFISANCE DE SA MUSE POUR LOUER LAURE
Io pensava assai destro esser sidl' aie.
J'espérais follement prendre un essor habile, Ayant l'appui de Laure à défaut de vigueur. Pour célébrer le nœud d'étreinte indélébile Que la mort essaya de rompre avec rigueur.
A l'œuvre j'ai senti ma muse plus débile
Qu'un brin d'herbe accablé du poids de sa longueur.
« Sans la force, ai-je dit, l'aile reste immobile
« Ou, pour choir de plus haut, s'élève avec langueur. »
L'éloquence, après tout, et le plus grand génie N'imiteront jamais la candeur infinie Dont la nature orna cette fleur de beauté.
L'Amour de tant d'attraits l'avait aussi pourvue Qu'à peine si j'osais en réjouir ma vue. Ah! que j'ai du destin maudit la cruauté!
APRÈS LA MORT DE LAURE. iZ']
naître ce manuscrit et la fameuse note qui lui est adhérente. Commençons par le manuscrit :
« Pétrarque, dit l'abbé de Sade, avoit un manuscrit écrit sur parchemin, où étoit le texte de Virgile, avec les notes de Servius en assez gros caractère gothique. Il écrivoit ses remarques à la marge, et' il en a inséré quelques-unes dans le texte. Le premier feuillet est orné de peintures qui représentent le sujet de l'Enéide. On prétend que ces peintures sont de Simon de Sienne *.
« Pétrarque, étant à Parme le 19 mai 1348, y reçut une lettre de son ami Socrate, qui lui apprenoit que Laure étoit morte de la peste le 6 avril 1348, et qu'on l'avoit enterrée le jour même dans l'église des Cordeliers après vêpres. Pétrarque, extrêmement touché de ce triste événement, en écrivit quelques circonstances sur une feuille de papier, avec les réflexions qu'il lui avoit fait faire ; et pour tenir toujours présent à son esprit le souvenir d'une si grande perte, qui devoit le détacher entièrement du monde, il colla ce papier contre le bois de la reliure de son Virgile, qui revenoit souvent sous ses yeux. Tomasini assure que c'étoit un an-
1 Suivant l'abbé Roman, qui a vu le manuscrit, le frontispice représente Virgile assis avec an livrée la main au pied d'un arbre, un berger qui trait une brebis, un cultivateur qui élague un arbre, une autre figure et ces deux vers :
Maotua Virgilium qui talia carminé linxit; Sena tulit Simoncm digito qui talia pinxit.
IL OSE PEINDRE LA BEAUTE PHYSIQUE DE LAURE , MAIS NON SA BEAUTÉ MORALE.
Qitella per cui con Sorga ho cangiat 'Arno.
Celle pour qui je vins vers la Sorgue fleurie, Abandonnant l'Arno pour aimer librement , A changé ses douceurs et mon ravissement En accès de tristesse et de sauvagerie.
J'ai tenté maintes fois (o vaine rêverie ! ) De peindre dans mes vers son visage charmant ', Afin que sa beauté brille éternellement ; Mais je n ai pu fixer son image chérie.
J'esquisse quelques-uns de ses traits gracieux En elle répandus comme l'étoile aux deux; Et leur perfection, plus ou moins je l'exprime.
Mais sitôt que j'arrive aux charmes de l'esprit ^ A ce qui part du cœur, fious embaume et sourit, Là se trouve en défaut mon courage et ma rime.
cien usage d'écrire sur le livre qu'on lisoit le plus souvent les choses dont on vouloit se retracer quelquefois le souvenir. » (Mém., 1. 1, p. 5o des notes.) — Voici la note (d'après les pièces justificatives VIII et IX, t. III, et d'après l'abbé Roman, qui a vu l'original, p. 461):