IIJ
Jésus-Christ a été manifestement immaculé de toute erreur, aussi bien que de tout péché. C'est ce que soutient, pressé par l'évidence, le rationalisme lui-même. Jésus est le seul parmi les hommes qui ait pu dire : « Qui de vous me convain- « cra de péché ' ? » Il eût pu dire aussi : Qui de vous me convaincra d'erreur?
Que ne connait-on mieux les mystères de l'esprit! On serait moins éloigné de comprendre cet intérieur de l'esprit de Jésus.
Il était sans erreur parce qu'il était sans péché. « Qui fait la vérité, dit-il lui-même^ arrive « à la lumière ; qui fait le mal va aux ténèbres ! ^ » Tout homme se trompe, mais l'homme se trompe de moins en moins à mesure qu'il se tient plus fermement dans la justice. Tout esprit est uni à l'éternelle raison par une sorte d'inspiration et de vivification continues. Dieu prépare toute pensée ^, dit la Sainte Écriture. Dieu est la cause première
* Quis ex vobis arguet me depeccato? Joann., viii, 46.
* Joan., III, 20-21. « Omnis enim, qui maie agit, odit lucem, « etnonvenit ad lucem... qui autem facit veritatem, venit ad « lucem... »
3 1 Reg., 11,3. « ... I psi (Domino) prœparanturcogitationes. »
de toute opération intellectuelle, dit notre grande philosophie. Il suffirait, pour ne pas se tromper, de suivre la donnée divine et l'impulsion de la cause première. Sans doute, il n'y a pas dans l'homme une force qui pousse toujours à toute lumière. Mais il y a dans l'homme une force et un instinct qui nous arrêtent devant l'erreur. L'homme s'y soustrait par mille passions étroites et basses, voulant penser à partir de soi, mais non pas à partir de Dieu. Jésus, par sa raison humaine très-pure, obéissait au Père, aussi parfaitement que les étoiles savent obéir à l'attraction. La créature peut obéir aussi , et elle le doit. Le monde matériel donne l'exemple. « Je ne parle pas de moi-même, disait Jésus, mais bien selon ce que j'entends. Ma doctrine n'est pas ma doctrine, elle est celle du Père qui m'envoie ^ » Nous, nous parlons par décision d'arbitraire volonté, mais lui disait ce qu'il voyait : IVtsi qiiod viderit Patrem facientem . Son discours n'avait que cette forme , c'est la seule qu'il approuve : Cela est, ou cela nest pas"^. Tout mot
• Verbaquae dedisti mihi, dedieis.Joan,, xvii, 8, — Mea doctrina non est me.i, sed ejus qui misit me. Joan., vu, 16. — Verba, quae ego loquor vobis, a me ipso non loquor. Joan., xiv,
- Est, est; non, non; quod autem his abundantius est, a malo est. Matth., v, 37.
de lui est un trait de ce qui existe , un signe de ce qui est : lionun qiiœ siint scienliam veram. Que ne puis-je dire le fond de cet état intellectuel tel que la vraie théologie, et la vraie science, et parfois la sainte expérience le font connaître ? Mais qui donc voudra prendre la peine de pénétrer ces profondeurs ? Qui donc veut croire assez pour donner une heure d'attention? Si quelqu'un le veut, qu'il écoute.
L'esprit humain de Jésus-Christ n'est jamais seul : « Mes jugements sont vrais parce que je « ne suis pas seul; il y a moi, et celui qui m'en- « voie^. i) Son intelligence n'est pas seule. Radicalement distincte de celle du Père, comme le créé l'est de l'incréé ; radicalement distincte de la lumière absolue du Verbe , elle est unie au Verbe, de cette union profonde que déhnit notre théologie, et dont résulte cette merveille que cette intelligence finie et l'intelligence infinie, restant toujours radicalement distinctes par nature , sont en un et opèrent en un. En Jésus-Christ, le développement toujours fini de la raison humaine s'appuie sans
* Joan., vni, 16. Judicium meum verum est, quia solus non sum, sed ego et qui misit me , Pater. — Ib., s.w, 10. Non creditis quia ego in Pâtre et Pater in me est ? Verba quaî ogo loquor vobis a me ipso non loquor.
cesse sur l'infinité^ implicite pour elle, qui constitue sa ressource, son fond, son principe, son inspiration. C'est ainsi que l'esprit humain de Jésus ne se trompe point, étant uni à l'esprit qui sait tout. De là sa perpétuelle originalité , et son incessante nouveauté. Son esprit n'est jamais inerte ; jamais il ne demeure dans la vétusté du passé, dans l'inertie de la pensée vieillie. « J'agis incessamment, « dit-il, parce que mon Père agit incessamment ^ . » Ainsi se meut l'esprit uni à Dieu' . Dieu est tout acte : l'esprit uni à Dieu est en acte, autant qu'il est possible à l'esprit fini et créé. Il ne dort pas sur l'acte ancien, ne se limite point au passé ni au présent, ne languit pas dans l'identité. lisait sortir de soi, pour recevoir toute nouvelle impression de la vie, toute expérience et toute inspiration de Dieu.
O disciples du Maître, ô âmes vivantes, qui avez la foi et qui avez l'amour, n'avez- vous jamais essayé de penser ainsi ?
* Pater meus usque modo operatur, et ego operor. Jean., v, 17.
2 Au point de vue théologiqiie, il est clair que ce n'est plus ici qu'une comparaison, pouvant aider, je crois, à concevoir, jusqu'à un certain point, l'intérieur de l'esprit de Jésus. Si tout esprit uni à Dieu, par la grâce et la bonne volonté, l'obéissance et l'humilité, devient, à mesure qu'il est plus uni, de plus en plus actif sous les ordres incessants du Père, quelle n'était pas l'activité de l'esprit humain de Jésus, dans son union hypostatique à Dieu.
Or quelle doctrine est venue du Père , par le Verbe, sur le monde, transmise par cette intelligence humaine de l'homme Dieu?
Il est absolument certain pour moi que Jésus- Christ, dans l'Evangile, donne dans chacune de ses paroles les formules éternelles de la vie. Verba vildR seternœ habes^. Les paroles de N. S. Jésus- Christ sont comme les limites idéales vers lesquelles convergent les sciences, et toutes les lignes de la raison : G rdnzbe griffe, disent aujourd'hui les allemands.
L'Évangile donne les clefs, les principes, les solutions dernières, le point fixe vers lequel ne cessera de converger l'esprit humain.
A mesure que les sciences se développeront jusqu'aux résultats vrais, les pages restées longtemps obscures dans l'Évangile commencent à étinceler.
S'il y a dans le monde une science nouvelle, je dis nouvelle comme science, c'est bien la science sociale. Ceux qui n'en connaissent point le fond osent parler « de la singulière économie politique
* Joan., VI, 69.
« de Jésus. » Mais ceux qui savent disent, avec l'un des plus grands maîtres, qu'on trouve dans l'Évangile une science des lois de l'homme et de la société, qu'un mortel comme les autres ne saurait posséder.
Des torrents de lumière coulent de l'Évangile sur la science de la vie sociale, qui, à son tour, les répercute splendidement; et cette science-là, je vous l'annonce, va être, pendant plusieurs siècles, le plus puissant prédicateur de l'Évangile. Partie théorique de la science, et partie pratique, et force vive pour faire que la théorie passe en acte, Jésus, dans l'Évangile, donne le tout avec une supériorité divine. Il a vraiment sur ce sujet les formules éternelles de la vie.
Je me borne à ce seul exemple, que j'indique sans le développer. Le dernier tiers de notre siècle se chargera de ce développement.
Jésus, dis-je, connaît le fond des sciences, et il en dépose les principes dans son enseignement. On les découvre après des siècles , non par voie d'interprétation subtile de la surface du texte , mais par le commentaire central du fond : commentaire qu'on obtient, quand un texte, longtemps inexplicable^ s'ouvre enfin ;, éclate tout à coup, rayonne absolument dans tous les sens, touche à
toute vérité^ et montre sa lumièrej simple et universelle comme Dieu.
Et c'est pour cela même que les formules éternelles qu'il donne, ne sont jamais de science abstraite, mais de science comparée ; mettant en un la science de l'àme, la science du corps, la science de l'univers et celle de Dieu, l'histoire et la morale, la politique et l'économie, la religion et la métaphysique. Son intelligence n'est point divisée ni abstraite, mais toujours pleine, et recueillie dans l'unité.
Pendant que les paroles des hommes sont comme de l'écriture sur du papier, ou de la peinture sur la toile, et ne sont ni des choses qui subsistent, ni des êtres à toute dimension ; celles du vrai maître sont des étoiles qui vivent et qui tressaillent, et qui éclairent l'immensité dans tous les sens. Elles ont tous les rayons de la lumière, force, clarté, chaleur. Elles en ont la beauté.
Et ces divines paroles, en même temps qu'elles sont les formules de la science éternelle, sont des splendeurs de poésie : sobre, divine, centrale et universelle poésie : Dieu vu en tout, Dieu en tout être, Dieu en tous les moments. Dans l'éternelle poésie de Jésus, rien de local, rien de particulier à la Judée, ni à la Galilée où il vit; rien de pro-
pre à l'heure où il parle. Partout les grandes images connues, quotidiennes et universelles, de tous les temps et de tous les lieux, aussi visibles en Occident qu'en Orient. Jamais sa créatrice puissance ne va chercher d'étranges spectacles, ni d'objets singuliers, ni le détail sans fm des descriptions. D'un seul trait, emprunté à ce qui est sous tous les yeux et tous les jours, il va du moindre fait à l'éternel modèle, et de toute la nature à Dieu.
La souffrance de la femme qui met un homme au monde, et sa joie qui oublie aussitôt la souffrance.
Le lis que Dieu revêt sans que lui-même travaille, sans qu'il sache tisser ni filer.
Le germe qui se développe, soit que l'homme veille, soit qu'il dorme.
L'arbre stérile menacé de la hache. L'argent confié aux serviteurs qui doivent le faire valoir.
Le levain mêlé à la pâte, qui pénètre la masse entière; le petit grain qui devient un grand arbre.
L'enfant si souvent donné pour modèle, l'enfant dont l'ange voit en tout temps la face du Père ; l'enfant qui donne à Dieu la plus parfaite louange; l'enfant à qui le Père révèle la vérité
qu'il cache aux sages et aux prudenls ; l'enfant auquel il nous faut ressembler pour entrer dans le royaume du ciel.
La rougeur sombre de l'Orient, la pourpre claire de l'Occident! Ces signes du temps visible, que la raison connaît, de même qu'elle doit connaître et juger, par elle-même, les choses de la justice et les temps de l'histoire. Quid aiitem et a vohis ipsis non judicatis quid justuni est.
Et la semence! ce symbole de l'univers même, aussi bien que de l'âme. Et le prodige des germes dévorés et neutralisés par le mal ; germes qui sont paroles de Dieu, mais que l'âme libre accepte, repousse, développe ou fait avorter.
Enfui l'ivraie et le bon grain ! Fils du royaume de Dieu ou fds du mal ! La grande leçon terrible et nécessaire !
C'est par cette simple poésie « qu'il explique et « révèle les choses cachées sous la constitution (c visible de ce monde. « Eructabo abscondita a constitulione mundi.
Mais la beauté de l'intelligence ne réside-t-elle pas, avant tout, dans sa puissance de certitude? La
certitude! l'imperturbable clairvoyance! Cette identité du courage et de la pensée! Qui donc possède ces forces? Tous les esprits sont chancelants, et abandonnent au premier choc leurs convictions. Onine caput langiddum, et omne cor mœreiis, dit Isaïe. Mais voici que je trouve en Jésus-Christ l'immédiate, absolue et divine certitude : suprême beauté intellectuelle.
Jésus-Christ a manifestement l'intuition du globe et de l'histoire, et de l'obstacle et de la lutte. Il voit ce qui est, et dit ce qui doit être, avec une certitude immédiate et une divine sérénité.
Jamais roi n'a vu son empire, ni chef d'armée son terrain de bataille, ni laboureur son champ, comme Jésus voit le globe, et sur le globe la lutte des forces.
Il est parfaitement assuré de ce qu'il veut, de ce qu'il peut et de ce qu'il fera. Il le voit, il le dit, il le fait.
Si l'on comprenait seulement ce qu'implique
cette déclaration : que le point de l'histoire oii il
parle est le moment de la grande crise du monde!
C'est la plus claire des prophéties du plus divin
des faits.
Ce qu'aujourd'hui, après deux mille ans, nous
reconnaissons tous comme étant la grande crise de
l'histoire, le point précis où cesse l'antiquité et où commence le monde nouveau, ce point du temps est celui-là même où Jésus prononçait ces paroles : a Maintenant est la crise de ce monde ; » vov xol- (ji; £ctIv to'j /.og'xo'j toutou ^ .
Et cette crise, c'est la révolution même qu'il opère ; ce monde nouveau est celui qu'il fonde par cette révolution.
Il voyait, il sentait s'opérer la crise. C'est le moment, dit-il, où le monde est jugé ^. 11 sentait en lui-même, comme fils unique de Dieu, la force du Père, et il sentait, comme fils de l'homme, sa dignité de juge du monde. « Et il lui a donné, ditce il, le pouvoir de juger parce qu'il est le fds de « l'homme ^. m II voit clairement sa victoire sur le principe d'iniquité : « Le prince de ce monde va être « mis dehors ^. J'ai vu, dit-il, Satan tomber du ce ciel comme un éclair ^. » Et plus tard il ajoute : ce Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. » Confidete, eso vici mundum^ . Et au même lieu : « J'atti- « rerai tout à moi.» Omiiia traJiam ad meipsuniT ,
Le vieux monde est vaincu, et le vainqueur le voit. Le monde nouveau est posé en principe et
Moan., XII, 31. — - Joan., xii, 31. — ^ Joanu., v, 27. — '' Joan.,xn, 31. — '" Luc, x, 18. — ^ Joan., xvi, 33. — ' Joan., XII, 32.
en germe sur notre terre. Jésus-Christ est lui-même ce principe et ce germe, avec ceux qui lui sont unis. Il le sait, et le dit. « Le royaume de Dieu est, dès à présent, au milieu de vous ^» Il voit le sang que ses martyrs devront verser pour développer le royaume de Dieu. Il voit le sang qu'il répandra lui-même, et il ne cesse de l'annoncer. Il voit le triomphe, et il voit la résurrection dans tous les sens du mot. Il sait que ses disciples enseigneront toutes les nations. Il annonce que le royaume de Dieu grandira par phases : tige, herbe verte et puis épi^. Conservez ce germe, dit-il, et puis vous connaîtrez la vérité, et puis la vérité vous rendra libres ^.
Telles seront, en effet, les grandes phases de toute la civilisation du globe.
Et il voit venir l'unité dont il est le principe et l'auteur, et qui doit tout gagner : Fiet Liniim ovile et anus Pnstor 4. Pourquoi toutes les tentatives d'unité dans le passé ont-elles dû échouer? Elles étaient faites par des voleurs ou par des mercenaires^ pour dévorer les hommes, écrasés sous une fausse unité. Ces maîtres-là, les âmes ne les connaissaient pas. Les âmes libres et raisonnables,
• Luc, XI, 20. — ' Marc, iv, 28. — ^ Joan., viii, 32. ^ Joan., X, 16.
ET LA SCIENCE DU CHRIST. Ub
n'écoutent qu'une voix, celle du pasteur unique, qui entre par la conscience, et non par aucune autre porte. Celui-là n'écrase aucune âme, car il les connaît toutes, et les aime une à une, et appelle chacune par son nom. Vocat eas nominatim^l Essentiel caractère de l'unité divine et vraie, dans laquelle chaque personne subsiste, est et vit en son propre nom.
Et son immense esprit que ne borne ni le temps, ni le lieu, n'est pas même enchaîné sur le globe. Quant à moi, je ne doute pas un seul instant du sens de ces mots étonnants, que l'homme ne peut comprendre que de nos jours, depuis que Dieu a suscité les vrais contemplateurs du ciel physique : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père. » In domo patris nieiniansiones niidlde sunt ^. Oui, il y a d'autres mondes et d'autres groupes d'esprits intelligents et libres. Alias oves habeo et illas me oportet adducere ^. Et ce sont aussi mes brebis, et il faut que je les amène aussi. Et puis je vais vous préparer le lieu, fado parure vobis locutn 4. Le Christ veut-il parler des grandes transformations cosmiques où mènent la vie et la mort des mondes? En tout cas il annonce la
^ Joan., X, 3. — ^Joann. xiv, 2. — ^ Joann. x,16. ' Joann. xiv, 2.
suprême unité, et la réunion éternelle de tous les esprits qui aiment Dieu : « Mon père, je veux que là ce où je serai, tous ceux que vous m'avez donnés y (( soient aussi ; )> Pater, quos dedisti mihi, volo ut ubi s uni ego et illisint niecum ' . Ces quelques traits, et d'autres, indiquent en .lésus-Christ l'intuition de l'univers entier, comme il a celle de tous les temps.
Quoi qu'il en soit de ce dernier point, et nous bornant à ce qu'il annonce pour cette terre, il est bien manifeste que ces choses qu'il a dites , c'est lui, lui seul, qui, depuis sa venue, les opère et les développe dans le monde. Je supplie tous les amis de la vérité de méditer ces faits dans le recueillement. Ce ne sont pas des mots, ce sont des faits certains et permanents, qu'il faut peser et comparer. Comparez, dis-je, les textes évangéliques qui sont là sous vos yeux , comparez-les avec les grands caractères de l'histoire depuis le Christ. Méditez vous-même cet ensemble, et voyez de vos propres yeux. Je le dis à l'honneur des nobles cœurs et des profonds esprits qui, en Allemagne, depuis vingt ans surtout, méditent la science de Jésus-Christ : Ils ouvrent à la pensée une
' Joann. xvn, 24.
voie nouvelle de méditation et de contemplation d'une merveilleuse beauté, d'une admirable fécondité, science comparée de la vraie religion et du fond réel de l'histoire.
Et c'est là ce qui est sorti, comme vraie critique et comme vraie science, de la critique négative effrénée qui paraissait devoir tout renverser. C'est là l'état présent de la pensée savante, après les plus extrêmes efforts des négations à fond, et des contradictions de part en part et en tous sens. Comme le disent nos frères d'Allemagne : « Jésus, à la lumière croissante de l'histoire mécc ditée, Jésus se trouve toujours plus grand, tou- « jours plus beau qu'on n'avait pu le soupçonner.» Voilà le dernier état de la science!
Mais n'anticipons point. Nous méditions la beauté de l'esprit humain du Sauveur, et son enseignement, à la fois divin et humain.
Voici encore deux traits de cette suprême beauté : sa véracité absolue! Il serait, certes, inconvenant de mentionner la véracité du Seigneur, si ce mot voulait dire abstention de mensonge. On ne comprend même pas que, pour Jésus-Christ, il
soit question de ne pas mentir. Mentir ! cela est d'un tout autre monde intellectuel, d'un monde radica lement contraire à celui que le Christ habite et qu'habitent ses disciples. Je le demande à tout disciple de Jésus-Christ. Je m'interroge moi-même. Si, pour arriver à mon but, qui est de convertir le monde entier à la justice et à la vérité, il fallait (hypothèse absurde) introduire dans ce que j'écris aujourd'hui, par exemple, une citation fausse, comme la belle citation latine de Cicéron qu'inventa et improvisa le cardinal de Retz; si j'étais assuré de tout vaincre par ce petit mensonge, que le monde ne dût jamais connaître, certainement je ne le ferais pas. L'on me menacerait de l'écroulement du monde, je ne le pourrais pas. Pourquoi? Parce qu'il y a là une sorte d'impossibilité métaphysique, de lâche et sacrilège absurdité, devant laquelle je mourrais de dégoût avant d'ouvrir la bouche. Introduire un mensonge pour fonder le royaume de Dieu! Conception satanique et béte ! jMumquid indiget Deiis mendacio vestro ^ ut pro eo loquamini dolos? « Dieu a-t-il donc besoin que vous mentiez pour « lui? » dit le livre de Job. (xni, 7.)
Mais quand je parle de l'absolue véracité du Christ, j'entends celle dont il donne la loi en ces
fermes : « Que votre parole soit ainsi : cela est ou •< CELA n'est pas. (]e qui est de plus vient du c< mal. » Aviez- vous compris ce précepte? Il est donc mal d'ajouter quelque chose à la simple assertion du vrai? Oui, dans le sens qu'a en vue le maître. Oui, la parole doit dire, trait pour trait, ce qui est, ce qu'on voit, ce qu'on touche. Ce que l'on dit de plus est certainement mauvais, car c'est parler à vide ; c'est donner la parole au néant. Ah ! faux témoins de la parole, malheureux écrivains , que faites-vous, vous qui osez écrire sans voir, sans toucher, sans qu'aucun être soit sous vos paroles ? Vous êtes donc les enfants du mal, les inspirés du vide, envoyés par le père du mensonge !
Lui, voit les choses qui sont, et il dit : « cela « est. » Rien de plus. C'est pourquoi son immense doctrine, qui gouverne le monde et le gouvernera jusqu'à la fin, constitue le plus petit des livres. Tous ses discours tiennent en dix pages.
Poursuivons l'analyse des trois rayons de sa beauté. Nous venons d'étudier sa lumière. Sondons sa force et son courage. Nous oserons ensuite nous approcher du feu de son amour.