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BELATIF AU LIVRE PREMIER, CHAP. IV, >° IV

HICHEIiET. — i:SQri§SE DE liOGIQUE.

P. 10, 11, 12, 13 et 14.

Pour l'essence, maintenant, rien n'existe en dehors d'elle. Mais le phénomène semble exister encore en dehors d'elle. Il est posé par l'essence qui semble s'en détacher et lui devenir extérieure. C'est cette opposition, et le double mouvement de ces deux extrêmes voulant se fondre ensemble, qui nous occuperont maintenant. Et d'abord, l'essence ne devient essence que par là même qu'elle pose le phénomène. C'est donc le phénomène qui fait que l'essence est l'essence. Cette essence n'est pas hors du phénomène, justement parce qu'elle forme le véritable être de ce dernier. L'essence des choses ne se trouve donc pas en un endroit ultramondain, mais est intrinsèque aux phénomènes qui composent le monde. D'un autre côté, les phénomènes, précisément parce qu'ils sont phénomènes, font apparaître quelque chose à

travers leur enveloppe transparente ; leur essence se trouve au fond. C'est à cette harmonie et coïncidence de l'essence et du phénomène que nous parviendrons, par là même que nous soumettrons à la dialectique ces deux sphères considérées un moment comme étant séparées. L'essence de toutes les choses étant l'infinité qui se manifeste comme unité dans la pluralité innombrable des phénomènes, nous la nommons identité. Il y a cette différence entre l'unité et l'identité, que l'unité ne suppose pas encore la pluralité, tandis que l'identité n'est possible qu'entre plusieurs. Essentiellement toutes les choses sont identiques. C'est ce que prétend la logique spéculative ; et la logique formelle a même érigé cette catégorie en premier principe de la pensée, mais, il est vrai, dans un sens tout à fait différent. D'après cette logique, le premier principe de tout penser humain est : A = A ; la rose est une rose. On ne commettra point de faute, sans doute, si l'on suit cette règle; mais, à coup sûr, on ne dira rien qui vaille, on énoncera une tautologie tolit à fait triviale. Si je demande : Qu'est-ce que cette chose? je veux entendre autre chose que la répétition de ce même mot. Je prétends qu'on me dise qu'une rose est une plante, qu'elle est odoriférante, blanche, etc. Toutes ces assertions renversent la loi de l'identité, puisqu'elles identifient des choses non identiques : rose, plante odoriférante, blanche. ZeW/vVrti/e principe de ï identité n'est donc pas que chaque chose soit identique avec elle-même^ MAIS AVEC TOUTES LES ALTRES, en tant qu slles sont toutes sorties de la même essence. Je ne nierai pas pour cela la valeur subordonnée de la loi de la logique formelle. L'identité d'une chose avec elle-même exclut des qualités contradictoires, par exemple un silence bruyant.

Cependant ce sens même de la loi n'est pas hors de contestation, puisque c^est justement le caractère des phénomènes d Impliquer contradiQtion et de périr par cette contradiction. Le phénomène a toute l'essence en lui, mais ne saurait l'exprimer dignement dans ses bornes finies. C'est là ce qui brise cette existence passagère, en la soumettant à un changement continuel. D'un autre côté, cette identité de toutes les choses n'est pas non plus un principe exempt de toute contestation. Si toutes choses sont essentiellement identiques, dans leur phénoménalité elles se distinguent les unes des autres. Mais tous les phénomènes étant les positions de l'essence, c'est l'essence elle-même qui, dans les phénomènes, différencie sa propre identité'.

La distinction est de cette manière la seconde catégorie inhérente à l'essence. Si nous oublions que c'est l'essence qui se distingue de la sorte, et que nous pressions chaque phénomène à part, en voulant saisir sa distinction réelle d'avec les autres êtres, nous trouverons les phénomènes différents les uns des autres. Par leurs différences, les phénomènes semblent donc être hors de l'essence. Mais comme l'identité ne saurait se passer de la distinction, ainsi la différence a besoin de l'identité. La première question qui se présente alors, c'est celle-ci : En quoi deux choses sont-elles différentes? Cet en QUOI, c'est lelr identité. Les différences bleu et jaune sont identiques par la couleur; le cheval et le chien, en ce qu'ils sont tous les deux qua-

' S'il est possible, sous re lourd bavardage, de percevoir quelque espèce de pensée, ce n'est évidemment pas autre chose que la vieille hypothèse de la consubstantiaiilé universelle : hypothèse posée comme certaine, sans aucun essai de démonstration.

drupèdes, animaux. Il n'y a pas de différence absolue, aussi peu qu'il y a identité absolue. Et là-dessus se fonde une loi de la pensée : le principe de l'identité des indiscernables. Si deux choses étaient entièrement identiques, on ne pourrait pas les discerner, elles seraient un. Remarquons aussi que les choses différentes ne sont pas afférentes a cet égard et identiques sur un autre point^ mais que, par rapport à la même chose, elles sont l'une et l'autre comme le jaune et le bleu par rapport à la couleur. Elles sont donc différentes seulement parce qu'elles sont identiques*. C'est toujours l'identité qui se différencie elle-même, soit que nous remontions aux plus hautes généralités, ou que nous descendions jusqu'aux dernières différences. Si la différence prévaut, les choses se nomment dissemblables; si l'identité, semblables.

Cette différentiation de l'identité dans une chose la met en opposition avec elle-même. Le bien et le mal^ par exemple, sont deux choses évidemment opposées qui se trouvent réunies dans le même être, leurs différences étant rattachées a une source commune. La raison et les penchants forment les éléments communs du bien et du mal. Dans l'un, les penchants sont réglés par la raison; dans l'autre, les penchants subjuguent la raison. Mais la victoire que la raison remporte sur les penchants n'étant possible que par le combat et l'opposition de ces derniers contre la raison, le mal est la condition nécessaire du bien. Avec le mal retomberait aussi le

' Tout cet alinéa demande à être regardé en face. Il établit ce que Hegel soutient dans sa Logique comme étant vrai, ce que Plalon rejjroclie aux Sophistes de soutenir, et déclare dépasser la force des novices, savoir : que les choses différentes sont identiques par l'endroit même où elles sont différenles.

bien ^ Un individu souverainement bon serait un abstraction tout aussi grande qu'un être purement méchant.

De même la VERITE ET l'eRREUR SONT OPPOSEES ET IDEN- TIQUES^. Une catégorie exclusive, opposée à sa catégorie corrélative, est l'erreur opposée à une autre erreur; l'être opposé au néant, l'unité opposée à la pluralité, etc. Leur identité qui les absorbe et les conserve comme des moments, le devenir, la totalité, forme la. vérité, qui n'est donc pas hors DE l'errelr. Mais l'erreur est corrigée et consommée par la vérité, qui fond ensemble ses membres épars dans une nouvelle catégorie plus concrète.

La logique formelle a érigé aussi l'opposition, l'antithèse en loi de la pensée, en prétendant que de deux opposés une chose ne saurait être que l'un ou l'autre, et qu'un tiers n'existait pas. Voilà pourquoi on a nommé cette nouvelle loi l'exclusion du tiers. Ici il faut faire une distinction. Les notions opposées sont ou bien contraires, ou bien contradictoires. Par rapport aux dernières, il faut accorder à la logique formelle son principe*. Dans ce cas , l'un des opposés est une notion

' Absurde.

* Il y a ici un détail d'hypocrisie de style, ordinaire aux sophistes. On n'a pas osé dire en termes francs et rapprochés : le mal et le bien sont orrosÉs et identiques. Les mots mênnes auraient crié trop violemment , mais on dit l'équivalent, et on ajoute ; de même la vÉatTÉ et l'erreur sont oprosÉES ET IDENTIQUES. Lcs écrits des sophistes sont pleins de ces nuances, qui voilent quelque peu l'effronterie des affirmations.

3 Ceci est une très-grave concession faite à la raison. Ici l'auteur semble abandonner l'une des deux positions de la sophistique qui soutient à la fois l'identité des contraires et celle descoiilradicloircs, comme le lui re- ])roche Aristote (ajjia 'j7:âp/£iv xavàvTia xai roc; àvTtyâaei;). Mais à l'alinéa suivant l'auteur reprend toute cette concession en soutenant que le principe de la logique, aussi bien que celui de la métaphysique, c'est l'identité universelle des deux contradictoires, l'Etre et le néant.

déterminée, par exemple, cheval, et l'autre est la négation indéterminée de cette première, non-cheval. Entre cheval et non-cheval, il n'existe pas de tiers sans doute ; et une chose est ou bien un cheval, ou ne l'est pas, mais les notions contraires sont toutes deux déterminées ; et à celles-ci, le principe n'est plus applicable. Entre elles le tiers existe, soit que chaque côté ne soit que l'un des opposés ou tous les deux ensemble. De telles notions sont gauche et droit, bon et méchant, positif et négatif, blanc et noir, etc. Ce qui est gauche devient droit dés qu'on se tourne, et le vis-à-vis n'est ni l'un ni l'autre.

L'innocence est le tiers entre la bouté et la méchanceté. En algèbre, vis-à-vis de 4- lo écus et — lo écus. les dix écus eux-mêmes, constituant la dette chez le débiteur et la propriété chez le créancier, sont une et même chose. Le gris est le tiers entre le blanc et le noir, et les contient tous deux. En philosophie, toutes les catégories que tious a^'ons déjà parcourues et que nous aurons encore et parcourir, soxt des preuves de l' identité DES CONTRAIRES. 7/ //")■ a qu wi exemple ou des notions soient CONTRADICTOIRES ET CONTRAIRES EN MÊME

TEMPS. C'est l'opposition primitive d'où nous étions PARTIS, l'être et le RIEN OU NEANT. Ici l'opposé de l'être ne saurait être quelque chose de déterminé, parce que l'être lui-même est tout à fait indéterminé. Le non-ètre opposé à r être est donc une notion contradictoire, la négation indéterminée de l'être. 3Iais puisque la position est tout aussi indéterminée que la négation, leur indéterininité forme leur déterminaison, et par conséquent le non-être est aussi l'opposition déterminée, c'est-àdire le contraire de l'être. Sous ce rapport, il prend les

noms de rien ou de néant, sans que je puisse entrevoir en quoi ces deux termes diffèrent de celui du non-être. Dès que la vérité philosophique, ne faisant autre chose que chercher le tiers, le juste milieu, la véritahle identité de deux propositions exclusives, a atteint la rencontre de ces deux contraires, elle est sans doute tombée dans une contradiction; mais cette contradiction, loin d'être un malheur, un obstacle à la vérité, est au contraire le chemin qui y conduit. Il ne faut donc pas ériger en loi de la pensée le principe de non-contradiction, comme fait la logique formelle , mais , au contraire , celui de contradiction. Le principe de non-contradiction ne diffère de celui de Fidentité qu'en ce qu'il en est l'expression négative. Chaque chose n'étant 'qu'elle-même, il y a contradiction qu'elle soit une autre, dit la logique formelle. Au contraire, répond la philosophie, parce que toutes les différences émanent de l'essence, chaque chose participe de l'autre, ayant de commun avec elle son essence même. La différence n'est que phénoménale. La contradiction qui se trouve dans l'essence, poussant l'identité à la différent iation, devient par là pour les choses une source de vie, non pas la cause de leur destruction. Il ne faut pas, sans doute, que la contradiction soit permanente ; elle n'existe que pour être surmontée. La différentiation doit finalement rentrer de nouveau dans l'identité absolue dont elle est sortie, mais dans une idée concrète qui, au lieu de faire disparaître seulement les différences, les réunit plutôt comme les moments de sa totalité * .

' Ce bavardage intolérable, et dénué de sens, peut devenir une utile leçon en nous faisant voir, de nos yeux, jusqu'où l'on peut pousser l'abolition de la pensée.

L'essence active, celte essence qui, par la contradiction qui léside en elle, par ce combat intérieur de l'identité et de la différence, émane, se développe, pose toutes les différences, — cette essence productive se nomme le fond des choses, d'où elles sortent toutes, leur raison suffisante. Résultant de la fusion de l'identité et de la différence, le fond distingue en lui ces deux catégories comme ses moments intrinsèques. C'est ainsi que le fond, en tant qu'identité indéterminée qui ne possède les différences qu'en soi sans les avoir posées déjà, s'appelle matière, suhstratum, tandis que les différences, comme moments déterminés de l'essence fondamentale, sont les formes. Ceux qui proclament un côté de la vérité en disant : « L'absolu est la matière, » sont par cet exclusivisme tout aussi bien dans Terreur, que ceux qui ne voient que l'autre côté de la vérité : « Les formes sont l'absolu. » Jamais la matière n'a été sans forme, ni la forme sans matière. De tous temps, il n'a existé que la matière jormée ou la forme matérialisée^ ce qui prouve V éternité du monde '.

' Le lecteur a ici un exemple de la manière dont ces penseurs prouvent, quand, par liasard, il leur arrive de vouloir prouver.

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