I^ES SOPHISTES
C/est pour cela , comme on Fa dit, que la raison a des pieds et des ailes, marchant tantôt par voie d identité, pour aller des phénomènes à la substance, tantôt par voie de transcendance, pour aller de l'effet à la cause.
Or, voici la genèse de la doctrine de l'identité. Cette doctrine mutile la raison en lui coupant les ailes. Elle voit que la raison cherche en tout l'unité. C'est vrai. Mais elle n'analyse pas assez, et ne voit pas que la raison a deux manières de chercher l'unité. Elle supprime la plus importante.
Le point de départ de cette déviation de la philosophie fut , au commencement du siècle, un grand élan vers l'unité. Il y avait une force dans cet élan. Mais, comme on l'a remarqué pour la vie physiologique, toute force nouvelle qui se développe, se développe d'abord avec excès. L'élan vers l'unité fut si aveugle que, confondant les deux démarches naturelles et nécessaires de la raison, l'on ne vit plus que 1 identité. On y réduisit tout. On supprima les ailes de la raison. On fit un monstre par mutilation.
Mais la raison se révoltant et voulant cependant opérer son autre mouvement nécessaire, on fit une dialectique retournée qui alla de l'être au néant au lieu d'aller de la nature à Dieu. Alors ce
nioiislrepar mutilalion devint en outre un monstre par renversement. C'est ce que j'ai expliqué ailleurs.
Mais, je l'espère, cette inspiration d'unité qu'avait reçue l'esprit humain au début de ce siècle, ne sera pas détruite par ces excès. L'inspiration est bonne et sainte. Tous les amis de la philosophie doivent la recueillir avec respect. Quant à moi, c'est ce que j'ai fait toute ma vie. Je sais l'œuvre que Hegel eût dû faire, et j'y travaille selon mes forces. Je sais que l'esprit et la science, vn s'élevant, se simplifieront, et verront l'unité, idcnliu' awliannonie, là où l'on n'avait vu qu'inexplicable diversité. Je sais qu'il y a des dissonances qui concordent dans l'harmonie ; je sais qu'il y a des contradictions, non point réelles, mais apparentes, qui se résolvent dans l'identité. Hegel avait dit un mot vrai : « Il est temps que l'idée « de la Trinité entre enfin dans la science, w Oui, ce grand dogme de la pluralité vivante dans l'unité de l'essence divine, est l'un des types éternels de la science. Il est temps qu'on en sache exj)loiter le trésor.
Mais ces progrès auxquels l'esprit humain, si dispersé, si divisé, aspirait par impulsion divine, au début de ce siècle, ces progrès ne pourront
avoir lieu tant que nous n'aurons pas renversé l'obstacle, et séparé de la lumière qui cherche à poindre le ténébreux nuage dans lequel des esprits égarés croient voir non-seulement l'identité absurde des irréductibles et des contradictoires, mais même l'identité impie du bien, du mal, de l'erreur et de la vérité.
Reprenons donc notre guerre à l'erreur et cherchons, dans les deux ouvrages du métaphysicien français de la Philosophie nouvelle, l'exemple et le précepte de l'absurde.
Et d'abord voici V Histoire critique de V école cV Alexandrie , prise comme exemple de l'absolue contradiction pratiquée imperturbablement.
Il est bien entendu que c'est la nouvelle critique , née en ce siècle , que l'auteur applique au jugement de l'école d'Alexandrie. Or, quelle est la conclusion de ces trois volumes, sur le propre sujet qu'ils traitent, sur ces trois choses, la méthode , la morale, et le caractère général de l'école d'Alexandrie? Voici les faits.
Quant à la méthode ^ « néoplatonicienne , elle
' Voyez l'Appeudice, texte C.
« atteint son principe sans sortir de la réalité'. « Elle procède par intuition et non par ahstrac- « tion... et découvre^ au lieu d'un type abstrait « un principe vraiment substantiel ; t unité de vie « et d'être ; V universel réel et vivant. Elle cherche « son principe non en dehors mais au forul de la « réalité qu elle n' abandonne jamais dans ses « abstractions les plus subtiles. » ï, III, p. 2 38. Ceci est la première face de la conclusion sur la méthode alexandrine.
Voici l'autre :
Cette même méthode, cette même analyse : 'c égare la philosophie dans un monde d\ibstrac- « tions et de chimères. Elle est la première qui « ait cherché l'unité pour l'unité, c'est-à-dire « une abstraction^... au lieu de l'être le non-être, « au lieu de la lumière la nuit, au lieu de la perce fection le néant. La méthode alexandrine aboutit « au néant et à la mort. » T. III, p. 240.
Telle est cette conclusion à double face et à double fond sur la méthode alexandrine. Le lecteur est prié de bien constater par lui-même que ces deux conclusions, absolument contradictoires, sont écrites à deux pages de distance, page 2 38 et page 240, et font partie de la même conclusion qui consiste, on le voit, à superposer Vaffirma-
iioii et ia lu'gation, sur le même point, dans le même sens, et sous le même rapport.
Accumulons les faits. Voici la conclusion sur la Morale de l'école d'Alexandrie ^ :
ce Les regards sans cesse fixés sur unfauxidnd^ « les moralistes de cette école ne comprennent « qu'imparfaitement la vie, la vertu, la perfec- « tion... » T. III, p. /j-ïS. « C'est une doctrine « morale, qui détruit l'harmonie de la vie lui- « maine par la séparation absolue de la vie pra- « tique et de la vie contemplative. La mort et le « néant, voilà où aboutit l'extase... Et c'est là « ce qui fait la tristesse et le de'sespoir des mys- « tiques alexandrins, w (44 1»)
Première face de la conclusion ; voici l'autre :
« Le platonisme et le stoïcisme ne professent « pas un plus sérieux attachement aux devoirs de « la vie ordinaire. Les chefs de l'alexandrinisme « enseignaient et pratiquaient admirablement « toutes les vertus politiques au sein d'une société u en ruine.
(c Le mysticisme de cette école, quelque préoc- « cupé qu'il soit de son idéal, ne délaisse point « les vertus pratiques pour la contemplation et « l'extase.
' Voy. l'Appendice, texte D.
ET LA CnniQUK. 51
'(. Ce caniclrre dti nijslici.snic (ile.vdudriii ne « sdiirait elle trop mis en lumière. Le mystique « néoplatonicien aime et admire le théâtre oii la « P rovidence ta placé ; '\\ prend au sérieux le rôle « qui lui a été assigné et en remplit tous les devoirs « juquau hout^ c'est l'accomplissement calme et « serein d'une destinée qui, pour n'être pas dé- « finitive, n'en est pas moins yV/^^'«? excellente. » ( 425-426. )
Voilà donc sur le caractère moral du mysticisme alexandrin, le oui et le non absolus, superposés dans les mêmes pages comme une seule et même conclusion.
Ecoutez les deux conclusions de l'aiiteur sur le caractère général de l'éclectisme alexandrin ^ :
« Synthèse merveilleuse, où cesse enfin le long « divorce entre la raison et l'expérience... cet « éclectisme nest point une simple juxtaposi- « twn^i un rapprochement forcé de principes con- « traires, c'est une véritable alliance^ la fusion « harmonieuse de doctrines dont la contradiction « disparaît dans l'unité d'un principe supérieur... « Cette école rapproche et concilie toutes les éco- « les... Elle parvient à réunir et à fondre ensem-
' Voy. l'Appendice, texte E.
« Lie, en les transformant, tous les éléments essen- « tiels de la pensée grecque. » (46o et 46 f.)
Mais tout n'est pas dit. Voici la page 4^3. Vous avez vu le oui., voici le non:
« Voilà tout le néoplatonisme... Mesure étroite « et peu éclectique!... Le néoplatonisme n'est pas « un cadre assez large pour r alliance des diverses « doctrines de la philosophie grecque; ces doc- « trines n'y peuvent entrer que par une mutilation a qui leur enlève leur principal caractère. Le pré- « tendu éclectisme des Alexandrins n'est pas une « conciliation impartiale de tous les éléments de « la pensée dans V intérêt commun de la science (( et de la vérité. C'est une transformation forcée « et artificielle de toutes les doctrines. »
A laquelle de ces deux conclusions contraires et contradictoires dans les termes et dans le sens, faut-il s'en tenir? Qu'est donc le néoplatonisme?
Est-ce une œuvre vi aiment éclectirpie (p. 46^)> ou bien une mesure étroite et peu éclectique (p. 4^4)? Est-ce une synthèse merveilleuse (/i6o), ou un cadre pas assez large pour V alliance des diverses doctrines (p. 4^4)? ^^^t éclectisme « qui « n'est point une simple juxtaposition, un rap- « prochement forcé de principes contraires, mais « une véritable alliance, la fusion harmonieuse de
« doctrines dont la contradiction disparaît dans « l'unité d'un principe supérieur ; » cet éclectisme, dis-je, « nest-W q a un prétendu éclectisme « qui n est pas une conciliation impartiale de tous « les éléments de la pensée, mais une transfornta- « tien forcée et artificielle de toutes les doctrines ? » Lequel des deux ?
Voilà ce que je crois pouvoir nommer dissolution intellectuelle .
Vous avez là un exemple insigne de la critique nouvelle, qui affirme le oui et le non sur chaque point. Voilà comme procède cette critique qui va par thèse, antithèse et synthèse. Voilà comment s'applique « le grand principe en vertu du- « quel une assertion n'est jamais plus vraie que « l'assertion opposée ; » voilà le fruit de « la « grande découverte du caractère relatif des « vérités, » en vertu de laquelle tout est à la fois vrai et faux.
Lecteurs, vous avez les faits sous les yeux.
Mais il faut étudier par vous-mêmes ces prodiges. Il faut les voir et les revoir, plusieurs fois, de vos propres yeux, dans les textes mêmes de l'auteur, pris dans leur suite et leur intégrité. Ces textes se trouvent en leur entier dans ce manuel de critique. Il faut que ces exemples de ju-
gemeiîts à double face et à double fond , qui constituent le propre procédé des sophistes contemporains, soient publiés partout et que le public juge.
Voici qui est plus instructif encore, s'il est possible.
Jll.
l.e second grand ouvrage du métaphysicien de l'école critique française a pour titre : la Mrtaphjsujue et la Science. Le but du livre est de démontrer l'athéisme. L'auteur lui donne la forme d'une démonstration de l'existence de Dieu.
Ce livre est un tissu de contradictions absolues, toujours les mêmes, revenant à chaque page, et tournant sans relâche l'une sur l'autre , comme les anneaux d'une vis-sans-fin.
Il n'y a donc pas lieu de citer ici des exemples de contradictions. Les trois volumes de cet ouvrage ne sont pas autre chose. Nous ferons mieux. INous citerons, comme nous l'avons dit, les préceptes que donne l'auteur sur le devoir qu'a la raison philosophique de proclamer comme nécessaire et absolument vrai ce que l'entende-
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ment vulgaiie regarde comme absurde et contradictoire. L'exposition de ces doctrines est le début du livre, et en renferme tout l'esprit,
« La nouvelle philosophie^ dit l'auteur, va j)lus « loin que kant... Elle généralise le système des « antinomies, en l'étendant a tous les objets de la « connaissance , elle en fait la loi universelle de « V entendement. Seulement, au lieu de s'arrêter « à cette contradiction, et d'en conclure, avec <( Kant, l'impuissance du dogmatisme, elle la « résout dans le principe de l'identité ^ «
Ainsi Kant soutenait qu'en certains cas la raison rencontre des antinomies ou contradictions, et que dès lors elle ne peut passer outre , et ne peut pas dogmatiser dans le contradictoire, qui est l'absurde.
La nouvelle philosophie se dit fille de Kant. Mais, au lieu d'affirmer qu'il existe , dans la sphère intellectuelle , des antinomies, apparentes ou réelles, elle affirme que l'antinomie est partout ; puis , au lieu d'affirmer qu'en face de la contradiction, la raison ne peut passer outre, la jeune philosophie va en avant, et déclare que les contradictoires sont identiques.
' La Métap/ii/siqiie et la Science, t. III, éd. de 1863^ p. 13. Voy. l'Appendice, texte F.
Elle déclare, par une distinction absolument dénuée de sens, et qui repose sur la forme physique des mots, elle déclare que le principe de l'ancienne logique, l'axiome premier delà raison, est vrai dans la sphère de l'entendement , mais qu'il ne s'applique plus dans la sphère de la raison pure, « Tandis que le principe de contra- « diction est la loi de l'entendement, le principe « de l'identité absolue est la loi de la raison. Ce « que l'imagination et l'entendement regardent « comme absurde et contradictoire, est précisé- « ment ce que la raison proclame nécessaire et « absolument vrai... w
« L'identité est le principe de la raison comme « la contradiction est le principe de l'entende- « ment. Si celui-ci gouverne toutes les sciences, « celui-là règne en maître dans la métaphy- « si que. »
En sorte que, comprenez-le bien, ce que le genre humain, avant l'avènement de la critique (1781), regardait comme absurde et contradictoire^ est précisément ce que lu raison (la raison nouvelle) proclame nécessaire et absolument vrai. D'où il résulte en outre qu'il y a maintenant deux logiques , l'une qui gouverne toutes les sciences, qui est l'ancienne logique, cl l'autre, la logique nou-
velle, particulière à la métaphysique, et par laquelle raffirmation et la négation sont même chose.
On empile successivement, comme le fait l'auteur, négation et affirmation exactement superposées, et ce mélange donne précisément la vérité absolument vraie.
Je dis que le lecteur ne doit pas croire cela, s'il ne le vérifie lui-même. Il doit étudier les cinq pages de texte continu qui démontrent cette thèse, car on ne croit ces choses que quand on les voit de ses yeux.
La grande difficulté dans cette exposition du propre caractère des Sophistes est d'arriver à faire comprendre et croire qu'en effet les Sophistes enseignent ce qu'ils enseignent, qu'ils veulent dire ce qu'ils disent.
Les Sophistes français sont toujours obligés, par le caractère même de la langue et du génie français , de mettre des réserves dans l'expression de leur pensée ; et les Sophistes allemands écrivant en allemand, le lecteur ne se fie jamais absolument aux traductions.
Or voici un document original que je rencotnre heureusement.
C'est un texte français écrit par un Allemand, par M. Michelet de Berlin , le chef actuel de l'école des Sophistes prussiens, écriva^it en français une esquisse de logique ^ .
L'auteur « espère » dans cette esquisse de logique hégélienne présenter « des catégories accep- « tahles à l'esprit de tous les peuples civilisés » et peut-être « jeter les fondements d'une logique uni- « verselle, destinée sans doute à changer radica- « lement la manière de voir de la philosophie vul- « gaire. w
Or l'auteur reproduit simplement la doctrine hégélienne connue.
l,es deux catégories fondamentales sont celles de l'être et du néant. « Le néant, dit-il, est ime « catégorie plus riche que l'être (p. 3\ Le néant « a donc autant de droit à l'existence que l'être « lui-même (p. l\). » Ce droit à l'existence charmera, j'espère, le lecteur.
D'ailleurs : « L'être et le néant sont identiques (p. 4). »
' Ce travail a paru dans la Revue philosophique et religieuse. Paris, 1856. Vov. texte G.
p:t la critique. ^ 59
(^eci est le point de départ du système et son principe.
L'auteur avoue que les deux notions d'eue et de* né(tnt sont eontro'ires et conlradictoires. « Il « n'y a, dit-il, qu'un exemple où des notions « soient eonti-adicloires et contraires en même « temps. C'est l'opposition primitive d'où nous 'c étions partis, l'être et le rien ou le néant. )^ (P. i3.)
Ainsi ces deux notions que le Sophiste déclare contraires et contradictoires, il les dit identiques : a l'èlre et le néant sont identiques. » Et c'est là le principe et le point de départ de la logique nouvelle. En outre, tous les contraires sont identiques : « Toutes les catégories parcourues et « à parcourir sont des preuves de l'identité des « contraires (p. i3). »
Les contraires, aux yeux du vrai Sophiste, ne sont pas identiques sous un certain rapport, et contraires sous lui autre rapport. C'est sous le même rapport que ces choses sont à la fois contraires et identiques. Ceci est l'essence du système, ce qu'exprime avec une précision trop peu remarquée la célèbre formule : Identité' de l'identique et du non-identique.
« Remarquons que les choses différentes ne
« sont pas différentes à cet égard et identiques sur « un autre point, mais par rapport à la même « chose. Elles sojit différentes parce qu'elles sont « identicjiies.
« De même la vérité et l'erreur sont opposées et « identiques. Leur identité... forme la vérité, qui a n'est donc pas hors de l'erreur. Telle est aussi « l'identité du bien et du mal (p. 12). »
Le lecteur est prié surtout de remarquer ceci, qui est le dernier mot de cette métaphysique :
(c Ym quoi deux choses sont-elles différentes? « Cet EN QUOI, c'est leur identité. »
Cet E?f QUOI textuel, non traduit par nous, mais sorti tel qu'il est, en français, de la plume du dernier Hégélien, n'est-il pas, sans comparaison, supérieur au fameux quoi qu'oïv die de Molière ? Ce dernier, — j ose le rabaisser, — ce dernier n'est comique que par le son des mots, mais celui que j'offre au lecteur, outre le son qui n'est pas moins exquis, a, dans le sens, une profondeur vraiment incomparable ; sans parler de la merveilleuse personnification que l'on fait ici de I'ex quoi !
3LTis qui saura le bien comprendre ? Qui pourra croire que I'en quoi de la différence, cet en quoi même, est I'en quoi de l'identité?
tr LA CRITIQUE. 61
Cette métaphysique se traduit en littératuie par des phrases comme celles-ci, déjà citées : « Au « fond, et à le bien prendre, personne ne se con- « tredit jamais. L'accusation de contradiction « n'est qu'une manière de déguiser l'ignorance de « celui qui l'intente...
« Faut-il le dire? je crois médiocrement aux « vérités toutes faites .. L'univers n'est que le « flux éternel des choses. Et il en est du beau, « du vrai, du bien, comme du reste. Ils ne « sont pas, ils se font : une vérité, pour rester « vraie, a besoin d'être constamment renouvelée... « d'être complétée par ses contraires... Fixez-la, M elle vous échappe, et vous ne tenez plus qu'un « mensonge. »
C'est pour cela que les penseurs qui sont dans cet état mental flétrissent de la qualification à' orthodoxe quiconque admet une vérité. Pour eux, les catholiques sont orthodoxes, les protestants sont orthodoxes, et les déistes sont orthodoxes, parce qu'ils admettent des vérités déterminées. '
Ils oublient de flétrir les géomètres, qui, à ce
compte, sont les plus orthodoxes des hommes. Par tout ce qui précède, j'ai démontré ceci : Il y a des Sophistes, je parle de Sophistes proprement dits, qui nient en théorie et en pratique l'axiome premier de la raison. Il y a, dis-je, aujourd'hui parmi nous, des Sophistes proprement dits. Il n'y en avait pas au dix-huitième fiècle, ni au dix- septième, ni au seizième, ni au moyen âge, ni dans aucun des siècles précédents, snion au siècle d'Aristote et de Platon. Ces deux princes de la philosophie ont détruit cette monstruosité accidentelle de l'esprit humain, qui, de nouveau, essaye d'exister aujourd'hui, et qui sera détruite le jour où l'œil de l'attention se fixera sur elle.