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ne semble pas donnée à tous les hommes (oiXk oùSè Totç àv8cw77oiç TTaai). Je demande vsi saint Thomas d'Aquin lui-même est sur ce point plus décisif.
Je dis donc que tous les anciens ont vu , tous les observateurs désintéressés déclarent qu'il n'y a pas dans tous les hommes, mais qu'il peut y avoir dans l'homme une vie plus haute que sa vie propre, et que cette vie est celle de Dieu dans l'homme. Ceci, d'ailleurs, rentre dans l'antique idée, l'universelle idée d'inspiration , de religion et de révélation. Je le répète, c'est un fait expérimental.
Chose étrange ! Aristote parle ici comme Maine de Biran, qui ne se doutait certes pas que le résumé des travaux et des crises intellectuelles de toute sa noble vie philosophique, se pourrait exprimer par des propositions textuelles d' Aristote. Nous ne cessons, dans tous nos écrits ou discours, de citer cet admirable résumé de l'expérience du grand observateur de l'âme que notre siècle ne comprend pas encore. Nous le citons ici pour la troisième fois, et nous le citerons toujours.
«C'est vainement, dit Maine de Biran, que cha- « que système de métaphysique prétend déduire
ET LA SCIENCE DE DIEU
« d'un seul principe la science vraied'un être mixte, « qui touche, d'un côté, à la nature animale.... « pendant qu'il touche , de l'autre, à la nature c( divine... dont il est le reflet ou l'image, dont
« il reçoit l'influence ou l'esprit >> Parla « il
« peut atteindre un monde supérieur de réalités « invisibles, qui ne se manifeste qu'à un sens « sublime, à celui de la religion ou de la foi et « de l'amour.
(c 11 est temps de développer ces différentes vies « ou faces de notre humanité.
« Je formerai trois divisions de la science de « l'homme, telle que je la conçois. Cette notion a de l'homme est compliquée, puisqu'elle renferme « tous les modes passifs et actifs de notre exis- « tence, tous les produits divers des forces vivan « tes qui la constituent.
a rCes forces vivantes ou ces vies que l'expé « rience intérieure apprend à distinguer, et qu(^ « le sens intime ne permet pas de confondre, sont « TROIS ET NON PAS UNE SEULE, quoiqu'il n'y ait « logiquement qu'un homme, et psychologique- « ment qu'un moi unique. Je ferai en conséquence « trois divisions de cet ouvrage :
(( La première comprendra les phénomènes de « la VIE ANIMALE quc je ne distingue point de
(c celle qu'on a distinguée de nos jours sous le « nom de vie organique.
V La deuxième renfermera les faits relatifs à la a VIE PROPRE DE l'homme, sujet seutaut et pente sant, soumis aux passions de la vie animale, et a en même temps libre d'agir par sa propre force « et en vertu de cette force morale, moi, qui se « connaît et connaît les autres choses, exerce di- « verses opérations intellectuelles, qui ont leur « principe commun dans la conscience du moi, a ou dans la force active qui le constitue.
a La troisième division, la plus importante de « toutes, est celle que la philosophie a cru jus- « qu'à présent devoir abandonner aux spécula- « tions du mysticisme, quoiqu'elle vienne aussi tf se résoudre en faits d'observation,... Cette di- « vision comprendra les faits ou les modes et « actes de cette vie spirituelle ' dont les carac-
* Le mot vie sjnntueUe n'estons clair. L'auteur, évidemment, veut dire ici vie de l'esprit de Dieu, ou vie divine. Il prend le mot esprit dans le sens mystique où il est pris dans tout le Nouveau-Testament, notamment en saint Paul (l Tiiessal., v, 23) : Integer spiritus rester, anima, et corpus, où il distingue : la vie corporelle, la vie propre de l'âme humaine, et la vie de l'esprit de Dieu. Ce sont les trois degrés de la vie distingués par saint Jean, lorsqu'il dit: Quiexvoluntate carnis, qui ex voluntate viRi, qui ex deo na(i sunt. ÏNlais Aristote lui-même ne prend-il pas le mot %cû; daus le sens où le prend ici Maine de Biran, lors-
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« tères se trouvent si visiblement empreints, pour « qui sait les voir, dans le premier, le plus beau, « le plus divin, le seul divin des livres de phic( losophie , dans le code des chrétiens , dans « dans toutes les paroles de Jésus-Christ telles (c qu'elles nous ont été conservées dans les Evan- « giles ^ »
Je ne cesserai de répéter et d'inculquer que ceci est la plus belle page de psychologie, la plus importante qui ait été écrite en notre siècle.
De cette page bien comprise, partira très-certainement le prochain grand mouvement de la philosophie. On résumera d'abord, — et n'est-ce point déjà fait? — le grand cycle complet de la philosophie occidentale qui s'étend entre ces deux pages identiques d' Aristote et de Maine de Biran, et d'un autre coté depuis (iorgias jusqu'à Hegel. On fera la séparation décisive des sophistes et des philosophes : on distinguera les ténèbres de la lumière. Puis on exploitera, pour la première fois,
que, parlant de cette vie meilleure, supérieure à la vie de ITiomme, il la décrit comme étant la vie de Vesprit, puis se demande ce qu'est Vesprit et s'il n'est pas le divin lui-même, eire Geïûv ov )cat aOr^', supposition à laqutllc il s'arrêtc à la fin du chapitre? {Morale à Nicoma que, \i\reX, cliap. vu.)
' Maine de Biran, Œuvres inédites, par M. Eraest Naville, t. III, p. 3r>5.
cette partie la plus importante de la science, ce couronnement de la philosophie que Ton flétrissait juscpi'ici du nom de mysticisme^ quoiqu'elle repose sur le plus important des fui (s (Cobscivatioii^ sur cette surnaturelle action de Dieu dans l'homme que l'Evangile nous fait connaître, et que Jésus- Christ nous apporte.
Il est donc vrai que le genre humain a l'expérience du surnaturel; que l'exclusion de cette immense région de l'expérience humaine est une mutilation mortelle des bases de la philosophie, et que le prochain grand mouvement philosophique et scientifique reposera sur l'analyse de tous les grands objets de l'expérience humaine, lesquels sont : la nature, l'homme et Dieu.
Telle est l'essence du surnaturel. H v a, ou il peut y avoir, la vie de Dieu dans l'homme, comme il y a la vie de la matière dans l'homme. La science, dans l'homme, trouve l'animal, la plante, les métaux, toute la nature inférieure à l'homme. La science complète de l'âme saurait aussi qu'on peut trouver, dans l'homme pleinement vivant.
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la nature supérieure à la nature de l'homme, c'est-àdire Dieu.
Dieu alors produit par l'homme, ou, si l'on veut, l'homme produit par Dieu des fruits surnaturels, qui d'ordinaire sont des vertus, des lumières, d'insensibles et perpétuelles vivifications et régénérations de l'àme, de l'esprit et du corps, de la vie scientifique et sociale. C'est par l'homme et par sa prière, et par sa liberté, que se produisent d'ordinaire ou toujours les actes surnaturels, selon l'axiome théologique : Actus supernatundes libère Jicri et huma no modo. Mais ces actçs sont parfois éclatants, prodigieux, c'est ce qu'on appelle des miracles. H y a des miracles, il y en eut dans tous les temps, et il y en a de nos jours. Il m'a été donné d'en vérifier plusieurs, dont je suis tout aussi certain que de tout autre fait bien constaté. Je les ai vérifiés à la lumière de la physique, de la physiologie, de la science comparée, et surtout à la lumière de l'attention, et à la lumière d'une logique qui dépasse de beaucoup, en sévérité, ce que peut soupçonner l'esprit inattentif du plus grand nombre des lettrés. Et je n'ai d'ailleurs arrêté ma conviction, du moins sur l'un de ces faits, que d'accord avec plusieurs savants spéciaux, et même célèbres, beaucoup plus compétents que moi.
Mais pourquoi, s'il y a des miracles aujourd'iuii même, peut-on croire et soutenir tantôt que le miracle est impossible, et tantôt que jamais il n'y en a eu? Comment les miracles réels n'éclatent-ils pas à tous les yeux, comme un éclair d'un bout à l'autre de l'horizon? Le voici. C'est que, d'iui coté, ils ne causent aux croyants, surtout au peuple, aucune surprise On ne pousse aucun cri. On n'y va même pas voir. On fait comme saint Louis appelé à la vérification d'un miracle. « Inutile d'y aller, dit il; j'y crois d'avance. » Mainte fois j'ai éprouvé moi-même ce sentiment, et n'ai pas pris la peine de vérifier des faits qui semblaient, en effet, miraculeux. Je dois même dire qu'il y a parmi nous, au sujet des miracles, une sorte de discipline du secret. Mimcida qiioqne ne impudentias jdctcntur, dit un concile des Gaules.
D'un autre côté, jamais ceux qui n'ont point en eux la vie surnaturelle iie pourront croire à aucun fait surnaturel. « Les morts ressuscite- « raient, dit l'Evangile, qu'ils ne croiraient (c point'. » L'esprit ne peut en aucune sorte admettre ce dont il n'a en lui aucun germe d'expérience interne. Le miracle frappant les yeux de ceux qui sont constitués en état d'incrédulité, et
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qui veulent y rester, ne peut pas plus leur donner la foi, qu'on ne peut donner la parole à l'animal, en lui adressant la parole. Soyons sincères : qu'il y ait douze résurrections de morts bien réelles, l'année prochaine, en France, ne prévoyez vous pas que la plupart des esprits constitués en incrédulité n'en seront nullement émus? Ou bien ils refuseront de constater les faits; ou s'ils les constatent comme réels , ils concluront ceci : « Voilà un nouveau mode d'action des forces c( de la nature ou de la volonté de l'homme. )i Les athées n'iront pas à Dieu pour cela. Animalis homo non perce pi t ea quœ suiit spiritus Dei, dit saint Paul (1 Cor. ii, i4), non potest intelligere, Ni l'homme renfermé tout entier dans la vie physiologiciue, à peine vernie par la faculté de parler; ni l'homme pensant, et renfermé dans la faculté ratiocinati'ice isolée, ne peuvent rien admettre de ce qui est de la vie et de l'esprit de Dieu. Il faut l'union réelle et personnelle à Dieu, pour concevoir les choses de Dieu. Or il y a malheureusement, entre les hommes, ces trois radicales distinctions, établies, maintenues par la liberté de chacun : L'on est et l'on veut être, soit ex voluntate car/lis, soit cxvoluntale vin\ soit ex Dco.
Neque si quisex morluisresurrexerit, credent. Luc, xvi, 13.
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Laissez-moi vous le dire, amis ou adversaires : Voici la grande question du temps présent et de tous les temps. Le nombre des hommes qui veulent être de Dieu, qui portent dans leur âme l'expérience de Dieu, qui s'efforcent de soumettre leur vie à la vie même de Dieu, ce nombre aiigmentera-t-il ou diminuera-t-il ? Le nombre des hommes complets, qui ont pris Dieu pour Père, et qui ne vivent pas seulement et du sang et des nerfs, ni seulement de la propre pensée et de la propre volonté de l'homme, mais de Dieu même, et qui ont ainsi l'expérience de Dieu et de sa vie surnaturelle, ce nombre des hommes de véritable bonne volonté, ce nombre, beaucoup trop faible, va t-il, oui ou non, s'augmenter?
Veuillez comprendre que la grande })laie du genre humain, c'est qu'il y a, parmi les hommes, dans l'ordre moral et intellectuel, plusieurs races ennemies. Nous ne sommes point une espèce simple comme les lions, les tigres, les aigles, animaux toujours identiques. Dans l'unité de la nature humaine, la liberté nous divise en espèces, espèces
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morales et intellectuelles, qui se haïssent, s'oppriment, se dépouillent, s'égorgent, et travaillent à se détruire. L'étonnant phénomène de l'absolue contradiction des vérités partielles qui se détruisent entre elles dans la bouche de leurs défenseurs ; le lamentable phénomène de la guerre, et l'épouvantable spectacle de l'extermination d'un peuple, sans parler du cannibalisme proprement dit, cette révélation de l'enfer ; puis la misère, l'ignorance, le vice, les haines sans fin, l'abrutissement d'une grande partie de notre espèce, voilà les fruits de ces cruelles variétés libres, qui brisent sans cesse l'unité dans le sein de la famille humaine, l'unité, la paix fraternelle, et les incalculables forces de Tunion. Et ces cruelles diversités, comprenez-le, ne constituent en aucune sorte la richesse des développements de la liberté, mais ce sont, au con traires, des arrêts de développement par abus de la liberté. Il y a des races d'âmes qui s'arrêtent au premier degré de la vie, et puis quelquefois s'y enferment avec mépris et haine pour tout ce qui est différent. De même pour le second degré. Là surtout se développe la haine ardente de tout ce qui est plus haut, et la lutte acharnée contre la race des enfants de Dieu. Et c'est pourquoi le fils de Dieu aété mis à mort. Et c'est pourquoi il a du
dire : « Quel est le prophète que vous n ayez perséeuté ' ^ » Et c'est pourquoi il a du annoncer ceci à la ]'ace nouvelle, dont il est le Père : « Les hommes a vous mettront à mort \ w Le caractère des enfants de Dieu, et c'est à cela qu'on les peut reconnaître, est de ne pas haïr, mais d'aimer; de ne point égorger, mais de se laisser égorger. Dans le langage théologique, on nomme orgueil la dureté et la ténacité d'une âme dans son arrêt de développement. L'âme ainsi arrêtée, qui refuse la vie supérieure, est appelée par Jésus-Christ fille de l'obstacle et de l'esprit mauvais. Fille de celui, dit l'Evangile, qui est homicide des le comme?!cernent '-^ , qui est menteur^ père du mcnsonqe , parce qu'il ment en énonçant son propre fond, en s'énonçant lui-même : ex propriis loquitur. L'âme arrêtée dans l'égoïsme des appétits, trompe et ment, par cela seul qu'elle exprime ce qui est en elle. L'âme arrêtée et enfermée dans l'égoïsme de l'esprit, trompe et ment, lorsqu'elle énonce son propre fond comme étant tout. C'est de la substance de sa vie que chacun compose sa doctrine. L'enfant de Dieu qui porte en
» Quem prophetarum riou sunt persecuti? Act. vu, 52. ' Et morte alficicnt ex vobis. Luc, xxi, IG. ^ Joan., vur, 44.
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lui la vie entière de l'homme, unie à celle deDieu, celui-là fait connaître la vérité, quand il dit ce qui est en lui.
L'esprit mauvais, l'esprit d'arrêt dans l'égoïsme, est bien en effet l'homicide dès le commencement. C'est lui qui scinde les âmes à la racine, qui les divise ainsi en espèces mutilées, et qui par là divise les hommes en races ennemies, neutralisant ainsi les immenses forces du genre humain uni à Dieu. L'esprit de Dieu vient briser ces limites mauvaises et ces arrêts dans ré«:oïsme, en nous donnant la liberté, la liberté des enfants de Dieu , c'est-à-dire l'étendue et la dilatation de cœurs qui n'ont d'autre volonté que celle de Dieu. L'esprit d'amour vient ramener les hommes à l'unité en nous complétant tous.
Mais il y a les âmes arrêtées par autrui, mutilées sans leur faute. Et il y a les âmes arrêtées par leur faute, qui se complaisent dans la mutilation, et qui repoussent l'esprit de Dieu intervenant pour les guérir.
Les premiers sont ce que l'Evangile nomme les pauvres^ et il annonce la bonne nouvelle aux pauvres, et leur apprend qu'on vient pour les guérir.
Les autres sont les juifs endurcis, pharisiens,
scribes, hérodiens et sadduccéens, qui mettent à mort le Christ.
Or cette vie des enfants de Dieu, dont les hommes doivent renaître, pour avoir l'étendue entière et tous les rameaux de la vie , c'est là ce qu'on appelle la régénération. La régénération, la palingénésie universelle, était certainement attendue par l'ensemble du genre humain. Les hommes espéraient l'homme nouveau, l'homme divin, libérateur et régénérateur ; un homme qui vînt nous délivrer en nous régénérant. Ils attendaient l'incarnation de Dieu.
L'incarnation de Dieu, rêvée, conçue et attendue par tous les peuples comme principe de salut, de renaissance, comme délivrance du mal et delà mort; l'incarnation de Dieu, qui est le dogme sur lequel repose la civilisation chrétienne et tout le monde nouveau, ce dogme fondamental est-il un rêve, une illusion, une abstraction, ou bien une vérité et une réahté ? Lequel ? rêve , illusion? abstraction idéale? vérité et réalité ?
Nous posons de nouveau la question en ces termes :
Après toute la critique de tous les siècles, et des deux derniers siècles, surtout du nôtre, que reste-t-il — je ne dis pas dans la foi des
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masses, mais dans la science la phis avancée — que reste-t-il du Christ, du fds unique de Dieu, Dieu incarné ?
Nous allons essayer de le dire dans la dernière partie do cet ouvrage.