‹ Les sophistes et la critique [microform]Chapitre 26 sur 45 · XII · texte numérisé non relu

XII

en germe sur notre terre. Jésus-Christ est lui-même ce principe et ce germe, avec ceux qui lui sont unis. Il le sait, et le dit. « Le royaume de Dieu est, dès à présent, au milieu de vous ^ » Il voit le sang que ses martyrs devront verser pour développer le royaume de Dieu. Il voit le sang qu'il répandra lui-même, et il ne cesse de l'annoncer. 11 voit le triomphe, et il voit la résurrection dans tous les sens du mot. Il sait que ses disciples enseigneront toutes les nations. Il annonce que le royaume de Dieu grandira par phases : tige, herbe verte et puis épi\ Conservez ce germe, dit-il, et puis vous connaîtrez la vérité, et puis la vérité vous rendra libres ^.

Telles seront, en effet, les grandes phases de toute la civiHsation du globe.

Et il voit venir l'unité dont il est le principe et l'auteur, et qui doit tout gagner : Fict luium ovile et anus Pastor 4. Pourquoi toutes les tentatives d'unité dans le passé ont-elles dû échouer? Elles étaient faites par des voleurs ou par des mercenaires^ pour dévorer les hommes, écrasés sous une fausse unité. Ces maîtres-là, les âmes ne les connaissaient pas. Les âmes libres et raisonnables,

' Luc, XI, 20. — » Marc, iv, 28. — 3 Joan., vin, 32. '* Joan., X, 16.

ET LA SCIENCE DU CHRIST

n'écoutent qu'une voix, celle du pasteur unique, qui entre par la conscience, et non par aucune autre porte. Celui-là n'écrase aucune âme, car il les connaît toutes, et les aime une à une, et appelle chacune par son nom. Vocat eus nominatini^l Essentiel caractère de l'unité divine et vraie, dans laquelle chaque personne subsiste, est et vit en son propre nom.

Et son immense esprit que ne borne ni le temps, ni le lieu, n'est pas même enchaîné sur le globe. Quant à moi, je ne doute pas un seul instant du sens de ces mots étonnants, que l'homme ne peut comprendre que de nos jours, depuis que Dieu a suscité les vrais contemplateurs du ciel physique : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père. » In domo palris meirnansiones multœ sunt ^. Oui, il y a d'autres mondes et d'autres groupes d'esprits intolhgents et libres. Alias oves haùeo et illas me oportet adducere 3. Et ce sont aussi mes brebis, et il faut que je les amène aussi. Et puis je vais vousprépaper le lieu. Fado para re vobis locum 4. Le Christ veut-il parler des grandes transformations cosmiques où mènent la vie et la mort des mondes? En tout cas il annonce la

* Joan., X, 3. — ^ Joann. xiv, 2. — ^ Joann. x, 16.

* Joann. xi v, 2.

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suprême unité, et la réunion éternelle de tous les esprits qui aiment Dieu : v Mon père, je veux que là ce où je serai, tous ceux que vous m'avez donnés y « soient aussi ; » Pater, quos dedisti rnihi, volo ut uhi sum ego et illisint meciun ' . Ces quelques traits, et d'autres, indiquent en Jésus-Christ l'intuition de l'univers entier, comme il a celle de tous les temps.

Quoi qu'il en soit de ce dernier point, et nous bornant à ce qu'il annonce pour cette terre, il est bien manifeste que ces choses qu'il a dites , c'est lui, lui seul, qui, depuis sa venue, les opère et les développe dans le monde. Je supplie tous les amis de la vérité de méditer ces faits dans le recueillement. Ce ne sont pas des mots, ce sont des faits certains et permanents, qu'il faut peser et comparer. Comparez, dis-je, les textes évangéliques qui sont là sous vos yeux, comparez-les avec les grands caractères de l'histoire depuis le Christ. Méditez vous-même cet ensemble, et voyez de vos propres yeux. Je le dis à l'honneur des nobles cœurs et des profonds esprits qui, en Allemagne, depuis vingt ans surtout, méditent la science de Jésus-Christ : Ils ouvrent à la pensée une

* Joann. xvn, 24.

voie nouvelle de méditation et de contemplation d'une merveilleuse beauté, d'une admirable fécondité, science comparée de la vraie religion et du fond réel de l'histoire.

Et c'est là ce qui est sorti, comme vraie critique et comme vraie science, de la critique négative effrénée qui paraissait devoir tout renverser. C'est là l'état présent de la pensée savante, après les plus extrêmes efforts des négations à fond, et des contradictions de part en part et en tous sens. Comme le disent nos frères d'Allemagne : ce Jésus, à la lumière croissante de l'histoire mécc ditée, Jésus se trouve toujours plus grand, tou- « jours plus beau qu'on n'avait pu le soupçonner.» Voilà le dernier état de la science!

Mais n'anticipons point. Nous méditions la beauté de l'esprit humain du Sauveur, et son enseignement, à la fois divin et humain.

Voici encore deux traits de cette suprême beauté : sa véracité absolue ! Il serait, certes, inconvenant de mentionner la véracité du Seigneur, si ce mot voulait dire abstention de mensonge. On ne comprend même pas que, pour Jésus-Christ, il

soit question de ne pas mentir. Mentir ! cela est d'un tout autre monde intellectuel, d'un monde radicalement contraire à celui que le Christ habite et qu'habitent ses disciples. Je le demande à tout disciple de Jésus-Christ. Je m'interroge moi-même. Si, pour arriver à mon but, qui est de convertir le monde entier à la justice et à la vérité, il fallait (hypothèse absurde) introduire dans ce que j'écris aujourd'hui, par exemple, une citation fausse, comme la belle citation latine de Cicéron qu'inventa et improvisa le cardinal de Retz; si j'étais assuré de tout vaincre par ce petit mensonge, que le monde ne dût jamais connaître, certainement je ne le ferais pas. L'on me menacerait de l'écroulement du monde, je ne le pourrais pas. Pourquoi? Parce qu'il y a là une sorte d'impossibilité métaphysique, de lâche et sacrilège absurdité, devant laquelle je mourrais de dégoût avant d'ouvrir la bouche. Introduire un mensonge pour fonder le royaume de Dieu! Conception satanique et bête ! JSumquld indiget Deus mendacio vestro , ut pro eo loqiiamini dolos ? « Dieu a-t-il donc besoin que vous mentiez pour « lui? » dit le livre de Job. (xiii, 7.)

Mais quand je parle de l'absolue véracité du Christ, j'entends celle dont il donne la loi en ces

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teimes : « Que votre parole soit ainsi : cela est ou vt CELA n'est pas. Ce qui est de plus vient du <c mal. » Aviez- vous compris ce précepte? Il est donc mal d'ajouter quelque chose à la simple assertion du vrai? Oui, dans le sens qu'a en vue le maître. Oui, la parole doit dire, trait pour trait, ce qui est, ce qu'on voit, ce qu'on touche. Ce que l'on dit de plus est certainement mauvais, car c'est parler à vide ; c'est donner la parole au néant. Ah ! faux témoins de la parole, malheureux écrivains , que faites- vous, vous qui osez écrire sans voir, sans toucher, sans qu'aucun être soit sous vos paroles ? Vous êtes donc les enfants du mal, les inspirés du vide, envoyés par le père du mensonge !

Lui, voit les choses qui sont, et il dit : « cela « est. » Rien de plus. C'est pourquoi son immense doctrine, qui gouverne le monde et le gouvernera jusqu'à la fin, constitue le plus petit des livres. Tous ses discours tiennent en dix pages.

Poursuivons l'analyse des trois rayons de sa beauté. Nous venons d'étudier sa lumière. Sondons sa force et son courage. Nous oserons ensuite nous approcher du feu de son amour.

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