PREMIÈRE VARIÉTÉ
Le Paresse ai.
Un garçon d'hôtel. — Monsieur, il est huit heures.
Moi. — Merci. Avez -vous été frapper chez mon ami, à côté?
Le garçon. — Oui , monsieur, mais ce mon sieur ne m'a pas répondu.
Moi. — Il fallait entrer.
Le garçon. — Ce monsieur s'était enfermé.
Moi. — C'est bon ; je me charge de le faire lever. [Allant à une porte,) Pan ! pan I Ouvre , c'est moi ; ouvre donc ! Je t'avertis que j'enfonce la porte.
Le PARESSEUX, ouvrant^ en chemise, — Qu'est-ce qu'il y a? le feu à Yalbergo f
Moi. — Il y a qu'il est huit heures, et que nous avons à peine le temps de tout visiter.
Lk paresseux , se replongeant vivement dans
son Ht. — Huit heures! jamais de la viel impossible 1 tu yeux dire six heures.
Moi. — Regarde ! ( Tirant les rideaux de la fenêtre.) Un soleil magnifique.
Le Paresseux, ramenant la couverture sur son nez. — Veux tu finir? Tu m'aveugles 1 Tu m'enfonces un fer rouge dans les yeux I Cache ça I Dérobe-moi ce disque !
Moi. — Tu vas te lever, j'espère?
Le paresseux. — Je suis malade.
Moi. — Je la connais.
Le paresseux. — Parole d'honneur ! j'ai passé une nuit atroce ; ces lits d^hôtellerie sont ignobles. Ton malheureux ami est entièrement tatoué par les punaises.
Moi. — Raison de plus pour te lever.
Le paresseux. — J'ai lu très- tard.
Moi. — Quoi ? qu'as-tu lu ? Il n'y a pas de livre ici.
Le paresseux. — Laisse- moi dormir encore pendant deux heures , je t*en prie.
Moi. — Voilà ton pantalon.
Le paresseux. — Il n'est pas brossé. (Swjo-
pliant,) Une heure au moins, rien qu'une
heure i
Moi. — Ah çà t es-tu venu en Italie pour dorai
mir ? Voyons, un peci d'énergie« Le grand air te remettra.
Le paresseux. — Le grai^d ayr est mon ennemi.
Moi. — Hais, malh^iieux , la ne tiaos donc pas à voir le Dôme !
Le paresseux. — Oh! le Dôme est bien surfait... Et puis , j'achèterai le livre de Tliéophile Gautier.
Moi. — Lâche 1 Énervé! Couard 1
Le paresseux. — Écoute : va tout seul voir le Dôme, et reviens me prendre pottr déjeuner. Je te promets d'être debout, je te le jure !
Moi. — Non , tu me sauras gré plus tard de t'avoir arraché à ce sommeil honteux. ( Une lutte s* engage. )
ÏI