‹ Les soupers de la maréchale de LuxembourgChapitre 20 sur 28 · LA DUCHESSE DE LAUZUN · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE LAUZUN

Puisque maman le demande ? il faut bien que j'y consente.

Le couplet est sur Pair du Prévôt des marchands.

(Il chante.)

« La fureur du duc de Biron

» Est celle d'un petit Néron ;

» Tous ses gens disent qu'il les roue ,

» Et l'on saura par mes couplets

» Que sa belle-fille a la joue

» Toujours rouge de ses soufflets *. »

Tenez, il vient de la souffleter dam l'instant; voyez comme ses joues sont rouges.

* Madame de Lauzun ne mettait jamais de rouge ; elle avait d'éclatantes couleurs naturelles ; elle rougissait très- 'souvent, et ses joues seules rougissaient. Elle fut la personne du monde a laquelle la modestie donna le plus de charme.

DE LA MARÉCHALE DE LUXEMBOURG. 37i

LA BARONNE DU B****

Pauvre victime ! ( On rit. )

LE PRÉSIDENT

Il nous revient encore deux couplets.

LE CHEVALIER

Voici d'abord celui du père *.

(Il chante sur l'air du Prévôt des marchands.)

« Voyez le père , comme il vit,

» Comme il boit, comme il se nourrit >

» Comme il fait tout ce qu'il doit faire.

» Rendons hommage aux cheveux blancs ,

» Et convenons qu'auprès du père,

» Nous ne sommes que des enfans. »

Pour ne pas vous faire languir, voici tout de suite celui du comte de Guines :

Air de Joconde.

« Personne avec notre Auteur ** » Pour la grâce ne lutte.

¥ On appelait ainsi dans la société M. d'Étréhan.

** Le comte, despuis duc de Guines, jouait supérieurement de la flûte. Vendelingue, le plus grand artiste en ce genre de ce temps, convenait qu'ils étaient d'égale force. Le comte de Guines eut la fantaisie de jouer un soir avec lui dans un concert public j ils jouèrent a deux reprises, faisant alternativement la première et la seconde flûte , et avec un succès exactement semblable. i

» Son ton est encore plus flatteur » Que les sons de sa flûte.

» Partout, de plus d'une façon, » Ce beau Auteur sait plaire.

» Voila, si j'étais Vaucanson, » Comme j'en voudrais faire *'. »

LA BARONNE DU B

Quelqu'habile que l'on puisse être , on ne fera jamais ressembler un automate à monsieur de Guines.

Ah ça ! vous m'avez tous promis hier au soir et ce matin, de revenir ici à ma jolie petite lecture mercredi prochain.

* Vaucanson était le plus fameux mécanicien de cette époque. Ses deux pièces de mécanique les plus célèbres étaient son canard et son Auteur : le canard mangeait et digérait j le Auteur jouait avec ses doigts sur une flûte percée, et c'était l'air passant par les trous qui faisait les tons et les demi-tons. Cependant , malgré ce talent supérieur, Vaucanson fut reçu très-froidement a l'académie des sciences. Il s'en plaignit en particulier a M. de Buffon : « Us m'ont reçu de même, répondit M. de Buffon , et cela vient de ce que ni vous ni moi ne sommes de grands géomètres; ils ne font cas que de la géométrie. — Que ne me ledisaient-ils, repartit Vaucanson, je leur aurais fait un géomètre. »

On tient cette anecdote de M. de Buffon lui-même.

DE LA MARÉCHALE DE LUXEMBOURG. 575 TOUS, à la fois.

Et nous tiendrons parole.

LE CHEVALIER

Il s'agit de la lecture d'une nouvelle de la composition de monsieur de *** ?

Oui ; je n'en ai rien entendu , mais j'en connais le sujet , ou pour mieux dire les sujets, qui ont beaucoup d'intérêt et d'originalité.

LE PRÉSIDENT

-Comment les sujets?

Oui; ce sont trois événemens fort extraordinaires que l'auteur a réunis ensemble ? et dont il a formé une nouvelle.

LA BARONNE DU B****

Un fond vrai ajoute toujours beaucoup à l'intérêt. Jamais un héros d'invention n'en peut valoir un que l'histoire nous force d'admirer ; un fait singulier et bien avéré frappe beaucoup plus l'imagination qu'un fait inventé du même genre.

l'abbé.

J'aimerais mieux une nouvelle bien faite qu'un joli roman.

LE CHEVALIER

D'abord, la nouvelle a l'avantage d'être beaucoup plus courte.

l'abbé.

Sérieusement parlant , une nouvelle marche au but ; si elle en a un moral , cela seul est un grand bien; elle instruit mieux, elle applique moins , elle exclut nécessairement tous les verbiages ; que d'avantages réunis et surtout dans une lecture qui est toujours un peu frivole.

LE PRESIDENT

Il est vrai qu'il est bien ridicule de s'appliquer profondément en lisant un roman, ou même un poëme.

l'abbé.

Il le faut bien pourtant , pour s'en rappeler; les nombreux personnages, les lieux, les incidens, les détails, etc. Dans une nouvelle, on ne profane point ainsi l'application ; ce genre demande particulièrement ce qui cons-

titue l'art de bien écrire, la clarté, le naturel, la précision sans sécheresse.

Je ne vous promets pas que monsieur *** remplisse toutes ces conditions , mais j'espère que du moins il ne nous ennuira pas.

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