FIN DU ONZSEME SOUPER
D OUZIÈME SOUPER.
Les mêmes , à l'exception du prince et de l'évêque , madame la baronne du B****", M. Donézan.
LA BARONNE DU b****.
Est-il vrai qu'on ait chanté au dernier souper de madame ia maréchale nos couplets de Montmorency?
Comme vous n'étiez pas là, madame, on n'a chanté que le vôtre, et ceux de madame de BoufHers et du baron deBuzçnval, qui ont obtenu un applaudissement universel et sans cabale y car ils le méritaient.
LE CHEVALIER
A l'exception de celui du baron
LA COMTESSE
Modestie d auteur, puisque ces deux couplets sont de lui.
Une pointe, un jeu de mots, ne méritent pas un applaudissement universel.
LE PRÉSIDENT
Pûen n'est plus joli clans un couplet tourné gaîment
M. DE DONÉZAN .
Il est certain du moins que ces petites licences dans le genre gracieux ^t badin ne sont pas des défauts.
* Frère de M. le comte d'Husson, et l'un des plus aimables personnages de ce temps, par l'agrément de son ton, de ses manières et de son esprit , et par la parfaite sûreté' de son caractère. Il avait une grande gaîté^ une manière piquante et laconique de conter qui n'appartenait qu'a lui; et avec cette dangereuse tournure d'esprit, beaucoup de finesse, et une observation a laquelle rien n'échappait. Il n'a de sa vie poussé une plaisanterie trop loin, ni fait une indiscrétion ou l'apparence d'une tracasserie. On l'aimait presque a la première vue; on était plus aimable avec lui qu'avec tout autre, parce qu'on était plus naturel, et que sa seule physionomie, son regard, le son de sa voix, écartaient toute idée de dissimulation. J'ai même vu des personnes très-affectées cesser tout a coup de l'être en sa présence. Il jouait des proverbes et la comédie avec une perfection rare, et sans copier aucun acteur, entre autres le Barbier de Séville ,• ce qui fit faire
LA MARQUISE DE ****
Chevalier, dites -nous clone votre couplet pour monsieur de Meun.
LE CHEVALIER. 11 chante.
« N'êtes-vous pas cet Alexandre
» Du mont Ida, m Qui, pour Vénus, en juge tendre,
» Se décida?
» En pareil cas , vous êtes l'homme
» Fait pour juger, » Et l'on aurait avec la pomme
» Pris le berger. »
( Tout le monde applaudit. ) LA BARONNE DU b****.
Moi, je demande le couplet de monsieur Donézan.
au chevalier de Boufflers le joli couplet qu'on va lire. La comtesse d'Husson, sa belle-sœur, était une Hollandaise qui n'était plus de la première jeunesse, mais qui avait encore de la beauté lorsqu'elle vint en France. Comme elle était grosse, grasse, et quelle avait du naturel, tout le monde s'accordait a dire qu'elle était une bonne femme. Cependant on citait d'elle un grand nombre de mots malicieux. M. Donézan prétendait que, faute de savoir bien le français, elle en disait beaucoup innocemment, aimant mieux donner un tour malin, et faire une équivoque épigrammatique d'un mot mal pro nonce, que de convenir qu'elle avait mal parlé. Quoi qu'il en soit, elle était aimable et piquante. Son mari, le comte d'Husson, était un homme de mérite généralement estimé. Les deux frères vivaient dans la plus tendre union.
M. DONÉZAN.
Ah! madame.... Il me siérait mal de faire le modeste ; dans ce cas, la véritable modestie appartient à l'auteur du couplet.
Je vais la vaincre; écoutez donc en vous rappelant notre inimitable Barbier de Séville»
( Il chante sur l'air de Joconde.)
« En tout temps on se servira
» Du barbier de Séville ; » Jamais l'âge ne le rendra
» Moins leste , moins habile.
» En fait de grâce , de talens ,
» De gaîté, de finesse, » Il ferait a quatre-vingts ans
» La barbe a la jeunesse. »
(On applaudit encore.) LA MARÉCHALE.
Comme il ne faut pas abuser de la com^ plaisance du chevalier, nous ne lui demanderons plus qu'un couplet : celui du duc de Gontaut *.
* Ou de Biron. Il était père du duc de Lauzun, mari de madame de Lauzun , petite-fille de madame la maréchale»
LE CHEVALIER
Dans le genre tragique; mais je ne puis le chanter sans la permission Je sa belle -fille j madame la duchesse de Lauzun.