‹ Les sources d'eau viveChapitre 1 sur 21 · L. POULIN · texte numérisé non relu

L. POULIN

« J'approcherai mes lèvres de ton << oreille et je te dirai avec une in- « tensité si ardente le nom de Dieu, « qu'il ne sera jamais effacé de ta « pensée et que, jusqu'à la dernière « heure de ta Tie, ce nom sacré « restera dans ton âme, scellé par « un baiser de ta mère. •

[La mère de Lincoln).

Credidi, propter quod locutus sum....

Ego servus tuus et filius ancillx tus.

Ps. cxv, 10.)

ÉVÊCHÉ Cahors, le 25 mars 1917,

DE en la fête de l'Annonciation

CAHORS de la sainte Vierge.

Monsieur le Curé,

Votre nouveau volume Les Sources dtau vive va rejoindre ses nombreux aînés, sur le champ de bataille de Vapostolat. Comme ses prédécesseurs, si favorablement accueillis par le public catholique et par vos confrères, il continuerai et prolongera le ministère de votre prédication si appréciée.

Il porte bien sa date, et p^r les sujets médités, et par les développements tirés de V époque tragique où il a été écrit, et par le retour à Dieu, si subit, de Celle dont l'absence vous a laissé inconsolé.

Les enseignements donnés par votre âme de pasteur me paraissent bien porter cette triple et poignante signature.

Les (( Sources d'eau vive » que vous offrez aux âmes altérées de foi, d'espérance surruaturcUe et de vaillante résignation, ont jailli de votre propre cœur sous la pression de votre zèle pastoral si averti et si constant, sous la pression de l'angoisse patriotique qui fait de vous, au milieu de votre peuple, un semeur inlassable et éloquent d'énergie et de confiance françaises, et sous le coup de la doukur hu-

maine, la plus grande qui puisse atteindre un cœur de prêtre, un cœur de fils.

C'est pour cela, sans doute, que votre parole ne jut jamais, peut-être, plus élevée, plus prenante, plus surnaturelle à la fois et plus humaine.

C'est toujours la vieille loi de fécondité par la douleur : Les arbres aux sèves parfumées ne distillent leurs gemmes d'or que sous la déchirure du couteau. Votre lecteur fera avec grand fruit les pèlerinages sanctificateurs que vous lui marquez. Marie, refuge des pécheurs, ouvrira à l'âme le Chemin de la Croix, et le trésor des grâces qui découlent de la Rédemption.

C'est quand le cœur saigne qu'il se penche avec plus de compréhension et plus de délicatesse sur les douleurs filiales, sur les douleurs fraternelles.

Les épreuves nous amènent auprès de la croix; et là, entre la Mère des Douleurs et le Christ expirant par amour pour nous, dans ce silence qui semble sans pensée, tant elle s'absorbe avec le Dolent divin et sa Mère, l'âme trouve le calme et la paix. Car elle aime, et, selon le mot de Fénelon, « l'amour caché au fond de l'âme prie sans relâche ». Cette prière de contemplation et d'union laisse apparaître déjà quelque chose de cette joie dont l'apôtre déclarait surabonder au milieu de ses tribulations.

De cette joie résignée, naissent le courage et la surnaturelle activité.

C'est vers ce résultat que votre livre acheminera ses lecteurs. Votre doctrine les pénétrera d'autant mieux que la foi, à travers les douleurs et les larmes — hélas! pain amer de tant de vies à cette heure! — leur aura montré dans la vie sans déclin ceux qui

les y ont devancés par la voie héroïque du sacrijice patriotique.

Nous pouvons espérer qu'ils sont morts dans le Seigneur, ceux qui, au dire du Sauveur, ont donné la grande preuve de la charité : elle consiste à mourir pour ceux qu'on aim^l Quelle consolation} quelle espérance et quelle paix pour ceux qui survivent! J'ajoute qu'il semble, cher Monsieur le Curé, que le P. Faber a pensé à vous quand il a écrit : « Heureux par-dessus tout les morts à qui Marie a fermé les yeux. )) Notre-Dame de la Compassion était au chevet de la mère. Elle n'oubliera pas le fils.

J'écris au fil de la plume les impressions de paix et de courage que me suggèrent vos belles pages. J'en ai admiré la doctrine sûre, le style limpide et attachant et l'enseignement pieux et traditionnel.

Me pe?'mettez-vous d'ajouter que vos discours à vos paroissiens, vraies paroles de chef et de père, portent, et très heureusement, la marque de vos sollicitudes pastorales, et des procédés ingénieux de votre zèle toujours en éveil?

C'est, en effet, la vie paroissiale qui transparaît dans ces pages avec ses traditions particulières, les allusions aux réunions liturgiques, aux décorations de votre belle église, aux processions qui vont se dérouler, etc.. Votre parole, éloquente en ses puissantes envolées, en est plus vivante et plus familiale. Elle garde pour le lecteur quelque chose de cette actualité, de cette chaleur oratoire, hélas! trop absentes de tant de discours imprimés, et qui est comme la flamme, à peine refroidie, de la parole parlée.

Vos auditeurs retrouveront leurs chères et réconfortantes émotions; et vos lecteurs lointains, devi-

nant quelque chose de cette vie oratoire, auront un plus grand désir d'entendre votre parole éloquente et apostolique.

Je vous remercie de m'avoir fourni la joie et Védification de lire ces pages. Elles sont destinées à faire beaucoup de bien aux âmes qui viendront se désaltérer a aux Sources du Sauveur ».

Veuillez agréer, cher Monsieur le Curé, mes sentiments de religieux respect in X^°.

f PlERRE-CÉLESTIN,

Evêque de Cahors.

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