PREFACE
Ce livre voudrait faire un peu de bien à tant d'âmes, que les douloureuses et sanglantes réalités de l'heure présente oppressent, tourmentent, angois-l sent; à tant de cœurs altérés d'idéal et de justice qui^ cherchent une source pour y tremper leurs lèvres brûlantes; qui voudraient boire à longs traits Veaul limpide et fraîche de la vérité et du saint amour.
Comme Eliézer, après une marche accablante, sous un soleil de feu, après tant de vains tâtonnements pour trouver la route, tant de malheureuses expériences, elles se trouvent près du puits, attendant qu'une main bienveillante et amie les aide à se désaltérer à pleine amphore.
Comm-e les Hébreux, que Ict soif tenaille, elles reA (gardent Moïse, armé de la pw.ssance divine, prêt à\ frapper le rocher dur et aride et à en faire jaillir lej flot sacré.
Comme Agar au désert qui voyait avec une terreur inexprimable son enfant dévoré de soif sur le point de succomber, elles appellent un. ange de Dieu
ià leur secours pour leur apporter à elles et aux âmes dont elles ont la charge, la parole de salut. I La parole de salut, le verbe qui apaise, l'eau qui jdésaltère et qui calme toutes les angoisses, l'onde jtrès claire, très pure et transparente comme un crisl tal, tout cela c'est l'Evangile.
/^Vn seul, un seul peut à jamais étancher la soif I des âmes sincères que le désir de la vérité tourmente. I C'est le Maître qui a dit : « Si quelqu'un a soif, [qu'il vienne à moi et qu'il boive. »
Notre-Seigneur disait à la Samaritaine : « Si oous connaissiez le don de Dieu, et qui est celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, vous-même vous lui en auriez fait la demande et il vous aurait donné de l'eau. »
(( Seigneur, lui dit la femme, vous n'avez rien pour puiser et le puits est profond : d'où auriez-vous donc cette eau vive? Etes-vous plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et en a bu luimême, ainsi que ses fils et ses troupeaux? »
Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de Veau que je lui donnerai, n'aura plus jamais soif; au contraire Veau que je lui donnerai, deviendra en lui une source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle. »
La femme lui dit : a Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n'aie plus soif (i). »
Ainsi se réalisait pour elle la parole d'Isaïe : <f Celui qui a pitié d'eux sera leur guide et il les conduira aux eaux jaillissantes (2). »
fi) jEAH, ir, w-n.
(2) ISAiE, XLiv, vers. 10.
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Cette eau salutaire de la doctrine cvangélique, l'Eglise catholique est seule à en conserver le précieux trésor; seule elle a été constituée la gardienne des sources sacrées. Qui veut se tenir à l'écart des ruisseaux empoisonnés, des eaux pernicieuses, doit veiller à ne s'attacher qu'à la pure doctrine de ceuxlà à qui le Maître a dit : « Allez, enseignez toutes les nations. Qui vous écoute m'écoute et qui vous méprise, me méprise. »
Mais l'eau du pardon et de la vérité que la pauvre Samaritaine a enfin trouvée, elle n'en garde pas le secret pour elle seule; elle le révèle à ses compatriotes et elle les conduit vers Jésus.
Ainsi, non seulement les altérés de justice et de vérité boiront de cette eau, mais à leur tour, ils pourront abreuver d'autres âmes, car « des fleuves d'eau vive jailliront de leur poitrine ».
Ils auront la vertu de corriger l'amertume des eaux troublées; ils appelleront la pluie rafraîchissante et fécondante « et les nuées pleuvront le Juste )).
Beaucoup de ceux qui hier encore, étaient uniquement assoiffés de plaisirs coupables, enivrés, enfiévrés de voluptés, ne goûteront désormais que les eaux vives de la grâce.
Comme le cerf altéré soupire après Veau des fontaines, ils viendront vers la source unique, trop longtemps ignorée ou trop longtemps oubliée. C'est à eux qu'il est dît : a Vous puiserez les eaux avec joie aux fontaines de votre Sauveur. »
Ces fontaines du Sauveur, ne sont-ce pas d'abord les eaux du baptême où nous avons été lavés, régénérés?
N'est-ce pas ce bain salutaire de la pénitence où le pécheur peut retrouver la vie?
y'est-ce pas cette grâce divine qui sans cesse féconde et purifie nos cœurs? N'est-ce pas cette doctrine évangélique que l'Eglise nous transmet fidèlement et qui seule peut communiquer la vérité, la volonté d'agir pour Dieu, la paix et l'amour?
Ceux qui, ayant « faim et soif de justice », ont une fois découvert cette fontaine de vie, ne souffrent plus de la soif et sont à jamais dégoûtés des eaux saumâtres et fangeuses. Comme ces malades que la source de Lourdes a rendus à la santé, ils chantent le Magnificat de la reconnaissance et de la foi.
0 grand Altéré du Calvaire, vous qui, pour V amour de nous, avez voulu souffrir les affres de la soif et qui n'avez reçu pour votre soulagement que le fiel et le vinaigre, nous vous en supplions, par vos fowments, par votre angoisse, par votre lamentable (1 sitio », Seigneur, donnez-nous cette eau pure de votre parole et de votre grâce! Calmez Vardeur de nos instincts mauvais, apaisez la fièvre de nos passions. Donnez-nous la nausée de tout ce qui n'est pas vous, votre doctrine et votre volonté sainte. Puissions-nous ne plus jamais délaisser pour les citernes maudites la fontaine de viel
Et puissions-nous surtout, parvenus tous un jour à la terre des vivants, boire et savourer à longs traits, dans la coupe éternelle les eaux limpides de la Justice absolue et définitive, de la Vérité, de la seule vraie Bêatilude.