CHAPITRE XVII
LA 3IERE CHRETIENNE
Honorem habehîs matris tuœ omnibus diehiis vitœ tuœ.
Vous honorerez votre mère tous les jours de votre vie.
(TOBIE, iv).
Une des sources les plus pures des joies du cœur est au foyer familial. C'est la mère, la mère chrétienne qui la fait jaillir, abondante et fraîche.
(( Parmi les tendresses de la terre, écrit Mgr Dupanloup, il n'en est point qui ait quelque chose de vénérable et de céleste comme l'amour maternel. Je le dis sans hésitation : c'est ici-bas le plus pur amour. Il a quelque chose de si profond, de si divin; il découle si sensiblement du cœur de Dieu même et des entrailles de son infinie bonté, qu'on peut dire sans exagération que
le cœur des mères est le plus bel ouvrage de ses mains (i). »
Aimons à nous arrêter quelque temps sur cette suave et consolante figure de la mère chrétienne. Envisageons, aux pieds de la très sainte Vierge, ce modèle accompli des mères :
1° La grandeur et la dignité de la maternité chrétienne;
2^ Les responsabilités dune mère.
Oui, c'est un rôle bien grand dans l'Eglise du Christ que celui de la mère. Elle est chargée par la Providence d'ouvrir à l'enfant les portes de la vie, les portes de la pensée, les portes de la vertu ^ les portes du ciel.
Les portes de la vie. — Etre mère! Rêve chaste-
(i) De là vient que les Saintes Ecritures oni un si mag:nifique langage lorsqu'elles nous représentent les gloires de la dignité maternelle, et cet admirable ministère de bonté, de sagesse, de conseil et de persuasion, de douceur et de grâce, que la femme chrétienne rem;plit au sein de la famille humaine.
Et tant de biens, cette faible femme les puise sans effort dans les simples inspirations de l'amour maternel, dans les trésors de ce cœur que Dieu lui a fait à part, et c'est de là qu'elle les répand à flots inépuisables sur tout ce qui l'entoure.
(Mgr DuPANLoip. Traité de l'éducation, t. III, liv. n.)
ment caressé par l'innocente jeune fille! Qu'elle est loin de tous les misérables calculs de l'égoïsme! Elle sait que le Seigneur ne lui permet la douceur de l'amour conjugal qu'en vue de ce fruit béni. Elle connaît la malédiction qui pèse à jamais sur les foyers qu'un honteux égoïsme rend volontairement stériles. Elle comprend que la Patrie attend de chaque foyer des citoyens, des soutiens, des défenseurs (2). Elle croit que 1 é-
(2) Il est incontestable que la îamille est en péril. Elle est atteinte. Elle ne se défend plus. Elle ne répare plus ses pertes, puisque, d'année en année, la natalité chez nous est en déficit. Il naît moins de Français quïl n'en meurt. Il nous faut plus de cercueils que de berceaux ! Symptôme indéniable de décadence : la race dépérit; la France se dépeuple; elle se suicide!
Les avertissements, certes, n'ont pas manqué, les nôtres d'abord; prêtres et évêques, nous tous qui avons mission d'enseigner, qui avons charge d'âmes, nous protestons depuis longtemps, nous luttons contre ces débordements qui violent la loi de Dieu, qui profanent le mariage et ruinent les mœurs chrétiennes; les philosophes et les moralistes, tous les hommes soucieux de l'ordre social ont parlé; mais personne ne voulait entendre, parce que ceux qui avaient intérêt à» ne pas entendre faisaient la sourde oreille, et que ceux qui auraient dû agir avaient les mains liées.
Aujourd'hui, c'est tout le monde qui pousse le cri d'alarme; c'est l'opinion publique qui enfin s'émeut, parce que la guerre, tout à coup, a donné à ce fléau national l'allure et les proportions d'une catastrophe où la France a failli sombrer.
Nous n'aurions pas vu ce que nous avons vu, ni souffert ce que nous souffrons, s'il y avait eu en France autant de Français qu'il y avait d'Allemands, en Allemagne. Or. cela devrait être, car les deux pays ont à peu
pouse chrétienne ne peut faire son salut que per generationem jiliomni, en donnant le jour à des enfants. Parce qu'elle saisit tout cela, elle entre dans le mariage avec gravité et recueillement.
près la mênie importance territoriale; et, au milieu du siècle dernier, les populations s'équilibraient, en notre faveur : 35.3oo.ooo chez eux, contre 35.5oo.ooo nous.
Mais, alors que l'Allemagne atteignait déjà 60 millions en 1905 et montait à 65 en 191 1, à 68 en 1918, la France, en 1900, n'arrivait qu'à 89 millions et ne s'y maintenait que péniblement en 191 1, pour décroître depuis.
Or, les effectifs des armées sont en proportion du nombre des habitants.
Si l'on compare, dans les deux pays, le nomî)re des jeunes gens de 12 à 17 ans, la France ne peut en aligner que 1.820.000, en face de 4-6oo.ooo en Allemagne.
Le même écart se retrouverait donc aux armées, dans l'hypothèse d'une nouvelle guerre. (Chiffres donnés par M. G. Blondel dans sa conférence : a La guerre et le problème de la population. »)
Tandis que la moyenne de la natalité allemande est de 3i x>ar i.ooo habitants, la nôtre est tombée à 18; en Côte-d'Or, à i4.
En 191 1, les Allemands accusent im surcroît de 789.000 naissances sur les décès, i>endant que nous enregistrons un déficit qui descend presque à 35. 000 (34.869); ce qui fait à leur profit, pour cette seule année, une avance de 774.000 habitants : toute une armée.
Pour cette même année, l'excédent des naissances a été : en Russie, de 2.i3o.ooo; en Autriche, de 570.000: en Italie, de 460.000; en Angleterre, de 4io.ooo, pendant que la France était en déficit de 84.869 !
Des statistiques récentes signalent, pour 1914, dans la population civile et seulement pour les départements non envahis, un excédent de 08.827 décès, et pour 191 5, de 117.118.
La mort chez nous a eu le dessus dans 64 départements, et le nôtre est de ceux-là. La Côte-d'Or serait
Elle s'y est préparée par la prière. Elle en prévoit, pour les accomplir avec générosité, toutes les obliagations. C'est là, pour elle, non le contrat qu'un caprice passager peut passer pour le rompre ensuite, mais un a sacrement » de la loi nouvelle que le Christ a voulu « grand » et dont l'Eglise maintient la sainteté et la grandeur, sacramentum hoc magnum est in Christo et in Ecclesia.
La jeune femme, dans cet espoir, dans ce légitime orgueil, réfugie toutes ses délicatesses. Et lorsque cette création, ce mystère s'est accompli,
donc un de ces rameaux qui se dessèchent et par où la vie s'en va !
Les régions qui se défendent encore sont celles que la libre pensée, le socialisme, l'indifférence religieuse ont le moins entamées, où la foi s'est le mieux conservée. Dans tous les pays, on remarque que le fléchissement de la natalité suit la même courbe que l'irréligion.
Il nous en coûte de faire ces aveux, N. T. C. F., mais il est des vérités qui doivent être dites, pour que l'on sache et pour que les yeux s'ouvrent; car il est temps d'en finir : les âmes se perdent et la France s'épuise.
A quoi nous servirait la victoire de nos armées, si nous devions nous résigner ensuite à mourir d'épuisement î
A la veille de la Révolution, la France était au premier rang, pour la natalité, parmi les nations d'Europe : elle est tombée à l 'avant-dernier.
La guerre n'auraif-elle donc été que le suprême et magnifique sursaut d'un peuple à son déclin!
(Mandement de Mgr VEvêque de Dijon. Carême 191 7.)
quelle joie! La vue de cet enfant qui lui doit la vie a changé en joies inexprimables ses douleurs oubliées. Là, vers ce blanc berceau est toujours son œil vigilant, son oreille attentive; là toutes ses tendresses; là tout son cœur, parce que là est tout son trésor. Là aussi le théâtre de ses luttes contre le mal, contre la mort qui menace et dont elle triomphe souvent.
Il n'est pourtant pas toujours très beau, aux premiers jours de son existence, ce petit être, mais elle lui prodigue caresses et baisers qui, ce lui semble, le rendront bientôt blanc et rose, une charmante fleur de l'humanité.
Mais il grandit; ses yeux brillent, ses cheveux blonds lui font une auréole, ses petites mains potelées se tendent vers vous, ô mère! ses pieds mignons s'agitent impatiemment pour marcher. Qu'il est beau alors l'enfant! Quel ange! Quelle jouissance pour la mère, mais aussi quelle grandeur! Car la maternité, c'est la participation à la puissance créatrice. C'est une manière d'immortalité. Dans cet enfant, la mère ne retrouve-telle pas sa chair et son sang, sa ressemblance, son portrait animé, sa vie enfin?
Penchée sur ce petit être, la mère le couve de sa chaude et délicieuse tendresse. Elle le soigne avec amour, elle le nourrit d'un sein inépuisable et généreux, elle veille sur lui avec une prudence inlassable, elle le défend avec un dévouement de tous les instants, parfois sublime, hé-
roïque, prête à donner sa vie cent fois pour lui. s'il était nécessaire (i).
On sait les beaux vers que Victor Hngo a con sacrés au souvenir de sa mère :
...Je vous dirai peut-être quelque jour
Quel lait pur, que de soins, que de vœux, que d amour
Prodigués pour ma vie, en naissant condamnée,
M'ont fait deux fois le fils de ma mère obstinée.
Oh! l'amour d'une mère! Amour que nul n'oublie.
Pain merveilleux que Dieu partage et multiplie !
Table toujours servie au paternel foyer;
Chacun en a sa part et tous l'ont tout entier (2).
Mais personne n'a su analyser mieux que nôtregrand Bossuet, et avec plus de vérité et de force^
(i) Et la grand 'mère !
La grand 'mère, c'est le soir doux et calme. L'enfant, c'est le matin. Aurore et crépuscule où s'entendent des bruissements d'ailes et des appels d'oiseaux. L'enfant vient d'instinct vers cette figure ridée peut-être, mais si attrayante, vers ces yeux si bons, toujours disposés à l'indulgence; il se jette volontiers dans ces bras toujours ouverts pour le recevoir. Les boucles blondes se mêlent aux fils argentés dans une même caresse.
La grand 'mère est seule bien souvent, car sa fille aimée, son fils chéri sont allés sous un autre toit fonder un nouveau foyer; elle est seule avec son crucifix. son \\\Te d'heures et ses souvenirs.
Ses petits-enfants, on les lui prête quelquefois. Que de liens entre ces deux extrémités de la vie! L'enfant, c'est le printemps avec ses chauds soleils, ses fleurs, sa verdure. La grand 'mère c'est l'automne avec ses fruits d'expérience et de sérénité. Entre la grand 'mère et l'en-
(2) Victor Hugo. Les Feuilles d'automne.
les liens mystérieux de la vie qui unissent la mère à l'enfant :
(( On ne peut assez admirer les moyens dont la nature se sert pour unir les mères avec leurs enfants, car c'est le but auquel elle vise, et elle tâche de n'en faire qu'une même chose; il est aisé de le remarquer dans l'ordre de ses ouvrages. Et n'est-ce pas pour cette raison que le premier soin de la nature estji 'attacher les enfants au sein de leur mère? Elle veut que leur nourriture et leur vie passent par les mêmes canaux; ils courent ensemble les mêmes périls; ce n'est qu'une même personne. Voilà une liaison bien étroite; mais pourrait-on se persuader que les enfants, en venant au monde, rompent le nœud de cette union : ne le croyez pas. Nulle force ne peut diviser ce que la nature a si bien lié. Sa conduite sage et prévoyante y a pourvu par d'autres moyens. Quand cette première union finit, elle en fait naître une autre en sa place; elle forme d'autres liens, qui sont ceux de l'amour et de la tendresse. La mère porte ses enfants d'une autre façon, et ils ne sont pas plutôt sortis de ses entrailles qu'ils commencent à tenir beaucoup plus
fant, c'est souvent la communauté de vouloir, la fusion, la douce union des cœurs.
Les petits en abusent bien un peu; mais c'est grand' maman !
Allons! qu'ils s'aiment et autant s'il est possible que sainte Anne aimait Jésus et que Jésus aimait sainte Anne.
au cœur. Telle est la conduite de la nature, ou plutôt de Celui qui la gouverne. Voilà l'adresse dont elle se sert pour unir les mères avec leurs enfants, et empêcher qu'elles ne s'en détachent. L'âme les reprend par l'affection en même temps que le corps les quitte; rien ne peut les arracher du cœur, la liaison est toujours si ferme qu'aussitôt que les enfants sont agités, les entrailles des mères sont encore émues, et elles sentent tous leurs mouvements d'une manière si vive et si pénétrante qu'à peine leur permet-elle de s'apercevoir que leur sein en soit déchargé. )>
Les portes de la pensée. — Mais l'enfant n'est pas seulement cette petite masse, à la vie purement végétative. Derrière ce visage, il y a une âme intelligente. Cette âme, la mère la cherche, la surveille, la guette. Un jour, elle pointe dans un sourire, dans un regard plus expressif, et qui semhle dire : « Je te connais bien, va! » et. dans ce premier mot, mal dit, mais toujours entendu avec délices : Maman (i)!
(i) Il est un mot d'enfant tout simple mais si beau Que son parfum demeure en nous jusqu'au tombeau. Dès que le nouveau-né veut exprimer qu'il aime, Qu'il vit, qu'il est heureux, il le trouve lui-même, Le dit et le redit, le gazouille sans fin. C'est un mot tout mouillé de tendresse et de faim. Nul ne peut l'oublier : l'aïeul qui. malgré l'âge. L'entend chanter en lui voit comme en un mirage, Tout au fond de son cœur, usé de souvenir, Le passé radieux lentement revenir.
Et voici que peu à peu s'éveille la pensée, comme le papillon sort de la chrysalide. Puis c'est le lent et doux apprentissage des mots; la mère devient la première et patiente (et combien heureuse!) institutrice de l'enfant. Il les apprend de sa bouche et les bégaye avec des erreurs charmantes, des reprises.
Bientôt ce seront les questions : car l'enfant a besoin de saA-oir, à mesure que se développe son intelligence; c'est à la mère de répondre prudemment à ses interrogations quelquefois embarrassantes dans leur naïveté; et l'enfant est toujours satisfait, car sa mère pour lui ne trompe
Maman! ce mot se dit ainsi qu'une prière! Maman! c'est le premier regard plein de lumière Qui se glisse en notre âme et prépare nos yeux A supporter Tazur éblouissant des cieux. C'est le sourire éclos parmi le matin rose. Maman! c'est le baiser éperdu qui se pose, Tout vibrant de douleur encor, mais triomphant. Pour la première fois sur le front de l'enfant, Sur ce front nu, veiné, ce creuset d'espérance. Qui contient tout entier déjà le ciel immense.
Le soldat, cet enfant que grandit le devoir. En tombant sur le champ de bataille le crie Comme s'il contenait à lui seul la patrie; Le criminel qui pleure au fond de sa prison Et se sent à jamais perdu, sans horizon, -Sans soutien, puisque tout ici-bas l'abandonne, Sait encor murmurer ce saint mot qui pardonne,. Qui console, malgré les hommes et la loi Comme s'il contenait en lui-même la foi.
Théophile Giards
pas. Plus tard, un fils pourra dire peut-être : Ma mère s'est trompée; dira-t-il jamais : Ma mère m'a trompé? Si sa plume retrace des choses élevées, des sentiments délicats, des pensées vraies, ne devra-t-il pas un jour, avec Brizeux, en faire hommage au souvenir d'une mère?
Ce livre est plein de toi...
Si ton doigt y souligne un mot frais, un mot tendre, De ta bouche en riant^ enfant, j'ai dû l'entendre.
Les portes de la vertu. — Mai? en même temps qu'apparaissent dans l'enfant les premières lueurs de l'intelligence, commence pour la mère la tâche si noble et si nécessaire de l'éducation. Les premiers linéaments du caractère se dessinent. 11 faut modeler ce petit cœur, orienter et redresser cette volonté naissante; de cet être si frêle, il faut faire a un homme ». C'est comme un autre enfantement plus long et parfois non moins douloureux. Une femm.e supérieure fut presque toujours penchée sur le berceau des grands hommes. Les âmes des héros se sont formées au contact de ces âmes de femmes qui les ont pétries et inspirées. L'âme de l'enfant n'est pas seulement une page blanche sur laquelle il faut écrire, c'est un airain dans lequel il faut graver.
Oui, graver! graver le mépris du mal, l'horreur du mensonge, le sentiment du devoir, le sens de toutes les délicatesses, le goût et l'amour de l'idéal, le culte de l'honneur, l'habitude aus-
tère et généreuse de la vertu, la soif de Dieu. Souvenez-vous de Blanche de Castille, disant à son fils : « Je vous aime bien, mon fils, mais je préférerais vous voir mort plutôt que coupable d'un seul péché mortel. »
Lorsque l'héroïque roi de Pologne, Jean Sobieski, monta à cheval pour courir au secours (le Vienne assiégée par les Turcs, la reine son épouse le regarda en pleurant, et en embrassant le plus jeune de ses fils. « Pourquoi pleurez-vous. Madame.^ » lui dit le héros. — « Je pleure, répond cette mère, de ce que cet enfant n'est pas encore en état de vous suivre avec les autres. »
(f C'est aux larmes, aux tendres sollicitudes d'une mère chrétienne, écrit îe P. Marchai, que saint Basile dut son salut, saint Chrysostome la plus pure étincelle de son génie, saint Louis sa sainteté si forte et si naïve. Ce sont les mères qui ont formé cette race sublime et tendre des martyrs, mélange de l'agneau et du lion. Ce sont les mères qui ont créé cette génération des croisés, apôtres-soldats qui, comme Bayard, faisaient un crucifix du pommeau de leur épée. Ce sont les mères qui ont produit ce peuple de chevaliers qui s'en allaient guerroyer pour l'honneur de Dieu et de Notre-Dame, et qui surent embellir l'amour terrestre par je ne sais quel ravissant mélange de céleste pureté. »
(( Complices aimées du divin amour, dans l'œuvre de notre salut, ce sont les mères qui peu-
plent le ciel, malgré les orages des passions et les épreuves de la liberté. »
Ge sont les mères qui font passer, avec leur sang et leur lait, dans l'âme des enfants, le noble amour de la patrie, qui attisent et avivent, sur le trépied des cœurs, la flamme ardente de l'héroïsme. Elles font les gens de cœur et les braves; elles maintiennent le cult^ de l'honneur, elles exaltent la passion du sacrifice : que dis-je? Quand Dieu ou la Patrie l'exigent, elles offrent elles-mêmes l'holocauste de leur enfant.
(( Le soldat qui meurt pour son pays, écrit le P. Coubé, n'est pas le seul à lui offrir un sacrifice. Sa mère a le sien, elle aussi, et combien douloureux!
(( Cet enfant, elle l'a tant aimé! Elle a veillé sur lui avec tant de sollicitude jour et nuit! Elle était si heureuse, si fière de le voir grandir en force et en beauté! C'était son chef-d'œuvre. Elle y avait sculpté les traits de son âme.
« Et tout à coup, voici la balle, voici l'obus, voici la mort. Cette vie triomphale se réduit à un pauvre corps meurtri ou à quelques membres épars.
(( La mère meurt dans son fils et plus douloureusement que lui. Lui, souvent, ne souffre pas, la mort est instantanée. Si elle ne l'est pas, 1 agonie dure quelques heures, la maladie quelques jours ou quelques semaines. Et alors l'épreuve est finie. C'est le grand repos de la tombe pour
le corps, c'est le grand repos du ciel pour l'âme, il faut l'espérer.
« L'enfant ne meurt qu'une fois. La mère meurt chaque fois qu'elle pense à son cher disparu et elle y pense toujours. Et elle traîne souvent pendant des années la lourde chaîne de sa douleur inconsolée.
(' Le mot de doideur est inséparable du nom de mère. Mater dolorosa. Femme, tu enfanteras dans la douleur : in dolore paries. Ah! ce n'est pas seulement près du berceau oii vagit ton nouveau-né que tu vérifies cette parole; c'est plus encore près de la tombe où descend ton cher mourant. Car là aussi tu enfantes, tu donnes un fils à l'éternité, mais au prix de quelle douleur! Ce n'est pas la douleur marmoréenne de Niobé. Ton cœur n'est pas changé en marbre : il est de chair et il saigne infiniment. Ce n'est pas non plus la douleur de Rachel, car tu écoutes les voix d 'en-haut qui te disent de te résigner et d'espérer. C'est plutôt la douleur de Marie debout au pied de la Croix, qui unit son sacrifice à celui de son Fils et pour les mêmes causes. Jésus et Marie souffraient pour Dieu et pour l'humanité. Ton fils et toi vous souffrez pour Dieu et pour la patrie.
(( Les larmes des mères et le sang des fils offerts à Dieu et surtout offerts en union avec le sacrifice du Calvaire, voilà la sublime rançon qui assure les bénédictions du ciel sur un peuple. )>
Les portes du ciel. — C'est que les mères ne peuvent s'acquitter de cette grande et lourde tâche de former ces héros parfaits qui sont les héros chrétiens, qu'en appuyant leur faiblesse sur la grâce de Dieu et en inculquant de bonne heure à Tenfant les principes de la foi, la connaissance du Seigneur et du christianisme et le respect de la loi divine.
Dans les anciens âges, on faisait plus rarement le catéchisme dans les paroisses. La mère était le premier catéchiste, le premier éducateur religieux de ses enfants, avec des secrets de pénétration et d'influence que nul ne pouvait atteindre au même degré. Aujourd'hui encore, sur l'autel sacré de ses genoux, l'enfant, joignant les mains, forme sa première prière.
C'est la mère qui, avant toute autre bouche, apprend à l'enfant d'où il vient, où il va, quel est l'auteur de tout ce qu'il voit. Ce beau soleil, ce grand océan, la petite fleur, sa mère aimante, son père dévoué, ce sont des voix qui sous des nom.s divers disent une même chose : Dieu.
Et le nom de ce Dieu est Jésus, le petit Jésus de la Crèche et le f^rand Jésus de la Croix.
Et la mère raconte ses bienfaits : son Incarnation, ses miracles, sa mort sur la croix pour expier les péchés. Elle enseigne les devoirs d'amour, d'adoration, d'obéissance; elle montre le ciel et l'enfer, et l'enfant tourné vers sa mère, comme la fleur vers le soleil pour en recevoir les
rayons, docilement aime, croit, adore, obéit. Vous êtes donc, ô mères, vous êtes donc deux fois l'image de Dieu; c'est un sacerdoce qu'il vous a conféré; remplissez cette tâche avec amour e* pour sa plus grande gloire.
TT
Les responsabilités de la mère.
n est deux graves leçons qu'une mère chrétienne doit enseigner de bonne heure à l'enfant : le devoir envers Dieu et la patience dans la souffrance. En même temps qu'on lui dévoile les choses de ce monde, il faut l'instruire des choses de l'éternité, le pénétrer d'amour pour la vérité et la vertu; puis, lorsqu'il grandit, former et fortifier sa conscience en même temps que se développe la culture de son esprit.
Mais ces enseignements on les doit inculquer plus encore par l'exemple que par la parole; car la démonstration par le fait est toujours mieux comprise et mieux retenue que la théorie.
0 mères, ayez assez de respect de votre dignité maternelle pour ne pas vous faire l'esclave de votre enfant; redressez, dès le premier âge, les inclinations mauvaises, corrigez ses défauts, dé-
ÔJl
veloppez en lui les senliments généreux, 1" honneur, la sincérité, le dévouement, faites-lui Lomprendre la loi du travail pour tous, enfin ne l'aimez pas pour vous, mais pour lui, faites-en un homme, un homme de devoir, servant Dieu et sa Patrie.
L'Ecriture dit : « Chassez par les verges de la discipline la folie qui s'attache au cœur de 1" enfant. « A flatter sans cesse son enfant, à s'en servir comme d'un jouet ou d'un objet de luxe, à exciter sa sensualité, à n'avoir qu'indulgence pour tous ses vices naissants, on en fait un païen.
Vous aurez à lutter de bonne heure contre les caprices de la jeune fille et les passions du jeune homme. L'âme de la jeune fille est une fleur délicate que le moindre souffle peut faner. Qu'elle ait une piété sincère, éclairée, qu'elle ait une angélique modestie. Habituez-la de bonne heure à une vie simple et régulière. Montrez-lui comment l'existence d'une femme mondaine, ne s 'occupant que de sa toilette et de ses plaisirs, est vide et s'efface sans laisser de traces.
Vous aurez aussi à lutter pour conserver la foi dans le cœur de votre fils : sa foi trop facilement compromise par les mauvaises lectures et les mauvaises compagnies. Formez-lui une bibliothèque choisie oii il apprendra l'amour de ce qui est grand, beau et saint. Surtout ne laissez pas traîner dans votre maison des livres, des feuilletons dangereux, des journaux remplis de faits
scandaleux, des brochures où la religion et la pureté sont plus ou moins attaquées.
Hélas! quelquefois il faut prendre des précautions et lutter contre l'influence funeste d'un mari incroyant ou même simplement négligent. Que le rôle de la mère est alors difficile à tenir! Le jeune homme indécis ne saura s'il doit suivre la tendresse de la mère ou l'exemple du père.
C'est alors qu'il faut prier et pleurer. Priez et pleurez, nouvelle Monique, pour que votre Augustin ne se perde pas ou revienne à la vérité. C'est dans la prière que la mère fortifie ses aptitudes au gouvernement de l' homme-enfant. Il y a dans les conseils d'une mère une sorte de grâce sacramentelle.
Priez donc, mères, priez beaucoup, la prière d'une mère fait des miracles.
Priez, vous aussi qui le serez bientôt. Priez, pour avoir la force de diriger cette âme, pour lui donner le bon exemple; priez, votre enfant va grandir et tentera de vous échapper. Priez, la force est là.
Le sentiment du devoir et l'habitude de consulter Dieu vous feront conduire de bonne heure vos enfants aux catéchismes de votre paroisse. Dès l'âge le plus tendre, dès l'âge de raison, vous les disposerez à recevoir leur Dieu dans l'Eucharistie. Vous ferez choix pour eux d'une école chrétienne et vous leur assurerez une parfaite éducation religieuse.
Quand vous les marierez, vous tiendrez moins de compte des questions d'intérêts, de naissance, d'amour-propre, que de la grande, de la nécessaire préoccupation de leur bonheur surnaturel et de leur salut.
Priez, quand vous marierez votre fille; priez, quand votre fils quittera votre foyer; priez, quand vous resterez seule avec vos souvenirs, seule avec vos morts.
Oh! la douleur d'une mère qui perd son enfant est inénarrable! Aussi n'a-t-on pas trouvé de nom pour la désigner. On dit d'un enfant qui a eu le malheur de perdre sa mxère : il est orphelin. On dit d'une femme qui a perdu son mari : Elle est veuve. Mais quel nom donner à la mère qui a vu mourir son enfant.^ Son nom ne s'exprime dans aucune langue. Pleurez, veuve de Naïm; Jésus vous le rendra un jour cet enfant si tendrement aimé.
Mais si quelque chose peut atténuer la douleur atroce d'une mère qui perd son enfant, c'est la conscience de l'avoir élevé pour Dieu et donn^ à Dieu.
C'est une mère qui, ayant perdu son fils dans cette terrible guerre, écrivait naguère :
<( Mon fils était un homme, dans toute la loyauté, l'intelligence, l'élévation morale que ce mot d'homme devrait toujours comporter. Son âme était profondément chrétienne, et je ne crois pas qu'il ait jamais déserté un devoir. Son foyer
était tout son empire; il a tout quitté pour son pays. Il a fait à ses hommes un bien incalculable, ramenant à Dieu les plus rebelles, leur rendant la confiance quand ils fléchissaient. Un tel héroïsme devait aller jusqu'à la mort, il le sentait comme je le sentais moi-même. Que la volonté de Dieu soit faite ! On vit de chagrin comme on Ait de pain, et ma douleur m'est chère, puisqu'elle me vient de cet enfant, qui était un trésor inestimable. Nous le pleurons, mais son courage nous porte (i). »
Mais la loi de la nature qui d'ordinaire suit son cours, c'est que les mères partent les premières et que leurs enfants leur survivent. Cette sépara-
(i) Cité par M. Camille Bellaigne dans sa conférence : Les Françaises et la guerre.
A rapprocher de ces belles paroles du Chanoine Collin :
« Mères de France, ne pleurez pas, ou plutôt pleurez plus doucement; ne laissez pas l'aigreur pénétrer votre cœur; ce qui vous a aimé, dans votre enfant, n'est plus la : quand même vous ne sauriez pas où ils ont mis son corps, son âme n'est plus là, son âme est là-haut; mères de nos soldats morts, ne regardez plus sur la terre, relevez votre front, tarissez peu à peu vos larmes, et voyez là-haut, là-haut, bien loin, derrière le firmament; votre enfant vous sourit, il vous répète qu'il est heureux, que son bonheur était le but de sa vie, que vous-mêmes devez être satisfaites, que vous avez magnifiquement accompli votre vocation, et qu'il faut désormais semer quelques sourires sur vos pleurs pour ne pas attrister la céleste joie de vos enfants nK>rts, qui ont reçu la plus sûre et la plus belle croix d'honneur, celle du cfel. »
tion ne se fait pas non plus sans un grand déchirement. Plus la mère a su se faire aimer, plus son action a été profonde et touchante sur rame des siens, plus l'accoutumance a mis de charme pénétrant dans ce cœur-à-cœur exquis de la famille, plus la séparation est cruelle.
L'enfant qui reste, un vieux fils quelquefois, demeure anéanti, comme frappé de la foudre, il semble qu'il ait été subitement amputé de sa mère. Il croit la voir encore, il l'attend malgré lui; ses paroles, ses gestes, son cher visage, et aussi les objets matériels eux-mêmes, les lieux où elle passait, les sièges qu'elle occupait de préférence, tout lui revient, dans les premiers temps surtout, avec une affreuse amertume.
Ozanam écrivait :
« Après ce coup de la mort, où dans l'excès de ma douleur, toute pensée de consolation me semblait impossible, injurieuse même à sa mémoire, d'autres jours sont venus et j'ai commencé à pressentir que je n'étais pas seul, et quelque; chose d'une douceur infinie s'est passé au fond de moi. C'était comme une assurance qu'on ne m'avait point quitté. C'est comme un voisinage bienfaisant, quoique invisible. C'était comme si une âme chérie, en passant, m'eût caressé de ses ailes. Et, de même qu'autrefois je reconnaissais les pas, la voix, le souffle de ma mère, ainsi quand un souffle réchauffant ranimait mes forces, quand une idée vertueuse se faisait en-
tendre à mon esprit, je ne pouvais m 'empêcher de croire que c'était toujours elle.
Aujourd'hui encore, j'éprouve toujours ceci. Il y a des instants de tressaillement subit, comme si elle était là, à mes côtés. Il y a surtout, lorsque j'en ai le plus besoin, des heures de maternel et filial entretien; et alors je pleure peut-être plus que dans les premiers mois, mais il se mêle à cette mélancolie une ineffable paix. Quand je suis bon, quand j'ai fait quelque chose pour les pauvres qu'elle a tant aimés; quand je suis en repos avec Dieu qu'elle a si bien servi, je vois qu'elle me sourit de loin. Quelquefois, si je prie, je crois écouter sa prière qui accompagne la mienne, comme nous faisions ensemble le soir au pied du crucifix.
Enfin souvent — je ne le dirais à personne, mais à toi je puis le dire — lorsque j'ai le bonheur de communier, lorsque le Sauveur vient me visiter, il me semble qu'elle le suit dans mon misérable cœur,, comme tant de fois elle le suivit, porté en Viatique, dans d'indigentes maisons. Et alors, j'ai la ferme croyance de la présence réelle de ma m.ère auprès de moi... »
Cette admirable lettre d'Ozanam se termine par l'entrevue de la gloire et du bonheur de cette pieuse mère :
(( Mais pour les mères est-il, ici-bas, une autre gloire que leurs enfants, un autre bonheur que le nôtre? Et le ciel même, qu'est-il pour elles, si
nous n'y sommes pas? Je suis donc très persuadé que nous les occupons encore,, qu'elles vivent pour nous, là comme ici. Qu'elles n'ont pas changé, sinon pour une plus grande puissance et un plus grand amour.
{Lettre d'Ozanani à un cuni cV enfance) .
Ainsi les mères mortes, et ce n'est pas ici le moindre aspect de leur sublime récompense, se survivent dans l'âme de leurs enfants et continuent de veiller sur ceux qu'elles ont tant aimés, avec la sollicitude d'un ange gardien (i). Leur
(i) J'ai conduit ma mère à sa dernière aemeure. Elle a été mise dans le caveau où l'attendait mon père. La foule s'est retirée. Je suis resté dans le cimetière, pensant à ce qui était fini, à jamais fini. 0 cœur d'une mère, ce chef-d'œuvre de Dieu! L'homme ne te connaît dans ta beauté divine que lorsque tu lui échappes, tu ne lui livres ton parfum qu'en te brisant.
Homme, mon frère, soit que tu la possèdes encore, soit que tu n'aies plus qu'à la pleurer; te rappelles-tu le jour oii t'apparut ta mère .^ Tu n'avais pas vu le ciel bleu et les fleurs, et les étoiles et l'éblouissant soleil, que tu avais déjà vu une femme. Elle était là penchée sur ton chevet, épiant le sourire sur tes lèvres et la vie dans ton souffle. Tu as grandi, tu t'es aventuré hors de ton berceau, tu as marché sur le sable, la même femme était toujours là, suivant tes petits pas, îout entière à toi comme si tu étais son univers.
Ses beaux cheveux, son orgueil d'autrefois, ont blanchi avant l'âge, de tous les soucis que tu lui as donnés. Tu lui as apporté plus de tourments que de joie, et cependant la joie surabondait toujours, puisque tu vivais ! Et toi, tu l'oubliais dans la tendresse qui t'enveloppait !
Tu la recevais comme on reçoit l'air, la lumière, les
souvenir a la suavité d'une caresse sur un front enfiévré; leurs prières, leurs larmes de jadis opèrent avec une eiiicacité secrète. Une tendre reconnaissance fait revivre sans cesse leur bienfaisante action. Qu'on se rappelle l'hommage rendu par saint Augustin à sa mère, sainte Monique, u C'est par le mérite de ma mère que Je possède la vie véritable )>; et ailleurs : (c Si je n'ai pa^ péri à jamais dans l'erreur, dans le mal, ce sont les larmes de ma mère, ses longues et fidèles larmes qui me l'ont obtenu (i).
Combien d'autres, après lui, peuvent et doivent répéter : (( Tout ce que je suis, je le dois à ma mère. » C'est ici surtout l'éternel honneur des mères chrétiennes. C'est à de telles mères que tant de missionnaires ardents, tant de saints prêtres ont dû, en tout ou en partie, leur voca-
rayons du jour... Tu avais x>assé, indifférent et distrait, de l'enfance à l'adolescence, de l'adolescence à la jeunesse, tout baigné dans cet amour d'une mère. C'est lentement que tes yeux se sont ouverts !
Pendant ce temps-là, elle avait vieilli, la chère et pauvre femme; elle se courbait sous la maladie et la fatigue. Elle était entrée dans les années dures, tristes, courtes. Tu la considérais avec un respect plus ému, tu lisais dans ses nobles traits, altérés par la souffrance, tout ce que tu lui avais coûté d'amour. Tu voulais lui refaire sa vie, ressusciter sa jeunesse avec ta tendresse. Illusions 1 Tu comptais sans la mort : l'homme perd sa mère quand il commence à l'aimer!
(H. DE Lacombe, Amour et Foi.)
(j) De BE.A.TA viTA (Préf). — De dono perseverantiœ, XX, 53.
tioîi et leur persévérant effort dans l'apostolat des âmes, dans le soulagement des pauvres, dans le saint zèle pour la gloire de Dieu.
Qu'il soit permis au plus humble, au plus petit des prêtres de reproduire ici les paroles de la mère la plus tendrement aimée, la plus douloureusement regrettée : « Mon enfant, il faut avant tout faire toujours son devoir, tout son devoir, strictemient, sans faiblesse. » Et dans une autre circonstance : <( Nous autres, pauvres créatures, si misérables, nous faisons trop souvent ce que nous voudrions éviter : nous retombons fréquemment dans les mêmes fautes, les mêmes oublis; mais le bon Dieu sait bien que nous ne voulons pas le mal. Il connaît notre faiblesse, et s'il nous aime, nous aussi nous l'aimons beaucoup.
« Pour ce qui est des commandements, ah! soyons sincères, aimons-les, respectons-les et armons-nous pour y être fidèles. »
De tels souvenirs sont un trésor de consolation et de force dans l'âm.e des enfants demeurés ici-bas et un baume sur la blessure saignante de leurs cœurs en attendant l'éternel revoir (2).
Ah! qu'il sera lumineux et doux, cet éternel
(2) Les mères des prêtres sont presque toujours les plus aimées, et ensuite les plus regrettées des mères. M. l'abbé Delétain, curé de Sainte- Anne de Paris. îrrand serviteur des pauvres, disait en mourant (septembre 191 3) : <( Quel bonheur, je vais revoir Maman ! »
revoir! Quelle fresque de l'Angelico, assez suave, assez pure, pourrait le faire pressentir? Quelle poésie en traduira la sublime extase? Quelle musique inspirée en célébrera l'ineffable joie?
Alors, ô Mères, votre œuvre, votre œuvre longue et patiente, votre œuvre de sacrifice, d'oubli de vous-mêmes et d'amour se terminera dans la béatitude définitive de vos bien-aimés.
Alors, ô Enfants, vous sentirez encore mieux tout le prix de la tendresse rédemptrice qui, du berceau à la tombe, vous aura couvés, protégés, guidés, éclairés, relevés, sauvés!
Et tous, les enfants et les mères, réunis dans le sein de l'Amour infini, de l'éternelle Bonté, chanteront à jamais la miséricorde du Seigneur.