LES PRIVILEGES DE LA SAINTE VIERGE
L'Evangile nous présente, aux côtés du Sauveur, une femme, une mère aimée, être idéal de pureté et de grandeur, devant laquelle le messager de Dieu, l'archange Gabriel s'incline, qu'il sakie avec respect, au consentement de laquelle semble subordonné ce prodigieux mystère de l'incarnation, et dont les chastes entrailles sont le tabernacle sacré, le vase d'élection, tout or et ivoire, où le Verbe incarné se repose, la source pure où il vient puiser le sang de son humanité.
Marie, dans les saints Evangiles, nous apparaît d'abord comme la Mère de Dieu, puisqu'elle est la Mère de Jésus qui est Dieu. Tel est le grand privilège de la très sainte Vierge et la raison de toutes ses grandeurs. Elle avait été prédestinée pour cette fonction qui la place au-dessus de tous les hommes, au-dessus de tous les anges.
Mère de Dieu; donc le Verbe emprunte à Marie
tout son corps, tout son sang. Du plus pur de sa virginale substance il forme son humanité sainte, unissant au corps une âme pareille à la nôtre.
Mère de Dieu : donc elle a pu l'adorer dans son sein de femme, de vierge, et tout émue, tremblante, se dire : C'est mon Dieu qui est là, qui frémit en moi. Oh! ces adorations silencieuses de Marie pendant la période de l'attente! qui en pénétrera le mystère.^ qui en saura jamais les silencieuses ardeurs, qui en redira les indicibles élans?
Mère de Dieu : donc elle lui a donné le jour; par des voies exceptionnelles et miraculeuses, il s'est trouvé dans ses bras, venant d'elle, et vraiment le fruit de son sein. Celui que le ciel adore, en qui les anges saluent le Roi des siècles, l'Immense, le Tout-Puissant, l'Infini, l'Eternel, elle Ta tenu dans ses bras, pressé contre son cœur; elle lui a dit, éperdue d'amour : Mon fils, tout en balbutiant, craintive d'adoration : Mon Dieu!
Mère de Dieu : elle a nourri ce petit être de son lait virginal; elle a dirigé ses premiers pajs. Celui qui veille sur le m.onde a daigné longuement aA^oir besoin d'elle!
Mère de Dieu : elle a dû commander à ce Jésus son Maître, et pour elle il fat le plus docile en même temps que le plus aimant des fils.
Mère de Dieu : elle aura sa place sur le Calvaire, coopérant à la Rédemption qui s'y consomme.
La maternité divine de la très sainte Vierge est donc son premier, son très grand, j'oserai presque dire son unique privilège, parce que celui-là explique tous les autres.
Ainsi Dieu demande à Marie la coopération de sa chair et de son sang. La femme est régénérée dans Marie, la nouvelle Eve; c'est à elle que îe Fils de Dieu emprunte ses divins membres. C'est par cette route-là que le Rédempteur arrive jusqu'à nous; à travers ce cristal, le soleil de mérité a translui sur la terre; de cette bénie *source a coulé sur nous le fleuve des grâces; dans ce clos de myrtes et de roses a germé, planté ses racines et grandi l'arbre de vie.
Le second privilège qui ceint d'une nouvelle auréole îe front de Marie, c'est sa céleste Airginité. « Une vierge, chantait Isaïe, une vierge concevra et elle enfantera un fils et on rappellera : Dieu avec nous. » k l'antique prophète fait écho la parole de saint Luc : <( Le nom de la Vierge était Marie. » C'est d'une vierge que Jésus est né : telle est bien la foi des antiques symboles : <( il a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. » C'est la croyance unanime des Pères de l'Eglise; c'est la foi des premiers siècles et l'enseignement constant des conciles.
Vierge avant la conception du Sauveur, Marie demeura vierge dans la naissance de Jésus et après cette naissance. Les anciens Pères de
l'Eglise et Qotamment Origène et saint Jérôme ont écrit sur ce beau privilège de Marie leurs pages les plus senties et les mieux inspirées. « Qui donc, s'écriait saint Epiphane, a jamais osé prononcer le nom de Marie sans qu'aussitôt le qualificatif de vierge lui montât de lui-même aux lèvres? Elle est donc appelée la sainte Vierge Marie et ce beau titre ne lui sera jamais ôté, car elle est demeurée sans corruption et sans tache. »
Ainsi, dans l'auguste Marie, ces deux admirables titres. Mère et Vierge, ont pu exister en même temps; elle a, seule entre toutes les femmes, réuni sur son front ces deux couronnes. Par elle, l'humiliation de la première femme a été vengée; tout ce qu'il y a de grandeur, de dignité, de tendresse, de don de soi-même dans la maternité, s'est trouvé uni à la blancheur, au radieux et doux éclat de la virginité.
Dieu ajoute un troisième privilège. Pour qu'en cette admirable Vierge tout soit absolument pur, pour que le tabernacle saint oii le Verbe doit s'incarner soit absolument digne de Lui, pour qu'aucune goutte de sang corrompue ne vienne souiller l'approche du Verbe incarné, Dieu, longtemps à l'avance, et dès le premier instant de la conception de cette Vierge, arrête le fleuve de boue que charrie le péché, il établit des écluses et suspend la contagion originelle. Marie est immaculée, conçue sans péché, sans la moindre tache de la faute originelle. Tout est
pur en elle, tout est saint, tout est divin des qu'elle existe. L^ démon épouvanté recule et s'enfuit devant cette petite enfant sur laquelle il n'a aucun droit. C'est elle dont le talon vainqueur écarte les embûches de Satan.
Toutes les autres grandeurs de Marie, célébrées par d'illustres docteurs, sont la conséquence de celle-là.
Mais ce qui ajoute encore à la sainteté initiale de Marie, à sa grandeur morale, c'est qu'appuyée sur la grâce première de sa conception immaculée, elle a monté un à un, jusqu'aux plus sublimes, tous les degrés de la sainteté.
A peine éveillée à la raison, elle a offert k Dieu, au jour de sa présentation au temple, le libre don de son cœur. Elle conservait avec un soin jaloux, dans le trésor de son âme, cette brillante et pure grâce de Dieu, qu'elle découvrait en elle, immaculée, exhalant les parfums du ciel.
Dans cette belle conscience, quelle horreur pour toute faute mortelle! mais quelle invincible aversion pour la plus légère faute, pour l'ombre même du péché véniel!
Reconnaissons-le dans ce seul mot, si riche et si justifié par les circonstances : « Je suis la servante du Seigneur. » Lisons son humilité, sa foi ardente dans le Magnificat. Sa vigilance, sa mortification, sa pauvreté brillent d'un doux éclat comme autant de joyaux, enchâssés dans les pre-
miers récits de l'Evangile. Nazareth, Hébron, Bethléem nous ouvrent à l'envi, sur son ardente charité, des aperçus trop rapides et trop courts mais pourtant caractéristiques.
Observons que la grâce sanctifiante dans les saints et dans Marie, leur reine, va du baptême ou de l'immaculée conception en croissant et augmentant toujours. Tel un fleuve s'écoule à travers les vertes et fertiles campagnes, grossissant tous les jours par mille apports, toujours plus majestueux, plus uni jusqu'à ce qu'il atteigne enfin son but en un magnifique estuaire et se perde dans l'océan d'où il était venu par d'invisibles voies.
Cette marche de la grâce sanctifiante est encore bien marquée dans l'Ecriture par la comparaison du soleil, lumineux flambeau dès l'aurore, mais qui, à mesure qu'il monte au zénith, étend ses rayons, pénètre et chauffe, gagne le plein du ciel et domine enfin toutes choses de sa vivifiante activité.
La différence, c'est qu'il n'y a pas de déclin; le soleil de la sainteté ne diminue pas dans l'âme des saints. Ils demeurent fidèles à la grâce.
La liberté, sans doute, a son concours en ce progrès; pourtant elle n'y joue que le second rôle; c'est l'invisible main de Dieu qui fait tout par des secours et des menées intérieures que l'on appelle les grâces actuelles. Or, ce qui est notable ici, c'est que IMpArie n'a pas seulement reçu
comme les autres saints une abondante affluence de ^r^cei actuelles : elle a possédé l'auteur même de la orace, et non par intervalles, comme nous dans la communion, mais trente ans de suite, non sous des voiles, mais face à face; non comme esclave ou comme adoptée, mais comme mère et mère obéie.
Elle a bu à longs traits à la fontaine même de la grâce.
Et l'on comprend quelle soit parvenue à un si haut degré de sainteté, ayant un tel sacrement sous la main. En elle les moindres imperfections furent prévenues, empêchées par la pureté originelle. Mais dans le champ du bien positif, dans l'azur des vertus généreuses, des dévoûments, du don de soi, cette céleste colombe vola, d'une aile qui jamais ne se fatiguait. Ainsi en Marie brillèrent toutes les vertus. Elle les pratiqua toutes, au moins par le désir, au degré le plus héroïque, ne voyant dans chaque vertu qu'un moyen d'affirmer davantage et de faire croître encore l'immense, le céleste amour, pour ce Dieu qui est toute la raison, toute l'explication de sa belle âme.
A ces hauteurs d'âme, apparaissent toujours dans la vie des saints, d'extraordinaires phénomènes divins, des dons gratuits du Seigneur, qui n'ajoutent rien à la sainteté, mais la signalent, et en sont la gloire anticipée : don des miracles, lumières prophétiques, ravissements, ex-
tases^ communications divines, douceurs et consolations célestes : toutes ces gemmes rares, toutes ces pierres taillées, ces colliers, ces bracelets, ces rares étoffes tissées par les anges, nul doute que le Roi des Rois ne se soit plu à en parer sa Mère, la divine Reine du ciel et de la terre.
Elle passa les dernières années de sa vie toujours en prière, ravie en Dieu, infiniment plus blessée d'amour que ne le fut plus tard sainte Thérèse. Elle mourut emportée par une extase brûlante, comme un flambeau qui après s'être consumé jusqu'à la souche en éclairant le sanctuaire, se ranime pour jeter une suprême et vive lueur, et puis s'éteint.
Au vieux palais de Sienne, dans la chapelle où priaient les syndics, un naïf artiste du moyen âge a représenté la dormition de Marie. Auprès de la Vierge qui vient de s'éteindre doucement, les apôtres sont réunis et ils pleurent; ils pleurent la mère qui les quitte, la consolatrice qui va tant leur manquer. Mais dans le ciel, parmi les a.nges en fête, ces beaux anges si purs, si mélodieux, que les admirateurs de Fra Angelico connaissent bien, Jésus descend à la rencontre de sa divine Mère, dont l'âme est figurée par un petit enfant; il descend radieux, le front éclairé de la grande joie filiale. Ouvrez-vous, portes du ciel, c'est sa Mère!
C'est sa Mère, vous entendez, archanges! celle aui sur la terre avec lui et pour lui, pour son
oeuvre, a tant travaillé, peiné, souffert. C'est sa Mère, naguère encore debout, lame labourée par les sept glaives au pied de la croix. C'est sa mère!
Ah! il ne suffit pas que l'âme seulement jouisse et triomphe après le combat, en cette créature de bénédiction.
Voici que les anges se précipitent d'un vol rapide et léger vers la terre, les mêmes peut-être cjui chantaient la maternité sainte dans la nuit de Noël si lumineuse aux humbles; ils s'élancent Aers une tombe, lèvent la blanche pierre, écartent les linceuls et d'un souffle d'amour et de puissance le Christ ranime le beau, blanc, immaculé corps, le corps virginal, le corps de sa mère : fraîcheur, éclat, grâce, beauté immortelle, parures de résurrection glorieuse sont comme des fleurs divines sur ce visage de printemps, et parmi les concerts angéliques, au son des harpes d'or, tandis que vibrent des harmonies de rêve, au milieu des frémissements d'ailes, l'armée du ciel saisit avec amour, emporte avec ivresse, escorte dans la gloire la Reine du ciel, la Souveraine de l'éternité.
J'ai vu les merveilleuses « Assomptions » du Titien, d'André del Sarto, l'indicible <( couronnement )) de Raphaël et 1' « incorronazione », lant de fois répétée de ce doux et obstiné serviteur et peintre de Marie que fut le suave Fra Angelico; rien ne m'a fait rêver plus doucement
que la naïve et très vieille <( Dormition » de Sienne.
Je vous loue, ô divine Mère de Dieu. 0 sainte Marie, je vous bénis de toute mon âme, vous suivant du regard dans cette assomption grandiose où vous prenez la tête des saints et des anges, vous élevant le plus haut, jusqu'auprès de la Trinité, là où la perfection devient inaccessible, et sans presque plus aucun mélange de misère, n'ayant plus au-dessus de vous que l'immuable et infinie sainteté de Dieu.
Je veux vous suivre de loin, de très loin, hélas! dans le chemin qui monte vers le bien, vers les vertus de l'Evangile, vers l'idéal proposé au monde par le Sauveur et dont vous êtes la plus lumineuse manifestation. Mais le puis-je sans vous? N'est-il pas besoin que vous aous humanisiez, ô divine Mère, jusqu'à venir me prendre, en mon extrême dénûment moral, prendre ma pauvre âme dans vos bras, sur votre cœur, comme vous portiez autrefois Jésus enfant et m'élever avec vous?
Car vous êtes puissante, a-ous pouvez me guérir, vous pouvez me relever quand je tombe, vous pouvez me sauver.
N'êtes- vous pas nommée par les saints la Toute-Puissance suppliante? Peut-il vous refuser quelque chose, Celui qui sur la terre se fit obéissant à Aos ordres, qui, sur votre désir, en ces noces de Cana. figure des tristes ioies de l'hu-
manité, changea l'eau en vin. Mère du Roi des Rois, n'avez-vous pas la puissance royale? Tous les trésors du ciel ne sont-ils pas à vous, étant à votre Fils?
Ah! je le sens, Marie peut me sauver, veut me sauver, je la vois s'incliner vers ma détresse.
Elle est ma mère! ma mère immortelle et puissante. Rien n'est plus doux qu'une mère, mais la loi des choses veut, et c'est mieux ainsi, qu'elle meure avant son fils. Rien n'est plus aimant qu'une mère, mais c'est d'un amour si souvent impuissant, qui se consume en désirs sans pouvoir ce qu'il voudrait pour l'être aimé. Marie est la mère immortelle et puissante, la médiatrice entre le ciel et la terre, à côté de son divi.i Fils.
Notre mère, elle l'est dans le plan divin. C'est du haut de la croix, son lit de mort, que Notre- Seigneur, en un testament solennel, a légué sa mère à saint Jean, et par lui à nous tous : « Voilà votre mère. )> — Et ensuite tournant ses yeux baignés de sang et de larmes vers la très sainte Vierge, il ajouta : (( Femme, voilà votre fils. »
Cette volonté de Jésus, la Vierge sainte l'avait prévenue sans doute et je pense que déjà elle nous avait adoptés. Comment cette femme au cœur si grand ne serait-elle pas entrée d'ellemême pleinement dans les vues de son Fils? Quelle est la femme, si elle est haute par le cœur, qui n'épouse pas avec enthousiasme et
abnégation les saintes causes défendues par celui qu'elle aime, et qui ne s'en fait pas une seconde vie ?
Nous étions après la gloire de Dieu, le tout de votre Fils, ô Marie; notre salut fut la passion de sa vie. Pour nous sauver il a vécu, travaillé, parlé, souffert. Comment n'aimeriez-vous pas ceux qu'il a tant aimés, tant recherchés, pour lesquels il est mort.
Notre Mère, vous le devenez forcément, puisqu'il a voulu. Lui, être à Jamais le père de nos âmes.
Et quand cela ne serait pas, est-ce que la pitié naturelle aux nobles cœurs et plus profonde encore dans Aotre âme si sensible, si virginale, si délicate, ne vous aurait pas fait pencher vers nous et donné pour nous des entrailles de miséricorde, de maternelles entrailles?
Nous souffrons tant! Les pauvres fils d'Adam se traînent en de si lamentables chemins! Il y a tant de deuils, tant d'amères séparations, tant de larmes brûlantes en notre douloureux exil!
Comment ne pas entendre ce concert de voix confiantes en vous, qui s'élèvent depuis les vieux siècles, de tous les points de l'Eglise, du sein de nos tristes vallées d'exil, du milieu de nos ténèbres, du fond de nos cachots, des horreurs des lits de souffrance oii agonisent nos corps et, plus souvent nos âmes!
« 0 Marie! ô Mère si heureuse dans le ciel! au
milieu de vos joies, n'oubliez pas les tristesses de la terre.
« Ayez pitié de ceux qui s'aimaient et que Dieu a soumis à la dure épreuve de la séparation î
« Xyez pitié de l'isolement du cœur, si plein de tristesse, si plein d'abattement et quelquefois de terreur!
(( Ayez pitié de ceux qui luttent contre les difficultés de la vie, et qui sont sur le point de se laisser aller au découragement et peut-être à l'oubli de leurs devoirs!
(( Ayez pitié de ceux qui ont tout à souhait, de ceux que le monde attire et que le malheur n'a pas encore visités!
(( Ayez pitié de ceux à qui Dieu a donné plus qu'aux autres la tendresse du cœur et la délicatesse des sentiments !
((. Ayez pitié de ceux qui ne nous aiment plus et ne leur reprochez jamais la peine qu'ils nous font!
a Ayez pitié de ceux qui se sont retirés de la prière, de l'Eucharistie, de la paix du cœur et qui pleurent tout bas n'osant plus revenir à Dieu!
(( Ayez pitié de ceux que nous aimons; faitesles saints, ô Marie, dussiez-vous les faire souffrir! Si jamais ils s'éloignaient de vous, oh! prenez, prenez toutes nos joies, et par l'appât du bonheur, retenez-les près de Jésus.
<( Ayez pitié de ceux qui pleurent, de ceux qui prient, de ceux qui ne savent pas se faire aimer!
« A tous, ô Marie, donnez l'espérance et la paix. »
Vous êtes, ô Marie, l'histoire le montre, l'expérience l'atteste, le cœur humain l'a éprouvé, vous êtes la consolatrice des affligés, le refuge des chrétiens, l'asile des pécheurs.
Ceux-ci vous sont particulièrement chers, parce qu'ils vous ont coûté des larmes de sang, un long, un indicible martyre et parce que votre Fils est mort pour les sauver.
J'en suis un, un pauvre misérable, sauvez-moi, Vierge sainte.
Là-bas, à Lourdes, vous guérissez les corps, devant cette grotte bénie de Massabielle où les yeux de l'innocence vous ont vue. Vos pieds blancs de neige ont touché ces rocs sauvages; votre blanche robe a frôlé notre terre de détresse. Vous êtes apparue dans un cadre sublime de la nature pour nous parler du ciel et relever nos yeux, nos cœurs vers les éternelles espérances.
Qu'il est doux d'aller à cette grotte, surtout par les grands beaux soirs d'été, quand la nuit sereine étend son voile glorieux d'azur sombre piqué d'or sur la paisible vallée, et là, de s'agenouiller, de lever les yeux vers le lieu de l'apparition où l'on distingue à peine une forme blanche et puis de prier tout bas, de laisser dou-
cernent monter son âme. 0 Mère, vous êtes là. Tout le dit.
Le Gave, ce chantre limpide, lentement passe, bruisse et murmure redisant sans arrêt son éternel Ave et les étoiles répondent Ave; et l'âme des foules s'émeut et mille voix du passé, du présent et de l'avenir répondent Ave.
Salut, ô Reine de miséricorde, notre vie et notre espérance, salut I
Exilés et fils d'Eve, du fond de la vallée des larmes, gémissant nous crions vers vous.
A.A'ocate de nos âmes, tournez vers nous vos yeux compatissants, et rendez-nous Jésus.
Après les longs jours de l'exil, au lendemain des tristesses de la terre, dans l'éternelle patrie enfin conquise, montrez-nous à jamais notre Sauveur.
On dit que vous êtes la dispensatrice de toutes les grâces; que rien ne se fait dans le ciel sans votre acquiescement. Dieu a posé en vous la plénitude de tous les biens. Venez à notre secours, ô Mère, venez, nous souffrons! venez, nos mains se tendent vers vous! venez, nos voix vous appellent! 0 sainte Marie! ô notre Mère!
A quoi sert une bonne vie, si elle n'est couronnée par une bonne mort! Cependant une bonne vie est le plus sûr moyen en notre pouvoir pour obtenir une bonne mort. Il y a eu peutêtre comparativement peu de bonnes morts qui ne soient venues à la fin d'une bonne vie. Et ce
petit nombre, ainsi que l'affirme tout le monde croyant, a été dû à Marie. Mais une bonne vie est, de toutes choses, ce qui amènera le plus sûrement Marie près de nous à l'heure de la mort; une vie de croix la rencontre une fois pour toutes; les crucifiements appellent pour ainsi dire officiellement sa présence... Quelque longue qu'ait été l'agonie, quel qu'ait été le trouble d'esprit de l'âme qui trépassait, heureux pardessus tout, les morts à qui Marie a fermé lesyeux! (P. Faber.) )>