‹ Les sources d'idées, textes choisis et commentésChapitre 11 sur 67 · ŒUVRES VULGAIRES · texte numérisé non relu

ŒUVRES VULGAIRES

Sonnet IX

Argument. — Ici est montré le deuil qu'ont les serviteurs des dames se voyant hors d'espérance de jamais pouvoir de leurs amours jouir, comme Pétrarque et mia donna Laure qui avaient voué de jamais ne se marier.

Très amers pleurs pleuvent de mes deux yeux Avec un vent angoisseux de soupirs, Quand à vous voir je prends tous mes plaisirs. Pour qui me tiens loin du monde ennuyeux.

Vrai est qu'un peu ce souris gracieux Va apaisant l'ardeur de mes désirs, Et, en rognant ces miens grands déplaisirs, Vos yeux me font moins triste et soucieux.

Mais mes esprits deviennent puis glaçons, Quand au départ vois ces douces façons Tordre (détourner) de moi mes fatales étoiles ;

L'âme, à la fin des clés d'amour lâchée, Sort de mon cœur, et, pensive et fâchée, S'en arrachant, vous suit à pleines voiles.

VASQUJN PH1LLIEUL - 35

Sonnet X

vient. - Voulant Pétrarque, selon sa coutume, en été ail. ton à Vauclusê philosopher, .7. encore qu'il fût

heufi .Luit prendre congé de sa dame, lit ce son ml.

Maints animaux ont la vue si forte

Ile est au droit du soleil assurée; D'autres, craignant sa lumière honorée, Jusques au soir ne sortent de leur porte;

D'autres, qu'au feu un fol désir transporte, Cuident (espèrent) jouir de la clarté dorée, Ou mettent fin à leur vie essorée.

ing je meurs de même sorte.

Car je suis faible à voir mon excellente

.aile dame, et ne sais me défendre De lieu obscur ou d'heure tarde et lente.

Pourtant avec vue plaintive et tendre De ne fe voir mon destin me recule, Lt sais que vais après ce qui me brûle.

Sonnet XIIL

HE NT. — // rive toujours sur lu maladie eu laquelle il

avait laissé sa dame en Avignon.

Celle qui est parmi cent et cent mille

La plus parfaite, et amour et nature

Sont contre moi jurés : amour procure [prend soin de, s' ef foi.

De me tuer, ensuivant son dur style.

Nature a fait ma dame si gentile Qu'un petit mal lui est angoisse dure,

lit donnée au ciel que cure N'a d'habiter en cestui monde vile.

Ainsi l'esprit vient taillant {défaillant) peu a peu lin ce gent corps dont amour est repeu, Qui est miroir d'excellente beauté.

I t si pitié de mort le frein ne tient, Las! je vois bien à quelle fin revient Le vain espoir dont nourri j'ai été.

Sonnet XIX

ARGUMENT. — Se plaint d'un voile, écrivant à un sien ami nommé Orson, qui lui demanda pourquoi tant il était morne et défait, et de ce que quelquefois rencontrant madame Laure, elle sa main se couvrait dudit voile.

Orson ami, ne fut onques rivière,

Ni haute mer où toutes les eaux tendent,

Ne murs, ne monts qui grands ombrages rendent,

N'au ciel nuée à pleuvoir coutumière,

Ni autres cas privatifsjde|lumière, Tant soient-ils grands et hauts, qui tant m'offendent Que fait un voile où deux beaux yeux s'émendent, Et semble dire : « Or de plaindre as matière. »

Et leur baisser qui m'ennuie à grand tort • (Ne sais s'il vient pour crainte ou pour dédain) Cause sera avant temps de ma mort.

D'une main blanche encore me complains Qui à me nuire a été toujours caute (habile), Soi faisant roche encontre mes yeux haute.

Sonnet XXX

Argument. — Ayant à faire Pétrarque un long voyage, voulut porter le portrait de sa dame Laure, lequel il fit faire à un maître Simon, peintre de son temps : dont il loue ladite image, disant que, du temps que Dieu créa madame Laure, maître Simon devait être aussi eu Paradis présent, et vit comment Dieu la fit : voilà pourquoi si bien la sut po lira ire.

Quand Policlet aurait travaillé dix Et dix mille ans, et tous maîtres de l'art Onques n'auraient compris la moindre part De la beauté qui mon cœur a conquis.

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