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LES « VIES

De tous les ouvrages historiques traduits des anciens, celui qui eut le plus de succès est le recueil des Vies de Plutarque. Là les enseignements politiques et les enseignements moraux pullulaient On en faisait tant de cas que Bernard de Girard, seigneur du Maillant, en détacha un grand nombre qu'il publia sous le titre de Recueil d'avis ci conseils sur les affaires d'État. On trouve, disait-on (2), dans les Vies tant de beaux et graves discours partout, tirés des plus profonds et plus cachés secrets de la philosophie morale et naturelle, tant de belles allégations, tant de s avertissements et de fructueuses instructions, si affectueuse recommandation de la vertu et détestation du vice, tant de belles allégations d'autres auteurs que c'est un trésor de toute rare et exquise littérature >. Plutarque eut la bonne fortune de rencontrer un traducteur digne île lui, le plus fameux Je tons les traducteurs du seizième siècle, Jacques Amyot (3). Il est vrai que Jacques Amyot doit à

.m milieu du premier siècle de notre >rt vers \i\ hommes de l.i Grèce sont

comparés à ceux de Home, constituent . principal,

nature diverse, ont été groupés sous le titre de : Œuvres morales.

(2) Du Verdie'r, Bibliothèque française, article Jacques Amyot.

(3) Sur Amyot consulter l'excellente étude de M. René Sturel dans la Biblio-

Plutarque une bonne partie de sa renommée : c'est parce qu'il a choisi un auteur aussi « excellent » que son nom est devenu si populaire. Ses mérites propres suffisaient pourtant, semble-t-il, à lui assurer un rang à part. De tous ceux qui enrichissaient notre langue des œuvres écrites en langue étrangère, Amyot est le seul qui soit digne du nom de savant. II avait affaire à un texte difficile et encore très mal établi. Il a su le corriger, l'améliorer, éclaircir bien des passages obscurs. Ecoutez en outre comment un de ses contemporains, du Verdier, apprécie sa langue et son style :

Il a fait parler français à Plutarque... tant élégamment qu'on doute si Plutarque parle mieux en sa langue par la douceur de la Grèce que par la grâce d' Amyot en français. Amyot a la vertu qui est singulière en écriture parfaite, à savoir le langage du commun et du peuple et la liaison du docte. Ce personnage a joint ces deux points en perfection, et partant tous ceux qui se veulent mêler d'écrire doivent avoir et tenir son langage pour un patron, ou bien une règle d'écriture accomplie. Car il a tellement embelli et enrichi la langue française par son propre domaine qu'il est impossible de mieux traduire Plutarque en toute autre langue qu'il a fait en la nôtre.

L'extrait suivant, que j'emprunte à la Vie de Caton le Censeur, permettra d'apprécier, avec les mérites du traducteur, la tendance invincible de l'auteur à insister chez ses héros tout particulièrement sur leurs qualités et leurs défauts, et à s'attarder aux questions morales. On remarquera surtout à ce propos la digression sur la cruauté envers les serviteurs et les animaux.

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