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HISTOIRE DU PORTUGAL

Lopez de Castaneda n'est pas un Espagnol, comme Lopez de Gomara, mais un Portugais. Tandis que les Espagnols s'emparaient de la plus grande partie de l'Amérique, les Portugais voyageaient surtout en Afrique et en Asie. C'était donc surtout pour les Portugais qu'il convenait d'écrire le récit des expéditions dirigées vers l'Orient.

La traduction que nous citons est due à un vulgarisateur très actif, Simon Goulard. Dans les vingt livres de son Histoire du Portugal, Goulard n'a pas suivi d'un bout à l'autre le texte de Castaneda. Pour les douze premiers il a traduit Jérôme Osorius, qui avait écrit le règne du roi Emmanuel en latin. Mais Osorius avait puisé toute sa documentation chez Castaneda. Dans les livres suivants l'ouvrage portugais sert de texte. Goulard le complète pourtant dans la dernière partie au moyen d'autres historiens.

(i) Jérôme Osorio (1506-1580», prélat et écrivain, publia son Histoire du roi Emmanuel en 1 5 7 1 . Il est connu, en outre, par des ouvrages de philosophie morale.

(2) Lopez de Castaneda passa vingt ans aux Indes avant d'écrire son ouvrage, qui jouit d'une grande autorité. Il mourut en 1559.

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Religion des Malabar es ou CaUcutiens (1).

Ce peuple est misérablement superstitieux et idolâtre Ils ont force temples, et portent grand honneur à leurs pi qu'ils appellent brahmanes ou bramins, qu'ils estiment être entendus en la science des choses divines et humaines. On n'élit point de rois que ces prêtres n'aient élevés et enseignés. En temps de guerre ils peuvent aller sûrement partout, car ce serait, à leur jugement, le plus grand crime du monde de toucher ces prêtres autrement que ne porte l'opinion qu'on a de leur sainteté. Ils portent trois filets pendant de l'épaule droite sur le côté gauche; pour représenter la trinité des personnes en une seule nature divine. Ils croient que Dieu, couvert de la forme humaine, a conversé au monde, afin de racheter le genre humain de la mort éternelle. Il est vraisemblable qu'ils

tppris cela des anciens chrétiens. Ils font profession des mathématiques et de la philosophie. Au demeurant, ce sont grands hypocrites, qui, sous apparence de sainteté, commettent

andes méchancetés en toute leur vie. Les autres Malabares, enseignés par ces prêtres, adorent des monstres. Tous les ans, le vingt-deuxième d'août, il se fait une fête solennelle où les jeunes garçons tirent avec des arcs des flèches fort légères contre leurs compagnons. Ceux qui sont de plus grand âge tirent aussi de l'arc, dont plusieurs sont grièvement blessés et meurent. Les autres pensent que celui qui meurt ainsi est bienheureux, car ils tiennent qu'il s'en est allé au ciel pour vivre avec les dieux. Ils font force anniversaires es quels aucuns se font mourir en diverses sortes, devant une grande troupe qui les regarde. Ils commencent l'année au mois de septembre, mais ils n'ont point de jour certain pour le commencement du mois. La première chose qu'ils font en cela, c'est de demander avis aux astrologues et augures, et ils commencent l'an à l'heure que ces devins pronostiqueront devoir être heu-

et de bénin aspect. Ceux qui ont passé quinze ans voilent leur visage ce jour-là et cachent leurs yeux pour ne rien voir. Puis les petits enfants les mènent es temples, où il y a diverses images des dieux. Lors on les démasque, et tout soudain ils jettent la vue sur ce qui est avis {en face) d'eux. S'ils fichent

Liv. Il, cl ap. .

les yeux du premier coup sur l'image de celui qui est leur patron, ils s'assurent d'avoir bonne aventure toute l'année.

Privilèges étranges et infâmes de la noblesse de Calecut (1).

11 est défendu aux gentilshommes de se marier, afin que rien ne les empêche de s'exercer continuellement aux armes. Mais un chacun a plusieurs damoiselles à son commandement, et estime-t-on qu'ils aient commis un crime horrible entre les autres, s'ils ont la compagnie d'une femme qui ne soit point damoiselle. Ces damoiselles ont aussi autant de ruffians qu'il leur plaît, pourvu que ce soient naires, c'est-à-dire gentilshommes. Les uns ne sont point jaloux des autres, ains {mais) suivent quelque ordre en leurs désordres et ordures. Si un naire paillarde avec une roturière, ses compagnons le hachent en pièces. Les femmes nobles aussi qui ont affaire avec autres que naires sont traitées de même. En leurs testaments ils n'instituent point héritiers leurs fils, d'autant qu'ils ignorent s'ils sont engendrés d'eux; mais ils adoptent les fils de leurs sœurs. Le roi donne gages à ces naires, qui s'exposent sans crainte à tout danger pour son État. Ils cheminent nus depuis le nombril en haut, depuis là jusques au gras des jambes ils sont couverts de quelques vêtements. Ils ne peuvent s'aider d'armes en guerre que premièrement ils n'aient fait serment au roi qui leur donne quelques ornements militaires. Dès leur enfance ils apprennent à manier les armes, et portent grand honneur aux maîtres qui les ont façonnés à cela. Ils sont vaillants et dispos. Si quelque roturier les touche, ils estiment que cela souille leur noblesse, et ne trouvent meilleur expédient de venger cette grande injure que de tuer ces misérables qui se sont approchés un peu trop près d'eux. Voilà pourquoi, quand ceux qui ne sont pas nobles marchent çà et là, ils sont contraints de crier à haute voix, comme pour dire qu'ils sont en chemin. Quand les naires entendent à ces cris que les autres s'approchent, ils leur commandent de se tirer à quartier, et par ce moyen les ignobles évitent la mort, et les nobles l'ignominie perpétuelle. En ce lieu la noblesse ne s'obscurcit pour méchanceté que le noble commette, et ne faut pas qu'un roturier pense jamais être autre, fût-il le plus sage et vertueux de tous les

(i) Liv. II, chap. m.

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hommes du monde : il faut nécessairement que chacun demeure en là condition en laquelle ont été ses pi irs. Les métiers

tellement distingués que ceux de l'un ne peuvent marier leurs tilles a ceux de l'autre, comme, pour exemple, les fils d'un couturier ne peuvent épouser les tilles d'un cordonnier, ni apprendre autre métier que celui de leur père; et tout de même es autres métiers par une coutume observée entre eux de tout temps. Ils tout une sorte de vœu, en s' alliant quelquefois les uns aux autres, et usent de certaines imprécations que si l'un d'eux est tué en quelque querelle, tous les autres se feront hacher en pièces ou vengeront sa mort. Cela fait que, quand le moindre de leurs compagnons est occis {tué), les survivants, sans se soucier de leur vie, se jettent au travers des épées nues, courent par dedans les feux, et se fourrent au milieu d'un millier d'hommes armés, pour saccager ceux qui ont tué leur compagnon, et ne cessent de les poursuivre jusques à ce qu'ils

eut mis à mort, ou qu'eux-mêmes demeurent étendus sur la place.

Description du royaume de Narsingue, avec autres particularités notables de la religion et des mœurs des habitants (1).

Ce royaume est en la partie de l'Inde orientale enfermée du Gange, fleuve renommé, vers l'orient. Il regarde aussi l'occident, et, du coté de terre, affronte (est situé eu face de) aux conjoints au royaume de Goa, et est en guerre continuelle ies habitants de ces pays. Au reste, il est de fort grande étendue, orné de grand nombre de villes, arrosé de plusieurs rivières, fort gras et fertile, abondant en poissons, sauvagine (animaux sauvages, gibier), volaille, menu bétail et haras de grosses bêtes. Les habitants sont étrangement superstitieux et idolâtres; néanmoins ils avouent et reconnaissent un seul Dieu, confessant qu'il a puissance souveraine sur toutes choses. Leurs temples sont bâtis superbement; mais, comme es autres temples indiens, on n'y voit autre chose que des images de monstres et choses effroyables qu'ils adorent. Ils ont des brahmanes tant femmes qu'hommes, qui ont charge de tout le seret sont fort honorés de chacun. Il y a une autre sorte de religieux, estimés comme saints en ce royaume et appelés

..iv. IV, chap. xn.

banéanes, lesquels ont pendue au col une pierre de la grandeur el grosseur d'un œuf, percée par le milieu, dont sortent filets, et disent que cette pierre représente leur grand dieu, à cause de quoi ceux qui la portent sont révérés de tous. Cette pierre tant estimée se nomme tambarane. Les banéanes ne mangent ni chair ni poisson, et ne se marient qu'une fois en leur vie. Après leur mort on enterre leurs veuves toutes vives auprès d'eux. Les autres femmes, après le décès de leurs maris sont portées en grande compagnie de leurs parents et amis, avec chansons de réjouissance et de louange, près d'un feu ardent, dedans lequel on les jette vives. Ils font fête le septième jour, à savoir le cinquième de notre semaine, lequel nous appelons vendredi. Outre lequel, ils ont plusieurs autres jours de fête au long de l'année, qu'ils célèbrent avec cantiques, services et cérémonies à leur mode. Ils croient que l'âme est immortelle, et qu'après cette vie la justice divine a apprêté récompense aux bons et des supplices aux méchants. lisse peignent la face, s'habillent bravement, sont adonnés à paillardise, à cause de quoi il y a beaucoup de querelles entre eux. Celui qui défie un autre au combat à outrance demande place au roi, en laquelle il puisse sûrement combattre son adversaire. Si c'est quelque homme de marque, le roi se trouve là en personne et donne une petite chaîne d'or au vainqueur, qui la doit garder tout le temps de sa vie, autrement il perd tout l'honneur qu'il avait acquis. Et est loisible à tout homme de lever les armes contre lui seul à seul, pour essayer qui emportera la chaîne, laquelle demeure au plus fort, et lui est ôtée s'il se laisse vaincre puis après par un encore plus vaillant que lui. Et non seulement les gens de guerre, mais aussi les artisans vident à coups d'épée les débats survenant entre eux pour savoir qui est le plus excellent ouvrier. La plus grande ville du royaume s'appelle Bisnaga, ayant plus de quatre mille pas de tour, plusieurs murailles, les maisons spacieuses, les temples fort magnifiques, et habitée d'un très grand nombre de personnes. Elle est pleine de diverses marchandises qu'on y apporte de toutes parts. Les marchands qui amènent par mer des chevaux de Perse ou d'Arabie ne paient aucun tribut ; mais il n'y a point d'exemption pour les autres marchandises. Le roi achète tous les chevaux des marchands, puis retient ceux qui lui plaisent et vend ou donne les autres. Son palais est fort grand et bâti à grands frais, orné de très plaisants jardins et de viviers pleins d'une infinité de poissons. Ce roi ne marche jamais que bien accompagné d'une

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rde de soldats, et est grandement respecté et presque Je ses sujets. Il se nourrit de viandes (aliments) exquises et délicates au possible : son corps est poli de parfums et liqueurs . et. en approchant, on le voit resplendissant de 5 parts, à cause de l'or et des pierres précieuses qu'il porte. Entre ses femmes il en a une laquelle est la plus excellente et favoi encore il a un haras de concubines qui sont

toutes pi Quand il meurt, on allume un feu de bois

odoriférants, et met-on le corps sur le bûcher. Lors on lui baille pour compagnie toutes ses concubines, tous ses mignons, ses domestiques et serviteurs, qui sont brûlés avec ce corps. Or ils accourent si allègrement à ce feu qu'on voit manifestement qu'ils estiment que le plus grand honneur qu'ils pourraient jamais acquérir consiste à être compagnons de leur roi en sa mort. Les n>i> de Narsingue sont bons justiciers. Les marchands y trafiquent en toute sûreté. Il y a plusieurs seigneurs subalternes en ce royaume, lesquels le roi fait mourir ou du moins châtier à coups de bâton s'ils font tort à quelque particulier, tellement que nul ne se peut promettre impunité, tant riche puisse-t-i! être. Les rois amassent de grands trésors et cuident {pensent) que ce serait très mal fait de toucher à ceux que leurs ancêtres ont laisses, sinon en cas d'extrême nécessité. Cela fait qu'ils ont un gros amas d'or, d'argent et de pierres précieuses. Entre autres ils serrent en leurs trésors des diamants fort grands et pesants, que l'on taille en ce pays-là. Ils entretiennent •.ombre de gens de guerre, et les fournissent de chevaux, qui sont nourris en l'écurie du roi, et les maîtres ont bouche à cour. Ceux qui lui ont une fois prêté serment ne peuvent en sorte que ce soit sortir du royaume sans le commandement du roi.

Mort tragique Je hlinachHuen et les mémorables particularités

d'ieelle (1).

Or, quand Ninachétuen entendit que le roi de Campar était appelé pour lui succéder, il conclut en soi-même de ne souffrir nullement d'être dégradé. Pourtant [aussi) il lit dresser un échafaud élevé et longuet, appuyé sur quelques colonnes, ta;

de fleurs et parfums en abondance. Cela fait, il se vêtit

d'une robe de drap d'or, et, tout couvert de pierres prie;, sortit en rue ainsi équipé, et monta par des degrés sur 1". laud. Il y avait au-dessous un bûcher de bois odoriférant agencé et allumé. Cette pompe extraordinaire de Ninachétuen fit lever les yeux et les oreilles de tout le peuple ne sachant que voulait dire tout cet appareil. Ninachétuen commença lors à faire une piteuse harangue, et en premier lieu ramentut (rappela)\es services que les Portugalais avaient reçus de lui avant la prise de la ville, et ce qu'il avait fait depuis en faveur du roi Emmanuel, combien il s'était montré ferme et fidèle en son devoir, avec quelle magnanimité en plusieurs endroits il avait hasardé sa vie pour preuve de sa loyauté; que, pour récompense de tant de bons devoirs {offices), la nation portugaise voulait diffamer de telle sorte sa vieillesse qu'il était impossible de trouver homme ayant son honneur en quelque recommandation qui voulût ni pût digérer cela en aucune sorte, car ils le dépouillaient de la charge qu'eux-mêmes lui avaient commise, le dégradaient de ses honneurs, le réputant digne d'achever ses jours ignominieusement et servir de fable et de risée à tout le monde. Quant à lui, qu'il avait toujours moins estimé sa vie que son honneur, et fait même sa résolution de mourir pour conserver sa réputation; et pourtant (en conséquence) qu'à l'heure présente il changeait volontiers sa vie à la mort plutôt que de recevoir la honte qu'on lui voulait faire. Disant ces choses il se jeta dedans le feu, où il rendit l'esprit. Chacun regretta et pleura ce personnage ainsi mort, considérant ce qu'il avait fait pour les Portugalais, sa fidélité en tous accidents et la piteuse fin de sa vieillesse, tellement que les cheveux dressaient en la tête de plusieurs qui s'étaient trouvés à ce spectacle.

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