‹ Les sources d'idées, textes choisis et commentésChapitre 56 sur 67 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rS DE VOYAGES ET HISTOIRES DE PAYS LOINTAINS ÉCRITS PAR DES FRANÇAIS

/. Raritê des outrages originaux de ce genre. — //. André T lire et et Nicolas de NicoLu.

Il serait facile de dresser le catalogue de tous les ouvrages que pouvait lire au seizième siècle un Français curieux de connaître les pays lointains. Sa bibliothèque n'eût certes pas été considérable, et pourtant il pouvait apprendre quelque chose à peu près sur toutes les régions alors colonisées. Je ne dirai pas que ses livres méritaient tous beaucoup de confiance : l'exactitude laissait singulièrement à désirer; mais, en général, on n'était pas très exigeant sur ce point. Pour peu qu'on eût des relations de partout, qu'on pût être informé de beaucoup de coutumes diverses et très étranges, la curiosité était satisfaite. Or, peu à peu, même les régions les plus reculées avaient leurs descriptions. La Chine et le Japon eux-mêmes découvraient leurs mystères : révélés par les lettres écrites par des missionnaires jésuites au grand maître de leur ordre, ils furent connus avec quelques détails par la traduction que donna en 1588 Luc de la Porte d'un ouvrage espagnol composé par Gonçales de Mendoza. On y trouvait les récits de trois voyages entrepris dans ces régions lointaines. C'est encore aux Espagnols qu'on était redevable de cet ouvrage essentiel, ("est par eux aussi surtout qu'on connaissait l'Afrique, où les Portugais avaient colonisé diverses régions telles que le Congo, l'île de Madagascar. L'auteur de la principale description de l'Ethiopie est encore un Portugais, Al va-

rez, et l'autre historien des mêmes régions, Jean Léon, dit l'Africain, est un Arabe né sur le territoire de la péninsule, à Grenade, avant la reprise de cette ville par les chrétien-. D'un bout à l'autre du catalogue on ne rencontrerait guère que des traductions. Quelques-unes vulgarisent des ouvrages latins, comme les histoires du nouveau monde de Pierre Martyr (1532) et du jésuite Maffei (1571); d'autres faites d'après des textes italiens; mais en grande majorité ce sont des ouvrages espagnols qu'elles font connaître. La part des productions françaises originale est extrêmement réduite.

Nous avons bien eu nos explorateurs, et souvent on a fait des relations de leurs voyages, mais, le plus généralement, elles ne présentaient qu'un intérêt médiocre et n'ont eu que peu de diffusion. Je ne parle pas, bien entendu, de quelques relations sur la Palestine. Celles-là étaient destinées à satisfaire la curiosité pieuse des chrétiens qui désiraient savoir quelque chose des saints Lieux, et renseignaient les pèlerins sur l'itinéraire qu'ils devaient suivre; mais elles n'apportaient guère d'idées nouvelles.. Quant aux voyages lointains, on a bien parlé sans doute de la découverte du Canada, des navigations du capitaine Jean Alphonse, de l'expédition du capitaine Ribaut en Floride, et de quelques autres aventures de ce genre; mais ces entreprises n'ont suscité aucun ouvrage important. Seule l'expédition de Yillegagnon, qui essaya de constituer une colonie protestante au Brésil, provoqua des querelles qui nous ont valu quelques relations intéressantes. Telles sont les relations de Jean de Léry, Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, et d'André Thevet, Les singularités de la France antarctique. Mais que sont ces petits volumes auprès des grandes histoires espagnoles dont nous avons parlé?

Le domaine de nos narrateurs à nous, c'est la Turquie. Cet Orient-là, moins éloigné, est plus accessible, et les coutumes de ses habitants ne paraissent guère moins merveilleuses à nos Français que celles des habitants des Indes. Nos compatriotes s'intéressent beaucoup aux Turcs et à leurs superstitions. C'est que la présence des Turcs en Europe est un sujet constant de remords pour les cons-

Page 1