SONGE OU DEVIS D'ANACRÉON ET D'AMOUR
Naguères en plein minuit
Alors que l'Ourse reluit
Et qu'entre 4es mains se tourne
Du Bouvier, où elP séjourne,
Lorsque les membres lassés
En dormant sont délassés,
Amour du beau trait qu'il porte
S'en vint heurter à ma porte.
« Qu'est-ce qui frappe à mon huis,
Ce dis-je, alors que je suis
En mon lit où je sommeille? »
Lors Amour qui toujours veille
Répond : « Ouvre hardiment :
Enfant suis assurément
Mouillé jusqu'à la chemise,
Et bien qu'ores (à prisent) ne reluise
La lune de ses beaux rais (rayons),
J'erre seul par l'ombre épais,
( hivre donc, et n'aie crainl
Je pris pitié de sa plainte,
Allumant mon lamperon,
Je vis son double aileron,
1 1 Edit. Marty-Laveaux, p. 8.
Et sa trousse découverte Si tôt qu'eus ma porte ouverte.
Alors ce petit archer Vient au feu pour se sécher.
Je réchauffe les mains siennes, Tout soudain entre les miennes Je pressure tout moiteux L'humeur de ses blonds cheveux.
Sitôt que sec il se treuve, « Faisons, me dit-il, épreuve Si mon arc est point gâté. »
Il le bande, et tout voûté, Ainsi qu'un taon il me jette Droit au cœur une sagette (flèche), Puis se va moquant de moi, Disant : « Hôte, éjouis-toi, Mon arc est bien, et t'assure Qu'au cœur en as la blessure. »
qu'il faut boire par nécessité (1)
La terre noircissante boit, Et les arbres boivent la terre; La mer boit les vents qu'elle enserre, La mer, le soleil qui tout voit; De luy, la lune se dessoive :
Pourquoi donc empêchez-vous tous, Vu que tout boit, que je ne boive, Mes compagnons, de ce vin doux?
d'amour piqué d'une mouche a miel (2)
Amour ne voyait pas enclose
Entre les replis de la rose
Une mouche à miel, qui soudain
En l'un de ses doigts le vint poindre (piquer) :
(î) Edit. Marty-Laveaux, p. 19.
[2) Ibid., p. 34.