‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 140 sur 238 · RESPONSE ET COMPL AINCTE · texte numérisé non relu

RESPONSE ET COMPL AINCTE

la tliunc à la lourde d'un gros rupin, qui aquigeoit grande cherc en son creux et pictanchoit de cbenastre pivoye du plus délicieux de la dure, lequel, au lieu de fouquer la thune à ce pauvre malingre, hua ses habins à scziere, (lui furent plus charitables (pie leur maistre, car ils ne voulurent le morficr, i(> ains lescherent ses playes ; et comme la faim l'oppressoit, et qu'il mouchailloit que sa cosne approcboit, il aquigea son testament, recommandant son ame entre les louches du Havre, et son corps à la dure, son pauvre frusquin pour ceux qui le IroUeroit en la dure après l'avoir ensevely, et son guellard, sa saliverne et sa rouillarde pour trois pauvres, les premiers qui trimarderoientpar ce trimard, et pria le grand Havre qu'ils en peussent mieux aquiger leur profit qu'il n'avoit fait durant sa vie. Puis peu après, il cosnil, et les anges entrollerent son ame avec les myons du grand Havre: la cosne attrima aussi ce gros rupin, puis le glier l'entrolla en son pacquelin, où il demande sans cessée pictancher, mais on fiche que floutierc à seziere. Voila comme ce cbenastre Cagou confortoit ces Argotiers.

L'Archislppost.

Eh bien, cher Fanandcl, seras tu encore désolé au récit i-j d'une histoire si cbenastre? Veux tu point te resjouyr et chanter la rigo sur le genel ? Puisque tu moucbailles que le Havre est pour nouzailles, et qu'il punit sévèrement ceux qui ne foncent la thune gourdement ; et, au contraire, ceux qui la fouquent sont ses petits myons, comme aquigeoit jadis ce grand Dasbucbe Sainct Louys, qui estoit si chenu aux pauvres qu'il leur lavoit les pasturons, les faisoit attrimer la morfe avec seziere, et tranchoit la criolle dessus leurs morfiantes ; et aussi ce cbenastre saint François qui aimoit tant la pauvreté qu'il rouscailloit que c'estoit sa marquise, comme de fait il l'espousa et l'attrima pour sienne.

L'Orphelin.

Nouzailles sommes donc Myons de saint François, car la pauvreté estoit nostre grand'mere.

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L'Archisuppost.

Ce n'est pas celle là mesme.

L'Orphelin.

Quoi ! Y a il deux pauvretés ?

L'Archisuppost.

i8 Jaspin, et encores qu'elles soient sœurs, il y a aussi grande différence entre Tune et l'autre, comme il y a entre un rupin et un pallot : car l'une est belle, noble et joyeuse, et s'appelle pauvreté volontaire; l'autre est laide, grossière, cliiragre et rechineuse, qu'on nomme pauvreté de force.

L'Orphelin.

Mais puisqu'elles sont sœurs, d'où vient cette différence ? Je n'enterve point ce que tu rouscailles, si tu n'en fouques l'intelligence.

L'Archisuppost.

C'est que, quelque temps après le déluge ou cathaclypse, un des Myons du chenastre patron Noe engendra, et eut de sa marquise, nommée Nécessité, deux marques : l'une qu'il nomma pauvreté forcée et l'autre pauvreté volontaire, dont l'aisnée fut si friande et morfia de si sale chose, qu'elle devint podagre et puis après hargneuse, ce qui la fit hayr et fuir ; d'où vient le ig proverbe qui rouscaille que : Pauvreté n'est pas vice, mais une espèce de ladrerie. Et fut delineré et arresté de la basourdir, de peur qu'elle n'infectast la dure, et comme elle en enterva rouscailler, elle happa le taillis et embia gourdement, et bia se cacher en la logette d'un charbonnier, qui la reçeut humainement, la cacha des chasseurs qui la chassoient. Puis, quand ils furent embiez, elle embrassa ce charbonnier, rouscaillant à seziere que jamais elle ne le quitteroit pour l'oflice si chenu qu'il luy avoit aquigé ; et en après ils peausserent ensemble, et les Myons qu'ils engendrèrent, on les nomma pauvres de force.

L'autre marque, qui s'appelloit pauvrclé volontaire, estoit

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plus jeune et belle, et qui ressentoit mieux sa noblesse: neantmoins, à cause de sa sœur qui estoit devenue mezelle, elle ne trouva party ny ne fut recherchée, jusqu'à tant que ce chenastre miroir de patience. Job, aquigea l'amour à seziere et la fiança. Quelques pliilosophes en entervant ainsi rouscailler, y trollerent de l'afTection ; entre les autres, Diogenes en devint amoureux, la caressoit, mignardoit, et aquigeoit gloire de l'avoir pour compagne. Mais pas un marpaut ne l'attrimoit pour sa marquise. Jusques au temps que ce grand Dasbuche de l'univers, pour se rendre Havre et Marpaut, quitta, sans quitter le sein de son patron, pour la venir espouser en bas sur la dure, où il l'aquigea rupine, tellement noble et respectée, qu'on la nomma alors sainte pauvreté , ([ui fut tellement honorée et révérée par les Myons et chenastres serviteurs du grand Havre, qu'ils quittoicnt leurs creux et leurs michons pour hier dans les sasbres et ne morfior que des racines pour la posséder. Quelque temps après, elle fut pourtant délaissée et mesprisée, quand ce grand, ce chenastre et seraphique patron qui rifodoit si fort de son amour, qu'il l'espousa, et engendrèrent ensemble tous ceux qu'on appelle Myons de sainct François. Voilà, mon brave Fanandel, la différence qu'il y a entre les deux pauvretez, l'une volontaire et l'autre de force.

L'Orphelin.

Nouzailles somme donc du moins cousins germains des Myons de saint François, puisque sommes issus de deux sœurs, les pauvretés ?

L'Arghisuppost.

Jaspin, et il y auroit moyen de devenir frère qui voudroit.

L'Orphklin.

Gomment se pourroit il aquiger ?

L'Archislppost.

Il faudroit renoncer au serment de la petite flambe et ne

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casser, ne doubler, ne detlorir la picoure, ne sans lournanle desbrider la lourde, et rouscailler de cœur et de mornas ce que s'ensuit :

Vœu de la paiivrelé volontaire Argolique.

O grand Havre, Dabuche du ciel et de la dure, qui 22 as aquigé le Marpaut à ton image et semblance, meziere te rends grâce et hommage de ni'avoir fouquc et conservé la vie jusqu'à présent. Pour te remercier de toutimes ces iDenefices, ô mon chenastrc Seigneur et Maistre, je veux en ma petite condition de toutime mon afTection, estre pauvre de volonté comme je le suis par nécessité. Je fais vœu, et te promets de ne doubler à jamais et n'attrimer que floutiere qui n'appartienne à meziere.

L'Orphelin.

Voylà qui est assez chenastrc. Mais en trimardant quelquefois, si on trouvoit quelque estaphle, nel'oseroit on esgrailler .">

L'AucmsupposT.

Non, il ne faudroit attrimer que ce que l'on ficheroit à la thune.

L'Orphelin.

O que meziere ne bie donc aquiger ce vœu là ! Je pourrois bien rouscailler que ma part des ornies serait morfiée pour 2.3 meziere, car la thune n'est point chenaslre que je peusse trouver du michon pour en abloquir : c'est pourquoy, mon Fanandel, il faut conserver la monarchie et défendre des froUeuxlc mieux qu'on pourra.

L'Arciiisuppost.

Ha, Fanandel, si tu sçavois combien le Havre est chenastrc, tu ne craindrois d'attrimer volontairement cette saincte pauvreté pour l'amour de seziere, car il envoyeroit plus tost exprès un ange du ciel en la dure pour t'atroller de quoy morfier, qu'il te laissast cosnir de faim. Mais puisque tu n'en a pas volonté, rouscaillons donc de Testât de notre monarchie, et

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lu mouchaillcras connue les frères maquillent gourdement pour la conserver en sa splendeur. Il faut que lu sçaches qu'il y a quelques luisans que je receus une lettre de uostre grand ("oesre, laquelle je tiens en ma fellouze, dont la teneur est telle :

u Mon cher et bien aymé Fanandel, salut et amour Argotique. Ayant, par longue expérience, appris le zèle, l'amour, la ferveur et l'affection que trollez à noslre monarchie Argotique, el ayant mouchaillé les grands biens qu'avez aquigé à sezieres par vos chenastVes conseils, j'ay creu qu'il estoit à propos de mander vouzailles pour venir en cestc fameuse vergue de Taris, au lieu qu'on appelle le Port au Foin ', pour, avec quelques Cagous et meziere, adviser à une atTaire très importante de l'Estat. Les frères et meziere prient vouzailles de ne manquer à venir rendre ce chenu office aux \rgotiers ; et si avez quelques affaires particulières de les laisser pour quelques lemps et préférez le bien public au voslre particulier : ce faisant vous obligerez toutime l'Argot et meziere en particulier, qui suis.

Votre Fanandel et serviteur

VA à tous les frères,

Anagreo.n. »

Aussitostla lettre receuëel meziere de trimarder si gourdement, que huict luisans après j'arrivay en la vergue, puis je biay proinptement au Port au Foin où je trouvay grande quantité de frères, lesquels m'aquigerent grand'cherc : mais ce n'estoit que lloutiere au regard de celle que m'aquigea notre grand Coesre, qui arriva toutime aussi tosl monté sur son rnirou - qui venoit de droguer et ballader par la vergue, lequel quand il m'eut mouchaillé, me fit approché de seziere, m'embrassa et m'emmena en sa piolle, où ou soUiçoit du pivoye à quatre ronds la gourpline, qui n'estoit pas trop chenastre : toutesfois il en fallut pictancher gourdement.

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