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Les sources de l'argot ancien

Le xix' siècle est à la fois l'époque la plus féconde du développement du jargon et sa période finale. La première moitié du siècle est marquée par des documents de premier ordre qui, par leur nombre et leur variété, rappellent ceux du xve siècle; la seconde moitié annonce une véritable décadence. La forme l'emporte de plus en plus sur le fonds, le jargon perd graduellement ce qui constituait son originalité et son indépendance, et, après avoir pénétré plus que jamais en littérature (roman, poésie, théâtre) et fourni un contingent considérable au bas-langage parisien, il finit par s'y absorber tout entier.

La première période rentre seule dans le cadre de ces recherches ; la deuxième, qui intéresse à la fois le psychologue et l'historien de la langue, fera l'objet d'une étude à part.

Les Sources de l'Argot Ancien, t. II. 1

Le xixe siècle s'ouvre par un documents des plus curieux, sous le rapport historique et linguistique : le vocabulaire des bandes de brigands connues sous le nom de Chauffeurs. C'est, depuis l'enquête des Coquillards dijonnais, le premier document de cette nature qui soit venu jusqu'à nous. Les associations de malfaiteurs se sont succédées nombreuses à toutes les époques, mais sans avoir laissé de renseignements sur leurs jargons : la bande de Cartouche elle même (1721), que nous avons mentionnée à l'occasion du poème de Granval, ne nous a transmis que des données vagues sur le jargon qu'elle parlait.

Au cours de la première moitié du xixe siècle, les bandes de malfaiteurs ont été particulièrement nombreuses. Moreau-Christophe, ancien inspecteur général des prisons, en cite plusieurs dans son « Monde des coquins » (i863) : bande Souiïlard et Lesage (i836-i838), bande Châtelain, Hug, etc. (i836- 18^2), bande Charpentier (i8/|3), bande Courvoisier, Gautier, etc. (i843), bande Poulman, Hénon, etc. (i843), bande des Escarpes (18H), bande des

Habits noirs (i844), bande des Endormeurs (18^7), etc. Sur tous ces groupements, Moreau-Christophe ne nous fournit que des renseignements insuffisants, sans indication de sources, et ne parle même pas de leurs jargons *'.

On sait que les bandes des Chauffeurs proprement dits se répartissaient en quatre groupes principaux : les Chauffeurs des provinces du Centre (Beauce, Maine et Orléanais) ; ceux du Nord, qui terrorisèrent la Picardie ; ceux de l'Est, les Chauffeurs du Rhin ; enfin les Chauffeurs Lyonnais -.

La plus atroce fut la fameuse bande d'Orgères. Nous étudierons plus loin son organisation et son jargon. En ce qui touche ce dernier, remarquons qu'il y avait parmi les Chauffeurs des Bohémiens qui ont laissé dans leur vocabulaire les premières traces appréciables de leur idiome : chique, église, et grès, cheval. Ces Chauffeurs qui, de l'an IV à l'an VI de la

1. Tout récemment encore, en mars 1900, les journaux ont parlé d'un procès monstre, devant la Cour d'assises de la Somme, d'une bande provinciale, les Travailleurs de la nuit. Cette association de malfaiteurs comptait une quarantaine de complices, bien outillés et disciplinés, évoluant surtout dans la province et ayant Paris pour centre. Ln langage secret au moyen d'une grille, dit-on, servait à la correspondance des afliliés. Cependant, l'acte d'accusation assez volumineux (1G1 pages) n'en fournit pas d'autres détails. Voir le Journal de 1906, n° du 7 mars et les suivants.

2. Funck-Brentano, Les Brigands, p. 289-311 : Les Chauffeurs. Le même historien vient de consacrer un volume très nourri à Mandrin (172/1-1755), bandit fameux dont le nom est demeuré proverbial. Malheureusement, dans toutes ces publications, le côté jargonnesque, si intéressant pour l'historien psychologue, n'est même pas touché.

République, infestèrent la Belgique, une partie de la Hollande, et la plupart des provinces du nord de la France, avaient des Romanichels dans leurs bandes1.

Le vocabulaire des Chauffeurs est un des quatre ou cinq documents de première importance que compte l'historique du jargon : les données qu'il fournit dans son ensemble se distinguent aussi bien par l'originalité de la conception que par la variété des éléments constitutifs.

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