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Les sources de l'histoire de France 1888-1898

Avant d’étudier les diverses périodes de l’histoire de France sur lesquelles ont porté les efforts des érudits et des historiens ; avant de donner l’analyse, siècle par siècle, des nouveautés historiographiques durant la période décennale qui s’étend de 1888 à 1898, je crois qu’il est indispensable de bien définir ce que nous entendrons par Sources de l’histoire de France, afin de dissiper toute équivoque et tout malentendu. Un rapport succinct, quoique détaillé, sur les Sources de l’histoire de France depuis dix ans, ne peut pas évidemment embrasser toute l’étendue des sciences Historiques, Il y a certaines sciences historiques, même des sciences auxiliaires, qui, grâce à de nouveaux érudits, se sont complètement modifiées, et, en prenant un nouvel essor, ont contribué à apporter tout un contingent de faits nouveaux, et dont l’historien doit tenir compte. La numismatique, la diplomatique, l’épigraphie, l’archéologie, grâce aux travaux qu’elles ont pu suggérer, ont modifié parfois certaines questions'.souvent obscures de notre histoire. Les documents d’archives, les livres écrits sur mille sujets divers devraient être également tenus pour des sources de première ou de seconde main : ce sont, si je puis dire, comme autant de pierres, sinon nécessaires, du moins utiles pour l’édifice général. En un mot, tout document historique, quelque forme qu’il revête, peut passer pour une source historique. Mais qn comprend alors quelles dimensions aurait un article, — en supposant même qu’on pût arriver à l’écrire — qui prétendrait donner en détail l’analyse des sources historiques d’un pays comme la France, pour un nombre d’années déterminé. Si l’on ajoute à cela que les sciences historiques ont pris depuis une vingtaine d’années une extension remarquable, qu’elles se sont développées avec une activité parfois débordante, on verra qu’il faut res-. treindre de plus en plus et très étroitement limiter l’acception du mot Sources. C’était déjà en 1888 l’opinion de M. Le Vavasseur, qui, dans son rapport sur le mouvement historiographique de 1878 à 1888,

était frappé de l’importance du mouvement historique, comparé au premier rapport de 1868 à 1878 : nous devons à notre tour signaler celte prodigieuse extension et ces efforts si divers dé Factivité et de la fécondité historiques. Nous entendrons par sources des matériaux écrits de toute espèce, autres que des productionspurement littéraires, ou des documentsd’archivesde nature à faire connaître l’histoire de l’ancienne France. Ces sources peuvent se ranger dans deux catégories. Elles peuvent être des sources directes : ce sont les textes, dont les auteurs se sont proposé de nous transmettre directement des faits historiques ; les annales où les événements sont rapportés année par année ; les chroniques d’une composition plus littéraire, les biographies, les vies de saints, les autobiographies, les mémoires. Elles sont indirectes quand ce sont, par exemple, des lettres qui intéressent directement l’histoire, des correspondances diplomatiques, au moyen âge des enquêtes, dans des époques plus modernes les gazettes, les journaux, en un mot, tous les élémenls d’une presse périodique. Nous serons donc obligés d’éliminer une foule de livres ou de sources qui n’intéresseraient qu’indirectement Fhistoriographie purement française et que bannit l’étendue du présent rapport ; mais, par contre, nous ferons souvent appel aux sources étrangères : car la France n’a pas été isolée en Europe : les événements qui intéressent son histoire ont été racontés souvent en détail par les historiens et les chroniqueurs des pays voisins, d’où la nécessité de mentionner les sources étrangères indispensables à la connaissance complète de certaines phases de notre histoire. Comment, en effet, comprendre sans le secours de chroniques étrangères, toute la guerre de cent ans ou la rivalité entre François et Charles-Quint? Obligés de faire un choix parmi la masse des documents, et d'opérer un triage parfois systématique, nous espérons toutefois avoir mentionné les œuvres et les travaux essentiels. Nous n’avons donc pas la prétention d’êlre complets. Il nous arrivera souvent de n’avoir pas signalé un recueil de documents ou une chronique locale ; par contre, plus d’une fois nous rappellerons tel ou tel livre parce que Fauteur, embrassant une longue période de l'histoire générale, a pris à tache d’analyser lui-même dans son livre les sources historiques contemporaines et d’en faire la critique : car un rapport, même succinct, sur les sources historiques, ne saurait être complet sans la mention des travaux critiques sur les sources mêmes. Nous avons été obligés de limiter également ces sources et de n'envisager que celles qui intéressent l’histoire générale; les sources locales, quoique très utiles, doiventprendreplacedans les bibliographies d’histoire locale. Parmi ces sources les cartulaires offrant une série chronologique toujours précieuse de documents inédits,

nous avons cru bon de les laisser à part, espérant qu’on voudra bien donner une liste, aussi complète que possible, des principaux cartulaires ou recueils de documents locaux. Quant aux limites chronologiques, elles iront depuis la Gaule romaine jusque vers la mort de Henri IV. Plus on avance en effet vers le xvii% le xviii® siècle, plus ces sources deviennent nombreuses, et moins la critique en a été faite. Voilà pourquoi nous serons beaucoupplus complelspour toutle moyen âge, c’est-à-dire jusque vers le xvii* siècle, précisément à l’époque où l’historiographie pure fait place à la littérature mémorialiste ou à la presse périodique. Quant aux sources, nous les rangerons chronologiquement par siècles et par époques, autant qu’il serapossible, dans l’ordre même où se succèdent les chroniqueurs. Nous n’avons pas eu la prétention de dresser une liste complète de tous les travaux intéressant l'historiographie française, encore moins de faire la critique de ces sources; nous avons voulu seulement répondre aux vœux mêmes du Congrès bibliographique et faire passersous les yeux du lecteur, en quelques pages, un résumé du travail scientifique, érudit ou critique qui s’est opéré sur les sources de l’histoire de France. On y trouvera sans doute des oublis et des lacunes, des parties plus détaillées les unes que les autres ; mais qu’on veuille bien se rappeler que les limites du rapport étant restreintes, le choix des sources même a dû être systématique, et que, loin de dresser un catalogue détaillé, nous avons tenu surtoutàéveiller l’attention sur les différents développements du mouvement historiographique et à retracer par tranches chronologiques les diverses phases de cette évolution.

Les premiers âges et l’époque de la Gaule celtique n’ont naturellement pas donné lieu à des travaux très nombreux. L’étude en est d’ailleurs fort difficile; les documents font défaut ou du moins sont fort rares, plus rares encore les érudits capables de traiter avec toute la critique nécessaire une période aussi embrouillée et aussi complexe de nos antiquités nationales. Les sources de l’histoire de France pour cette époque doivent être cherchées dans les travaux des archéologues, des celtisants ou des linguistes. M. D’Arbois de Jubainville a réédité son livre sur les Premiers habitants de L'Europe livre qui parut il y a une vingtaine d’années, et qui obtint dans le monde de l’érudition un si légitime succès. On y trouve tous les renseignements désirables sur la race celtique, ses origines et son développement. M. D’Arbois, voulant écrire une histoire des Gaulois, s’est

1. H. d’Arbois de Jubainville. Les Premiers Habitants de l'Europe d’après les écrivains de Vantiquité et les travaux des linguistes, 2* édition corrigée avec la collaboration de G. Dottin, tome l^f. Paris, Thorin, 1889, in-8*, xxiy-400 p.

livré à de très minutieuses et savantes recherches sur l’ethnographie de la Gaule et de l’Europe avant les Gaulois, etc’estàlui qu’il faut s’en rapporter si l’on désire connaître le répertoire complet et le commentaire de toutes les sources classiques relatives aux Gaulois et aux Celtes^ Pour ces origines, encore si complexes et si controversées, les sources historiques sont avant tout philologiques: la philologie celtique y occupe la premièreplace. De son côté, M. Salomon Reinach s’est efforcé de débrouiller la préhistoire de la Gaule. En 1887, il publiait un Catalogue sommaire du Musée de Saint- Germain. En 1889, il donnait la Description raisonnée de ce musée Chacun des chapitres de ce livre est précédé de dissertations où l’auteur traite avec une érudition aussi abondante que précise de toutes les questions relatives aux' temps préhistoriques de la Gaule. L’abondance des renseignements fournis, la richesse de l’annotation, la sévère critique qu’il a apportée dans des questions que Pimagination et la fantaisie avaient compliquées, font de ce catalogue l’ouvrage le plus complet et le plus clair que nous possédions sur l’archéologie préhistorique de la Gaule.

Nous sommes heureusement plus riches pour la Gaule romaine ; les textes deviennent plus nombreux, les inscriptions ne manquent pas, ni les historiens grecs et latins. Les sources sont précisément de deux sortes : les textes et les inscriptions ^ Un intrépide travailleur, M. Cougny, avait assumé la lourde tâche de refaire, pour les textes grecs antérieurs au vi® siècle, le recueil de dom Bouquet. De 1878 à 1892 il publiait successivement, grâce à sa persévérance et à sa méthode, six gros volumes Cette publication très utile a considérablement facilité l’étude de nos origines nationales. On y trouve, > plus complets que dans les Historiens des Gaules et de la France de dom Bouquet, tous les textes relatifs à la Gaule recueillis dans les ouvrages des géographes (Ptolémée et Strabon), — des historiens (Polybe, Diodore, Plutarque, Appien, DionCassius, Hérodien, Eusèbe, Zosime, Procope, Agathias), — des philosophes et des poètes. On voit combien ce recueil de textes est précieux puisqu’il nous conduit jusqu’au vi® siècle, c’est-à-dire à l’époque où la Gaule devient la

1. D’Arbois de Jubainville, Ernault, Dottin. Les Noms gaulois chez César et Hirtius : De Bello gallico. Première série : Les composés dont Rix est le dernier terme. Paris, Poiiillon, 1891, in-12, xv-2i)9 p.

2. Salomon Reinach. Description raisonnée du Musée de Saint-Germain-en-Laye,

époque des alluvions et des cavernes. Paris, Firmin-Didot, 1889, in-8", 322 p. |

3. Tous les documents archéologiques sont pour cette époque de première importance. Citons en première ligne de M. S. Reinach, Antiquités nationales. Description raisonnée du Musée de Saint-Germain-en-Laye : Bronzes et figures de la Gaule Romaine . Paris, Didot, 1894, in-8®, xvi-386 pages.. .

4. Lp tome VJ a été publié après la mort de M. Cougny, en 1892, par son élève, Henri Lebègue.

France ^ . Je ne veux pas mentionner ici toutes les éditions des historiens anciens, surtout les excellentes éditions données par les savants allemands. De la Guerre des Gaules de César, je ne citerai que la dernière édition publiée par W. Kelsey en 1897 2, bonne surtout par les cartes et les plans que l’on y peut trouver. Toutes ces éditions sont enrichies de notes littéraires et grammaticales et c’est là qu'il faut chercher les résultats delà critique contemporaine sur la valeur de ces sources. — M. de la Ville de Mirmont a fait une excellente étude sur la Moselle d'Ausone^ qu’il a accompagnée d’un commentaire historique très abondant et d’une traduction française, le tout joint à un texte consciencieusement établi ^ La maison Didot a donné une nouvelle édition, accompagnée d’une traduction, des œuvres &' Ausone et de Sidoine Apollinaire M. Lavertujon a étudié la Chronique de Sulpice Sévère^ le premier des grands chroniqueurs ecclésiastiques et des grands hagiographes de notre pays qui vécut de 365 à 425- et qui fut le biographe de saint Martin l’apôtre des Gaules ^ L’édition de Sulpice, faite d’après celle de Halm, contient une traduction française, une critique souvent judicieuse et des commentaires très étendus.

Avec la Géographie de la Gaule romaine de M. Desjardins, dont le tome IV a été savamment réédité par M. Aug. Longnon nous avons une étude très détaillée sur les sources de la topographie de la Gaule romaine : cet ouvrage renferme la transcription in extenso des principaux documents qui nous font connaître les anciennes routes et les anciennes localités de notre pays. Pour ne citer que les principaux, ce sont les Vases ApoUinaires de Vicarello, les Milliaires à itinéraire d’Autun et de Tongres, l’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, l’Itinéraire d’Antonin, la Table de Peutinger et les Bornes milliaires. Enfin M. Longnon a donné un appendice de la plus savante érudition sur l’état de la Gaule d’après l’Anonyme de Ravenne.

1. E. Cougny. Extraits des auteurs grecs concernant la géogiuiphie et V histoire des Gaules, publiés pour la Société de l’Histoire de France. Paris, Laurens, 1878- 1892, 6 vol. in-8*.

2. Caesars Gallic War, wiih an Introduction, notes and vocabulary by Francis W. Kelsey, University of Micbigan. Boston, 1897, in-80, viii-454-122 p.

3. H. de la Ville de Mirmont. D. M. Ausonii Mosella. Étude critique et traduction française précédées d'une introduction, suivies d'un commentaire et ornées d'une carte de la Moselle et de fac-similés d'éditions anciennes. Bordeaux, Gounouilhou, 1889, gr. in-80, cclxxv-141 p.

4. Bibliothèque latine française publiée sous la direction de M. Nisard. Œuvres d'Ausone, de Sidoine Apollinaire et de Fortunat. Paris, Didot, m-i°.

5. H. Lavertujon. La Chronique de Sulpice Sévère. Hachette, tome I,'1897, in-80.

6. Ernest Desjardins. Géographie historique et administrative de la Gaule Romaine. Les Sources de la topographie comparée, tome IV. Paris, Hachette, gr. in-80, 1893, iv-294 p., 13 planches.

Avec les textes des auteurs et historiens, soit grecs; soit latins, les inscriptions gallo-roniaines ou chrétiennes sont une source capitale pour l’histoire de la Gaule jusqu’au vi® siècle, c’est-à-dire jusqu’aux premiers rois mérovingiens. Et avant tout il faut mettre à part comme un travail de tout premier ordre, l’édition donnée par Hirschfeld de toutes les inscriptions relatives à la Gaule Narbonnaise ^ Grâce à cet admirable recueil on peut désormais connaître toute l’œuvre accomplie par Rome dans la France méridionale. Ce n’est pas qu’on trouve dans le Corpus une histoire suivie de la Gaule Narbonnaise: les sources doivent être cherchées dans les innombrables préfaces dont M Hirschfeld a fait précéder les différents groupes d'inscriptions, préfaces qui sont des modèles d’érudition nette et concise. Dans de remarquables articles parus dans le Journal des savants M. Jullian a fait ressortir toute l’importance de la publication au point de vue de l’histoire de la Gaule jusqu’au v® siècle.

En attendant que M. Hirschfeld ait achevé la tâche immense qu’il a entreprise, c’est-à-dire celle de publier le Corpus des Inscriptions des trois Gaules, c’est dans les Corpus des inscriptions romaines locales qu’il faut chercher les documents. C’est ainsi que M. Jullian a publié ]es Inscriptions romaines de Bordeaux Le premier volume, paru en 1887, qui contenait toutes les inscriptions gravées jusqu’en 300 après Jésus-Christ, est riche surtout pour l’importance commerciale de Bordeaux; le tome H, qui a terminé l’ouvrage, renferme Rs inscriptions chrétiennes des années 300 à 750, avec une étude complète sur les civitates et les voies romaines de la région En même temps que M. Jullian à Bordeaux, d’autres érudits travaillaient à réunir les inscriptions de certaines provinces romaines ou de nos départements actuels : M. Lejay celles de la Côte-d’Or^; M. Mowat celles du pays de Langres ® et du Maine, et de divers autres centres gallo-romains ^ ; le capitaine Espérandieu celles du Poi-

1. Otto Ilirsclifeld. Corpus Inscriptionum Latinarum iomus XII. Inscriptiones Galliae Narbouensis latine^ consiUo et auclorlLate Academiae lilterarum Borussicae. Berolini, 1888, 1 vol. in f“. 916 p.

2. Journal des Savants, 1889, pages 114-124; 370-379; 496-503.

3. C. Jullian. Inscriptions Romaines de Bordeaux, avec gravures dans le texte et héliogravures, tome 1, 1887, in-4°, 616 pages. Tome II, 1890, in-4'’, 715 p. Bordeaux, Gounouilhou.

4. On y trouve également toutes les inscriptions du département de la Gironde (civitates Biturigum, Basatiurn, Boiorum, Nitobrigum).

5. Lejay. Inscriptions antiques de la Côte-d'Or. Paris, Bouillon, 1889, in-8o, 28C p.

6. Mowat. Inscriptions de la cité des Lingons {Revue archéologique, 1890, 74 pages, 2 planches). Les dernières découvertes épigraphiques dans le département de la Mayenne [Bulletin historique et archéologique de la Mayenne (1892).

7. Robert .Mowat, Notice épigraphique de diverses antiquités gallo-romaines. Paris, Cliampion, 1887, in-S®, 178 p.

tou et de la Saintonge, ' ou de la cité des Lemovices ^ ; M. Allmer continue toujours ses recherches sur laLugdunaise ^ et il a achevé avec la précieuse collaboration de M. Dissard Inscriptions de Lijon^, qui sont aujourd’hui la plus belle étude consacrée par un Français à nos antiquités nationales. — Nous avons également les Inscriptions antiques des Pyrénées ^ ^vèunxQS par Julien Sacaze, celles de Nantes dues à M. Legendre, de Nîmes ^ de la Loire-Inférieure®. Enfin M. Lebègue, dans la nouvelle édition de V Histoire générale du Languedoc, a publié les Fastes de la Narbonnaise, et avec MM. Allmer et Germer-Durand les Inscriptions latines de Narbonne, où plus de 1300 inscriptions ont été soigneusement commentées®. En somme depuis dix ans l’épigraphie locale a fait des progrès considérables et la liste, quoique incomplète, des différents Corpus provinciaux que nous avons pu signaler est le symptôme du réveil des études épigraphiques.

A côté des inscriptions gallo-romaines, il ne faut pas oublier de mentionner les inscriptions chrétiennes : c'est, pour l’histoire delà Gaule et presque jusqu’au vu® siècle, une source historique de première importance. Le seul recueil important est le Nouveau Recueil des Inscriptions chrétiennes par M. Le Blant ; c’est un supplément à son bel ouvrage sur les Inscriptions chrétiennes de la Gaule paru en 1836-1865 et du plus haut intérêt. Il comprend 445 inscriptions

1. Le lieut. Émile Espérandieu. Épigraphie romaine du Poitou et de la Saintonge. Melle, Lacuve, 1888, gr. in-8% 412 p., 56 planches, environ deux cents textes.

2. Le capitaine Espérandieu : Inscriptions de la cité des Lemovices. Paris, Thorin, 1891, in-8', 344 p. — Musée de Périgueux : Inscriptions antiques. (Publicat. de la Soc. Hist. et Archéolog. du Périgord, 1893, in-8", 124 p )

Du même : Inscriptions antiques de Lectoure. Auch et Paris, Thorin, 1892, in-8®, 148 p. — Musée de Périgueux : Inscriptions antiques (publications de la Société Historique et Archéologique du Périgord, Périgueux et Paris, 1893, in-8", 124 pages, Il planches). — Inscriptions de la Corse, 1892, in-8®, 162 p.

3 A. Allmer et P. Dissard. Antiquités découvertes en 1885-1886 au quartier de Lyon dit de Trion. H® partie, Lyon, gr. in-8“, clxviii-264 p.

4. Musée de Lyon : Inscriptions antiques par MM. Allmer et Dissard, tome V. Lyon, Delaroche, 1893, gr. in-S®, 240 p. L’ouvrage, très luxueusement publié, a paru en 5 volumes de 1888 à 1893.

5. Inscriptions antiques des Pyrénées, par Julien Sacaze, avant-propos par Lebègue. Toulouse, Privât, in-8°, xiv-576 p. (Bibliothèque méridionale, 2" série, tome II).

6. Nantes à Vepoque gallo-romaine d'après les découvertes faites à la Porte Saint- Pierre, par O. Legendre, architecte, 1891. Nantes, Mellinet, in-4", 138 pages et un album de 33 planches.

1. Nîmes gallo-romain, par Bazin. Nîmes, 1892, 300 p. — Vienne et Lyon galloromains. Paris, Hachette, 400 p., 1892.

8. Géographie historique et descriptive de la Loire-Inférieure, tome !**■, les Villes disparues des Nhmnètes. Grimaud, 1893, in-8°, xlviii-552 p.

9. Histoire générale du Languedoc, par D. Cl. Dévie et D.-J. Vaissete, Épigraphie de Narbonne. Toulouse, 1887, in-4".

10. Edmond Le Blant. Nouveau Recueil des Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au VHP siècle. Paris, Hachette, 1892, in-l", xxiii-488 p.

nouvelles accompagnées de notices fort étendues et qui nous permettent de mieux juger encore l'introduction tardive du christianisme dans l’intérieur de la Gaule, et Timportance du Rhône pour la pénétration du christianisme. L’ouvrage est fait avec une très grande science et devient, pour les études des premiers siècles, avec le Corpus des sarcophages, une source, indispensable et précieuse à quiconque s’occupe de l’évangélisation de la Gaule.

Des royaumes barbares fondés sur le sol de l’empire romain, celui des Francs eut la meilleure fortune. Malheureusement ilne nous reste pas grand'chose en fait de sources historiques jusqu’aux Mérovingiens eux-mêmes. Sur les Wisigoths, les Burgondes, les Francs avant Clovis, nous n'avons que fort peu de renseignements ; les seules sources à proprement parler historiques, sont les textes de lois de ces peuples barbares. M. Smith nous a donné celui de la loi Gombette ^ ; M. Froidevaux a fait une thèse très érudite sur la Loi des Francs Chamaves^ ; maïs c’est surtout dans les MonumentaGermaniæ Historica, dans la section des qu’il faut chercher les meilleures éditions de ces lois barbares. C’est ainsi que M. Lehmann a publié l’ancienne législation des Alamans représentée par le Pactus et la Lex Alamannorum ^ celle-ci étant un texte officiel, mais rédigé au commencement du viii* siècle ; — et M. Rudolf de Salis les JLeges Burqundionum^ .

Pour le royaume franc, les origines des Francs, leur établissement en Gaule depuis Clovis, les guerres de Clovis contre les Burgondes et les Wisigoths, les guerres en Germanie et enitalie, et la décadence mérovingienne depuis la mort de Dagobert en 638 jusqu’à l’avènement des Carolingiens, c’est encore la série des Seripiores des Monumenta Germaniæ, qui contient tous les écrivains qui peuvent servir àconnaîtrefhistoire desroyaumes germaniques ^ C’estlà qu'on trouve la meilleure collection des textes purement et consciencieusement établis. En 1877 paraissaient dans la série des Scriptores {Auctores

1. J .-E. Valentin Smitli. La loi Gombefle, reproduction intégrale de tous les ms. connus, recueillis, puhtiés et annotés. Paris, Picard, in-8°.

2. Henri Froidevaux. Etudes sur la Lex dicta Francorum Cfiamavorum et sur les Francs d7i pays d’Amor . V-dvis, Hachette, 1891, in-8“, x-234 p.

3. Monumenta Germaniae historica indeab anno quingenteslmo usgue ad annum 1.500. Leges nationum germanicarum. Legum sectio 1. Toin.V, pars 1. Leges Alainan~ norum, edidit J.,elimann. Hannoverae, 1888, in-4°, 116 pages.

4. Mon. Ger. Jlist I.egum sectio I. Leges nationum germanicarum, tom. II, pars 1. Leges Burgundionum. 1892, 188 pages.

6. Je fais ici allusion à la série in-4o publiée par les Momwienta Germaniae historica : Tédition primitive in-folio était incommode à manier; on a commencé alors une édition in-4‘’ dans laquelle lignrent les écrivains de la période la plus ancienne.

antiquissimi), les œuvres, de Salvien \ à' Eugippius à.' Eutrope ^,,et successivement de Eortwmt \ de Jordanès s, d'Ausone de Sijmmor-. que’ ,d'Ennodius^^ dQ Sidoine Apollinaire^. La période de 1888 à J898 se signale par des publications aussi importantes. C’est d’abord, pour revenir à l’époque gallo-romaine, M. Théodore Birt, qui publie les œuvres de Claudien et accompagne son édition de notes de la plus haute érudition ; c’est encore M. Théodore Mommsen qui dans trois volumes parus sous le titre de Chronica Minora}^ , a republié avec la science et l’érudition qu’on lui connaît presque toutes les chroniques intéressant notre ancienne histoire, le Chronographe de l'année 433, \es Fastes consulaires.^ les Notes chronologiq.uf^s de ProsperTironei de Victor d' Aquitaine., la Chronique du comte Marcellin., de Cassiodore, dQ Marius d' Auenches, ^d'Isidore, etc. L’infatigable érudit allemand publiait encore en 1894 les œuvres du sénateur Cassiodore et tout dernièrement jugeait bon de republier à nouveau le Liber Ponti/îcalis dont l’édition détinitive avait été donnée par l’abbé Dnchesne

C’est donc, comme on peut le voir, la série des Auctores antiquissimi qui pour toute l’époque barbare et mérovingienne nous fournit à peu près les. bonnes éditions des principales sources historiques En France également il a paru depuis 1888 quelques bons travaux sur les chroniqueurs de l’époque mérovingienne. M. Collon a publié en 1893 les quatre derniers livres de V Histoire des Francs, dont

1. Mon. Ger hist. Scdviani Libi'i, tom. I, pars prior, edidit Carolus Halm.

2. Eugippii vita sancti Severini, recensuit et adnotavit Hermanus Sauppe, 1877 .

3. Avct. antiquissimi, tomus II Eutropi breviarium cum versionibus et continuationibus , 1879, recensuit Droysen.

4. Auct. antiq. tom. IV, pars prior : Venanti Bonori Clementiani Fortunati, presbyteri italici opéra poetica, recensuit Fridericus Léo, 1881.

5. Axict. antiq. tom. V, pars prior, Jordanis Romana et Getica, recensuit Theodorus Mommsen, 1 882.

6. D. Magni Ausonii opuscula, recensuit Garolus Schenkl, tom. V, pars posr terior, 1883.

7. Auct. antiq. tom. VI, pars prior ; Q. Aurelii Symmachi que super sunt, edidit Otto Seeck.

8. Auct. antiq. tom. VU, Magni Felicis Ennodi opéra, recensuit Fridericus Vogel, 1883.

9. Auct. antiq. iom. VIII, Apollinaris Sidqnii epistolae et carmina, veceusnii et emendavit Cliristianus Levetjohann, accedunt Fausti aliorumque epistulæ ad Ruricium aliosque Ruricii epistule, 1887

10. Auctor. ant. tom. X, Claudii Claudiani carmina, recensuit Theodorus Birt. Berlin, Weidmann (1892), in-4*, 611 pages.

11. Aîict. antiq. tom. IX Chronica Minora sec. IV, V, VI, VII, edidit Theodorus Mommsen volumen I, 1892; vol II, 1893 ; vol. III. 1898.

12. Mon. Ger. Hist. Auct. antiq tom. W\,Cassiodori senatoris variae, recensuit Theodorus Mommsen Berlin, 1894, .398 p.

13. Mon. Ger. Hist. Gestorum Pontificum Romanorum vol. I. Libri Pontificalis pars prior edidit Theodorus Mommsen, Berlin, 1898.

en 1886 M. Omont avait édité les six premiers* ; ce n’est point une édition critique, mais une édition diplomatique qui reproduit scrupuleusement le texte que nous ont transmis les scribes du viiieou du commencement du ix^^ siècle- : en 1895 parurent les livres Vll-X ; M. Nisard traduisait en français le latin difficile de Fortunat dont M. Léo donnait une excellente édition dans les Monumenta Germanise le chanoine Ulysse Chevalier donnait aussi une édition complète des Œuvres de saint Avit, évêque de Vienne, édition meilleure que celle des Monumenta Saint Avit est à coup sûr l’un des hommes les plus instruits et les plus considérables par leur rôle religieux et politique à la fin du ve siècle et au commencement du vi®. Conseiller de Gondebaud, ses poésies et ses lettres jettent un grand jour sur la société des v®et vi« siècles. — L’édition de M. Ulysse Chevalier est d'ailleurs excellente ^

A côté de Grégoire de Tours et de saint Avit, l’un des plus grands chroniqueurs de l’époque mérovingienne est Frédégaire : nous en avons un bon texte enrichi de notes critiques excellentes donné par M. Bruno Krusch Je passe ici sous silence les études critiques ou les travaux particuliers sur l’histoire de la Gaule mérovingienne ; citons seulement de M. Godefroid Kurth V Histoire poétique des Mérovingiens^ un excellent livre où l’auteur s’est proposé de dégager dans les premiers livres de Grégoire de l'ours^ dans le pseudo-Frédégaire^ enfin dans les Gesta Regum Francorum^ les éléments traditionnels etpoétiques, et où il adémoniré assez péremptoirement combien est peu sûre l’histoire traditionnelle de la Gaule barbare Citons aussi du même auteur un article fort suggestif sur V Histoire de Clovis d'après Frédégaire M. Kurth s’attache surtout à réfuter l’opinion de Rankesur la valeur respective de Grégoire et de Frédégaire.. Il prouve

1. Le. ms. de Corbie dont M. Omont s’était uniquement servi s’arrêtant à la fin du VI® livre, les quatre derniers ont été donnés par M. Gollon d’après un des plus anciens ms., le 9403 de la Bibl. Roy. de Bruxelles.

2. Grégoire de Histoire des Francs. Texte du ms.de Bruxelles, publié par

M. Gaston Gollon. Paris, Picard, 1893, in-8*, viii 24tp. (Gollection de textes pour servira létude et à l’enseignement de l’histoire).

3 Biblioth. latine française. Œuvi es d'Ausone... et de Fortunat. Paris, Didot, in-4*.

4. Auctores antiq. t. VI, pars posterior. Alcimi Ecdicii Aviti Viennensis episcopi opéra que super sunt., edidit Riidolfus Peiper, 1883.

5. Le chanoine Ulysse Ghevalier. OEuvres complètes de saint Avit, évêque de Vienne, nouvelle édition publiée pour les Facultés catholiques de Lyon. Lyon, Librairie générale catholique et classique, 1890, 10-8°, Lxxix-3f)3 p.

0. Fredeqarii et aliorum chronica. Vite Sanctorum, eàïàïi Bruno Krusch. Hannoverae, Ilahn, in-4“, yiii-379 p.

7. Godefroid Kurth. Histoire poétique des Mérovingiens. Paris, Picard, 1893, in 8°, iv-5.72 p.

8. G. Kurth. L'Histoire de Clovis d'après Frédégaire [Revue des Questions historiques, U' janvier 1890, p. 00-100).

que cette dernière compilation n’est qu’un résumé souvent inexact de VHislona Francorurn augmenté d’emprunts faits à la tradition populaire.

Les chroniques de l’époque mérovingienne ne sont pointles seules sources historiques de l’époque ; on trouve des renseignements précieux et de première importance dans les Concilia ou dans les actes des rois eux-mêmes. M. Maassen nous a donné des premiers une excellente édition dans les Monumenla Germaniae historica : elle comprend tous les conciles qui ont été célébrés dans le royaume des Francs, depuis le concile d'Orléans en 511 jusqu’à celui d’Auxerre en 695 ; 1 éditeur a compris également les conciles qui s’assemblèrent dans le royaume de Bourgogne et dans les provinces occupées par les GothsL De leur côlé, MM. Boretius et Krause ont publié à nouveau les Capitulaires des rois mérovingiens et carolingiens ^ ; M. Zeumer les Formules de l'époque mérovingienne ^ ; enfin M. Thevenin a donné dans la Collection des textes pour servir à V enseignement de l'histoire un choix de textes relatifs aux institutions mérovingiennes et carolingiennes Je n’ai mentionné pour l’époque mérovingienne que les sources les plus importantes : un catalogue complet devrait comprendre les travaux des érudits, ceux par exemple de Julien Havet, qui sont éparpillés dans des revues diverses, et où chaque article vient souvent apporter tout un ensemble de faits nouveaux et détruire toutes les traditions légendaires de l'époque. Les travaux de Julien Havet doivent être, à ce point de vue, considérés comme des modèles d’érudition pour tout ce qui touche à des périodes de notre histoire souvent encore si obscures

Pour toute la période carolingienne, depuis l’avènement de cette maison jusqu’au règne de Hugues Capet, les sources sont nombreuses. Mais il serait bien difficile de dire si durant ces dixdernièresannées les études d’histoire carolingienne ont été plus cultivées que dans la période décennale du rapport de 1878. Bornons-nous à enregistrer les résultats acquis sans chercher à établir d’équivalences ou de comparaisons. Quoi qu’il en soit, et à ne regarder même que

1. Monumenta Germ. Historica. Lequm sectio III. Concilia tom. I, Concilia ævi merowingici. Recensuit Fridericus Maassen . Hannoverae, 1893, in-l**, xvii 281 p,

2. Monumenta Germ. Ilistor. Legum sectio II. Capitularia regum Francorurn denuo ediderunt A. Boretius et V. Krause, torn. II, pars I. Hannoverae, Ilahn, in-4“, ix-192p.

3 . Mon. Ger. Historica. Legum. sectio V. Formulae merowingici et carolini aevi, accedunt ordines judiciorum Dei, edd. Karolus Zeumer, 1886.

4. Marcel Thevenin. Textes relatifs aux institutions privées et publiques aux époques mérovingiennes et carolingiennes, l*”* partie. Institutions privées. Paris, Picard, in-8*.

5. Questions mérovingiennes : les origines de Saint-Denis {Bibl. de l'École des Chartes, 1890 (p. 1-62).

l’ensemble des travaux historiographiques parus depuis dix ans sur cette période, il est certain que l'attention des érudits s’est portée avec une vigueur toute nouvelle sur cette période et que nous avons eu en même temps que d’excellentes éditions, de très bons livres écrits d’après les sources. M. Traube a donné dans les Monumenta {série des Poeiae latini medii aevi) un troisième volume, qui fait suite à celui que Duemmler avait publié en 1884 \ et qui renferme toutes les poésies latines de l’époque carolingienne ; ce dernier volume renferme par exemple celles de Paschase Radbert, d’Hincma7\ de JeanScot; l’édition de ces sources poétiques estdésormais définitive ^ ; — M. 0. Abel a donné de bons extraits de Paul Diacre^ des continuateurs de Frédégaire 3 et à'' E ginhard La

direction des Monumenta Germaniae historica a eu l’excellente idée de faire rééditerune chronique qui intéresse presque autant l’histoire de France que celle d’Allemagne. Elle a confié la réimpression de la Chronique de Réginon, abbé de Prüm, à M. Frédéric Kurze^. Cette chronique est un ouvrage précieux qui va de la naissance du Christ à l’année 966. Dans le premier livre, qui n’a rien d’original, l’auteur a paraphrasé Rède, le Martijrologe d'Adon, les Gesta Pontificum romanorumy les Gesta regum Francorum, les Gesta Dagoberti et Paul Diacre. La deuxième partie, qui va de 741 à 966, est surtout intéressante à partir de 814. Par la richesse et la variété de ses informations, elle constitue un des documents les plus précieux non seulement de l’histoire d’Allemagne et de la Lorraine, mais de la France et de l’Italie dans la deuxième moitié du ix*' siècle et les premières années du x® siècle. Pour la France notamment, elle sert à compléter et à contrôler les Annales d'IJincmar et de Saint-Vaast. Si j’ajoute que de 900 à 906 elle est la source unique pour le règne de Charles le Simple et qu’elle traite de tous les faits qui se sont passés en Armorique, en Provence, en Franconie et en Lorraine, on comprendra quelle est l’importance de la publication de cette chronique ®.

t. Monwn. Ger. Historica. Poetarum latinorum medii ævi, tomus II, Poeiae latini ævi carolini, 1884. Berlin.

2. Mon. Ger. Hist. Poet. Latin. Medii ævi tomus lll, Poetæ latini ævi carolini, recensuit Ludovicus Traube, 1896.

3. Einhard's Jahrbücher. Ans d. Paulus Dia/conus Geschichte der Bischôfe von Metz, die lelzte Fortsetzunqen der Fredegar nacfi derAusgabe der Mon. Ger. überselzt von O. Abel. 2 Auflage in-8o, vi-180 p.

4. Einhard Kaiser Karl' s Leben übersetzt. 2. Auflage bearbeitet von W Wattenbach (Geschichtschreiber der deutschen Vorzeit. Zv:eite Gesammisausgabé).

.6. Ueginonis abbatis Prumiensis Chronicon cum continuatione Treverensi, tccognovit Fridericus Kurze : Ilannoverae, 1889, in-8», xx-196 p {Scriptores rerum germanicarum in uswn scholarum ex Monumentis Germaniæ historicis recusi).

6. Beginon a été continué de 907 à 967 par un moine de Saint-Maximin de Trêves (lui y a inséré des faits très intéressants pour l’bistoire de France.

Le même M. Kurze publiait en 1891 les Annales de Futda, suites d’Annales de 714 à 901 qui n’ont pas toutes été composées au monastère de Fulda et ne sont pas l’œuvre d’un même auteur \ la partie de 714 à 838 serait l’œuvre d’Éginhard, l’auteur de la Vila Caroli ; la partie de 839 à 863, ainsi que le prouve l’éditeur, est d’un certain Ruodulfus, moine de Fulda ; l’introduction de M. Kurze est tout à fait remarquable, et ce n’est certes pas une réimpression pure et simple des Scriptores in-folio de Pertz En même temps que M. Kurze publiait les Annales de Fulda^ qui pour l'histoire des fils de Louis le Pieux forment le pendant des Annales de Prudence et d’Hincmar, annales dites de Saint-Bertin, il songeait à donner’ une nouvelle édition d’un texte capital du viiie siècle, les Annales de Lorsch^ Annales Laurissenses M. Kurze y a bien établi, par une savante critique, quelle a été la composition de la chronique, comment se sont formées les diverses rédactions ; et grâce aune classification de manuscrits il a heureusement tiré parti d’un texte quia soulevé bien des polémiques depuis plus de deux siècles. L’Allemagne n’a pas été, hâtons-nous de le dire, le seul pays où les érudits aient porté leurs efforts sur l’historiographie à l’époque carolingienne ; malheureusement nous n’avons pas en France une collection comparable à celle des Monumenta Gtrmaniae Hisiovxea ; aussi en France les efforts sont-ils plus individuels ; mais nous avons à enregistrer de bonnes éditions, et surtout d’excellents travaux historiques écrits sur les sources mêmes et qui n’ont pu être écrits qu’après unetrès minutieuse critique des sources mêmes. M. Desdevises du Dézert, avec beaucoup de patience et^une louable persévérance, a voulu établir un classement chronologique des 130 lettres' qui nous restent de Serval Loup^ abbé de Ferrières ^ ; la tâche était très délicate et les résultats sont assez minces; mais en publiant ces lettres du ixe siècle , l’éditeur a mis à la portée des travailleurs des textes qui jettent quelque lumière sur l’histoire du IX® siècle : Loup a été en relations avec plusieurs des principaux

1. Annales Fuldenses sive Annales regni Francorum orientales post editioneni G. Pertzii recognovit Fridericus Kurze. Accedunt Annales Fuldenses antiquissimi. Hannoverae, 1891, in-S*, xiii-152 p. {Scriptores rerum germanicarum in usum scho~ larum).

2. A la suite M. Kurze a réimprimé sous le nom de Annales Fuldenses antiquissimi des mentions annalistiques de 742 à 822.

3. Annales regni Francorum inde ab anno 741 usquead annum 829 qui dicuntur Annales Laurissenses majores et Einhardi. Post editionem G. H. Pertzii recognovit Fredericus Kurze. Hannoverae, 1895, in-8®, xx-204 p. [Scriptores rerum germanicarum in usum scholarum).

4. Lettres de Serval I^oup, abbé de Ferrières, textes, notes et introduction par' Desdevises du Dezert (77« fascicule de la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes. Paris, Vieweg, 1888, in-8o, 239 p.).

personnages de son temps, Éginhard, RabanMaur etHincmar, et nous sommes bien renseignés grâce à ces correspondances entre les personnages influents de l'époque. — Après deux éditions mauvaises données par Jean Masson et André Duchesne, les Lettres de Gerbert, moine bénédictin dWurillac, plus tard archevêque de Reims et pape sous le nom de Sylvestre II, étaient restées jusqu’à ces derniers temps inutiles, faute de pouvoir être classées dans un ordre méthodique et rigoureusement chronologique. Depuis plus de deux siècles, la question de rulilisation des lettres de Gerbert n’avait fait que peu de progrès. Un érudit trop prématurément enlevé à la science, Julien Havet, réussitgrâceà une série de déductions extrêmementingénieuses, à déchiffrer la prétendue écriture secrète de Gerbert. En même temps qu’un Russe, M Boubnov, reprenait l’étude de ces lettres qui sont des sources les plus précieuses pour l’histoire de Franceet d’Allemagne à la fin dux® siècle *, Julien Havet, grâce à sa méthode, arrivait à dater les lettres avec précision et sûreté et à rectifier bien des erreurs. L’édition de ces lettres publiée en 1889 ^ fait grand honneur à l’érudition française : c’est un livre qui est d’une importance capitalepour l'histoire de la fin dux*siècle, en particulier pour larévolution qui renversa définitivement les Carolingiens au profit des descendants de Robert le Fort. Non seulement ces lettres nous apprennent beaucoup de faits qui sans elles seraient ignorés, mais nous donnent une impression vive du temps où elles ont été écrites par un savant et un homme d’Êtat, fun des plus considérables du x® siècle.

— La Chronique de V abbaye de Saint-Riquier, qui va du v* siècle à 1 1 04, et qui a pour auteur Hariulf, a été publiée par M. Ferdinand Lot ^

«et la Chronique de Nantes (570-1049) par M. René Merlet ■*, toujours dans la même collection, la Collection pour servir à l’étude ou à renseignement de Thistoire, qui a réussi à donner, comme les Monumenta Germaniae in usum scholarum, de très bons textes de nos an- ciennes chroniques, accompagnés d’excellentes notes et introductions.— Saint Aldric, évêque du Mans, vivait au ix«siècle ; lesG'e^faqui contiennent fhisloire de sa vie, outre pas mal de pièces apocryphes insérées après sa mort, sont une source intéressante ; les abbés

1. Nicolas Boubnov. Le recueil des lettres de Gerbert comme source historique, 9SS-997. Monographie critique d'après les manuscrits. 1, Saint-Pétersbourg, 1888, in-8®, xxii-371 p..

2. Lettres de Gerbert (983-997), publiées avec une introduction et des notes par Julien Havet. Paris, Picard, 1889, in-S», lixxviii-253 p. (Collection de textes pour servir à Tétude et à l’enseignement de l’histoire).

3. Hariulf. Chronique de l'abbaye de SamZ-fiîg'weer (v* s. -11 04), par Ferdinand l.ot. Paris, Picard, 1894, in-8o, lxxiii-363 p. (Collection de textes pour servir à l’enseignement de I hisloire).

4. La Chronique de Nantes (570-10A9), éd. René Merlet. Paris, Picard, 1896, in-8», lxxii-166 p. (Collection de textes pour servir à l’enseignement de l'histoire).

Charles et Froger en ont donné une nouvelle édition M. Armand Gasté a fait un résumé consciencieux et généralement exact des résultats auxquels la critique est arrivée à propos du texte des Serments de Strasbourg ^ ; M. Krause a republié le De Ordine Palatii, écrit par l’archevêque de Reims Hincmar et qui nous a conservé les plus curieux renseignements sur l’organisation de la cour carolingienne 3 ; — M. J. Lair, qui en 1870 avait publié un poème rythmique du x® siècle sur l'assassinat de Guillaume Longue-Epée, republie d’après un nouveau texte cette complainte qui complète fort heureusement les chroniqueurs tels que Richer et Dudon de Saint-Quentin h Ce n’est d’ailleurs pas seulement en Neustrie qu’il faut chercher les historiens ou les sources historiques : l’Austrasie n’a pas été moins riche et l’ér^idition allemande a débrouillé déjà les sources allemandes de cette époque. Citons parmi l’une des plus récemment publiées, l’étude de M. Brandi sur les fausses chartes de Vabhaye de Reichenau^ dont Odalric fut le faussaire ; or tous ces documents intéressent directement nos maires du palais, nos rois ou nos empereurs carolingiens Le Manuel de Dhuoda renferme de précieux détails pour l'histoire du ix® siècle. Écrit à l’intention de Guillaume de Gellone, comte de Toulouse, parla veuve de Bernardduc de Septimanie, il nous renseigne sur la vie de cour à l’époque carolingienne ®. Nous devons également mentionner, mais comme sources d’une autre nature, les recueils de Capitulaires comme ceux de MM. Bortius et Krause ^ ou d’autres moins érudits et les documents judiciaires de l’époque franque Sans compter que nous pou-

1. Gesta domini Aldrici Cenomannice Urbis episcopi : par les abbés Charles et Froger. Mamers, 1889, in-4*. 223 p.

2. Les Serments de Strasbourg, étude historique, critique et philologique, Tours, 1887, in-8o, 35 p.

3. Fontes juris germanici antiquiin usum scholarum ex Monumentis Germanise historicis sparatim editi. Hincmarus De ordine Palatii eAiéii Victor Krause. Hannoveræ et Lipsiæ, in-8o.

4. Essai sur la vie et la mort de Guillaume Longue Épée, duc de Normandie. Paris, Picard, 1893, in-f®, 84 p.

5. Quellen und Forschungen zur Geschichte der Abtei Beichenau, herausgegeben von der badischen historischen Commission. I Die Reichenauer Urkunden faischungen untersueht von D' Karl Brandi, Heidelberg. 1890, in-4o, xii-132 p,

6. IJÈducation carolingienne. Le Manuel de Dhuoda (843), publié sous les auspices... de TAcadémie de Nîmes par Édouard Bondurand, archiviste du Gard. Paris, Picard, in-8®, 271 p.

7. Mon. Germ. Historica. Legum sectioll. Capitularia’regumFrancorum-,\ovaMS II, denuo ediderunt Alfredus Boretius et Victor Krause. Hanovre, 1897, 726 p.

8. Choix de capitulaires carolingiens, à l’usage des candidats à l’agrégation d'histoire. Paris, Picard, in-8*.

9. Gerichtsurkunden der frànkischen Zeit. verzeichnet von Rudolf Hübner. 1® Abtheilung die Gerichtsurkunden aus Deutschland und Frankreich bis zum Jahre /ddd. Weimar, Boniau, 1891, in-8®, vii-118 (Zeitschrift der Savigny Stiftung für Rechtsgeschichte Band xii).

— le-

vons trouver des documents historiques de première importance dans des recueils comprenant des actes de l’époque carolingienne K

Enfin, si les nouvelles éditions données des chroniqueurs de cette époque ont contribué pour beaucoup à accroître le développement des études historiographiques, il ne faut pas oublier d’ajouter que des dissertations ^ ou des livres ont fourni d’excellents travaux de critiques sur ces sources ou d’après elles. Citons parmi les allemands, celui de MM. Abel et Simson sur Charles le Gros. Citons aussi les travaux excellents de MM. Favre et Ferdinand Lot, le premier sur Eudes., comte de Paris *, le second sur les derniers Carolingiens qui ont réussi à présenter sous une forme très agréable et très érudite un récit strictement chronologique et mêlé de discussions critiques. Ces deux remarquables thèses, écrites d’après toutes les sources connues et où les auteurs ont fixé la valeur même des chroniques ou de tous les documents auxquels ils avaient puisé, nous conduisent ainsi jusqu’au xi® siècle, au renversement des Carolingiens et à l’avènement de la dynastie capétienne.

Si les études carolingiennes ont pris durant ces dix dernières années un‘e vigueur nouvelle, par contre nous sommes assez pauvres pour le xie siècle. Cette période d’ailleurs obscure de notre histoire nationale offre bien peu de sources historiques. Nous ne possédions pas jusqu’ici d’édition complète de la chronique à^Adémar de Chahannes^\\di meilleure était celle de Waitz dans les Monumenta,Qncore n’était-elle que fragmentaire. Une édition complète de cette chronique a paru dans la Collection de textes pour servir à l'enseignement de l'histoire par les soins de M. J. Chavanon avec une annotation copieuse et des fragments nouveaux ; c’est donc là un auteur français et sans contredit fun des meilleurs chroniqueurs du xi® siècle. Pour le règne de Robert, Adémarestàcoup sûr le meilleur historien de France.

f . Par exemple : Léonce Lex : Archives de Saône-et-Loire. Documents originaux aiüérieurs à l'an 'tOOO. Chàlon-sur-Saône, 1888, in-4o, ïti, 34 p.

Daniel Ilaigneré : les Chartes de Saint-Bertin d'après le grand cartulaire de dom Charles-Joseph Dewitte (tome 1, 648-1240).

2. Dissertations académiques publiées pat Gode froid Kurlh. Eugène Bacha : Étude biographique sur Éginhard. Liège, Demarteau, 1888, in-S», vi-81 p.

3. S. Abel. Jahrbüchet des Frànkischen Reiches unter Karl dem Grossen. 1. 768- 788. 2 Auilage. bearbeitet von B. Simson, Leipsig, in-8‘>, xvi-698 p.

4. Édouard Favre Eudes, comte de Paris et roi de France {882-893) (119* fascicule (le la Bibliothèque de l’École des Hautes Études).

5. F'erdinand Lot. Les Derniers Carolingiens. Lolhaire, Louis V, Charles de Lorraine, 954-99i. Paris, 1891, in-S®, xlviii-479 p. (87* fascicule de la Bibliothèque de l’École des Hautes Études).

6. Moine de Saint-Cybard d’Angoulême, puis de Saint-Martial de Limoges, qui a composé un Chronicon Aquilanicum et Francicum seu Historia Francorum lihri ires.

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